PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : « Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

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Photo ©Lamouetterieuse

« Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

Par une belle matinée d’été, le petit pin bleu lève les yeux vers le ciel, vers son papa, le grand pin bleu. Il contemple ses ramures argentées, doux bleu-grisé, puis s’approche pour l’embrasser. « Dis papa, pourquoi tu piques ? » Le père, amusé par cette question de jeune garçon lui répond : « Je pique, car ma barbe est devenue celle d’un adulte. Cette barbe qui rassure ta maman, cette barbe qui fait peur aux méchants, cette barbe qui fait parler les petits enfants. »

Le petit pin bleu caresse sa joue, pensif, puis inquiet. Ses épines sont encore tendres, qui ploient avec souplesse sous ses petits doigts. Il se demande si lui aussi aura un jour une belle barbe bleue, qui pique et qui fait mâle. Il se demande combien il lui faudra d’années, de dizaines d’années, avant de ressembler à son père dont il est si fier. Ce dernier, du haut de sa maturité, devine les pensées de son jeune enfant. « Tu auras bien assez tôt une belle barbe qui pique, mon garçon. La seule condition, c’est de ne pas te raser. Enfin, c’est que tu ne sois pas rasé. Bref, que les hommes te laissent grandir sur tes pieds. C’est pourquoi, chaque matin, je lève les yeux vers le ciel, qu’il soit blanc, gris ou azur, que le vent soit mordant, vif ou absent, et je demande au Tout-Puissant de faire sa volonté. Et chaque soir, je redis cette même prière. Et vois-tu, je suis devenu, au fil des ans, un grand pin bleu, confiant, à la barbe qui pique, mais au cœur tendre. »

Le petit pin bleu garde ses paroles dans son âme d’enfant, tâte sa joue encore meurtrie par l’étreinte paternelle et se promet, dans le silence du vent estival qui caresse sa tendre ramure, qu’un jour, il sera fier lui aussi, d’avoir une barbe qui pique et un cœur tendre.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : D-É-S-E-S-P-O-I-R

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Photo ©Lamouetterieuse

D-É-S-E-S-P-O-I-R

Décider de quitter le tortionnaire de son cœur romantique, réduite à néant depuis 31 ans. Courage, fuyons !!

Et sombrer dans une dépression sous-jacente, visqueuse, vicieuse, lente, rampante et sadique.

Souhaiter disparaître à des millions de kilomètres sous terre, où se trouvent les petits Chinois de son enfance comme l’affirmait alors son oncle.

Envolée parmi les astres qui luisent dans le ciel noir, clins d’yeux invisibles le jour, petits hommes verts gentils, écolos bibi-ioio.

Se supprimer : de son certificat d’état-civil, des listes électorales, des fichiers de marques insignifiantes, des carnets d’adresses griffonnés de ses amis, de son ordinateur tant chéri.

Pour ne plus rien ressentir, ne plus sentir que le vide sidéral, sidérant, cynique, cyanhydrique.

Oublier qu’on a été, qui on était, qu’est-ce qu’on était généreux, con et naïf durant tous ces printemps, automnes, hivers… décennies d’inertie.

Imaginer le Paradis, jardin d’Eden retrouvé pour l’Éternité, sur l’herbe mouillée bras écartés, souffle d’une brise, invisible portée des chants d’oiseaux tout juste réveillés.

Regretter une vie ratée car volée, inaccomplie car manipulée, et pour la peine, souffrir sans fin la douleur infligée à ceux, précieux, qui faisaient battre son cœur des ailes du bonheur.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il est des mots…

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il n'y a pas de hasard

Il est des mots…

Il est des mots…

Île aux démons,

L’hideux émoi

Étroit du moi,

Ivre du sort.

Et l’Hydre ressort,

En livrée d’émaux

Enivrée d’amour,

Livrer des mots

En livret de maux.

 

Il était une fois…

Un livre inachevé,

Instants tronqués, morcelés

D’une vie trompée, harcelée,

D’humeurs ensorcelée.

Pensées non amènes,

Pincées bien amères,  

Trempées nues dans l’encrier étonné,

Submergé, subjugué.

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le baiser

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Le baiser_Maupassant signé

Le baiser

Il y a le baiser de la copine, léger sur la joue barbue de son copain, 

qui n’est pas d’humeur coquine, mais l’assure de son fidèle soutien.

 

Il y a le baiser de l’amoureuse, osé sur les lèvres entrouvertes,

qui brûle de communier sa passion, caresses de langues offertes.

 

Il y a le baiser de la maman, tendre sur le front de son enfant,

qui dort, innocent petit ange, dans ses bras paisiblement.

 

Il y a le baiser de Judas, de l’argent sale pour trahir Le Saint corps,

qui donne et trouve la mort, perclus d’impardonnables remords.  

