PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Je vois le jour se lever

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Photo ©Lamouetterieuse

Je vois le jour se lever

Assise devant mon ordi, je lève les yeux vers la fenêtre. Il fait encore sombre. Les toits de Paris sont baignés dans la pénombre. Nuit, tes yeux sont encore clos, sur la ville muette qui sommeille. Seul un camion de livraison perturbe ton sommeil du ronflement de son moteur. Je tape