 

Il y a le baiser de la mort, souffle amer sur l’être toujours surpris,

qui le plonge sans retour dans les ténèbres, baiser terminal pour tous ses oublis.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : La larme

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Détail de « La descente de Croix », Rogier van der Weyden (1435)

Tu laisses tomber ton front dans ta main. Tes yeux te brûlent, t’aveuglent. Supplice en silence majeur. Tout s’arrête, yeux fermés, souffle comprimé. Puis elle tombe. De nulle part. On dirait qu’elle surgit du néant. Elle te saisit. Elle est brûlante, goutte d’acide sur une joue morne. Perforation de chair amère.

La larme. L’alarme. L’âme en suspend. Entre pulsion de mort et non-désir de vie. La larme, c’est pourtant la vie qui coule, trop plein de souffrance. L’eau jaillie du côté perforé du Christ. Lui qui pleurait nos larmes, toutes les larmes de nos corps, tous les drames de nos âmes.

La larme. L’alarme qui te rappelle à la vie, quoi que tu veuilles, ou pas. Une goutte salée de l’océan de ton corps aqueux, condensé hideux.

La larme. Qui en entraîne d’autres dans sa chute inexorable. Qui aspire la lie de ton âme, désarmée, désespérée.

La larme. Qui trace un sillon infertile dans ta chair incrédule. Qui se figera, pétrifiée.

La larme. Jet clair, impure brûlure, improbable guérison. Cycle infernal, enfer sur terre.

La larme. Tranchant défi. A ne souhaiter à personne. Même pas à son pire ennemi.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Petit brin d’herbe

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Petit brin d’herbe

Je me souviens que lorsque j’étais petite, j’aimais, à travers la fenêtre de ma place arrière en voiture, regarder les paysages qui défilaient. Mes yeux fixés sur rien laissaient le ruban des champs et des arbres défiler comme un film sans fin. J’aimais aussi particulièrement saisir du regard, en une fraction de seconde, un petit brin d’herbe bien vert et le conserver en mémoire aussi longtemps que je le pouvais. J’aimais me demander quelle serait son existence dans les heures ou les jours à venir. Lui auquel personne ne s’intéressait, semblable à tant d’autres petits brins d’herbe verts du bas-côté de la route. Des milliards, des milliers de milliards de congénères, dans l’indifférence la plus totale de l’homme, des éléments météo ou des roues des véhicules.

Or, il se pouvait qu’un conducteur perde le contrôle de sa voiture et se retrouve en quelques tonneaux dans le bas-fossé. Écrasant sous quatre traînées de roues terreuses des milliers de petits brins verts, dont peut-être celui que j’avais conservé en mémoire pendant des dizaines de kilomètres loin devant. Malgré le souvenir où je tentais de le préserver intact, je n’aurais pu le sauver de ce carnage. Il aurait été mortellement froissé et aurait recueilli, l’espace d’une seconde, le dernier souffle du conducteur, son regard hébété avant le passage dans un monde dont on ne sait s’il est tapissé de petits brins d’herbe verts similaires. Une goutte épaisse de sang aurait fini de le noircir et d’achever sa brève existence, rosée mortelle.

Mais je ne voulais pas que mon petit brin d’herbe connaisse une fin si tragique. Je voulais qu’il vive longtemps le long du bas-côté de la route. Quitte à être éclaboussé par les immenses roues d’un poids lourd, couché par le souffle d’une moto, ou tout simplement chauffé par le soleil couchant dans le calme de la route redevenue tranquille. Petite fille, j’étais telle un géant à côté de lui et pourtant, ne pouvais rien changer à sa destinée. Et je me sentais encore plus impuissante que lui. Lui, avait été libre de pousser où il avait voulu, au bord de cette route-ci et non de ce petit chemin solitaire-là. Lui, penchait sa tête dans le vent, avec joie et légèreté. Lui, n’avait aucun soucis d’école ou de santé. Lui, avait la chance d’une vie éphémère, fragile mais libre. Et, d’une certaine façon, après m’être inquiétée de son sort, je l’enviais. J’enviais sa simplicité, sa fraîcheur, sa pureté, son humilité.

J’étais une petite fille et suis devenue une femme. Et j’aime toujours regarder le bandeau de la nature qui défile derrière le carreau de ma voiture. Sans le vouloir, je recherche toujours un petit brin d’herbe vert, descendant d’une multitude dont je ne connaîtrais jamais tous les destins particuliers. Et j’en serai éternellement chagrinée. Car qui dit qu’il n’y a pas aussi une place dans le cœur de mon Créateur pour un seul petit brin d’herbe ? Puisque c’est Lui, dans sa Toute-Puissance, qui l’a créé pour ravir mon regard, mon imagination et mon admiration ?

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Tirer des traits

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Photo ©Lamouetterieuse

Tirer des traits

Ecrire, tirer des traits,

Tirer des traits, porter des charges,

Porter des charges, traîner sa vie,

Traîner sa vie, tirer d’un trait,

Tirer un trait. Tiré dessus. Exécution !

Ne plus écrire. Qu’un titre. Traître trait. S’est tiré.

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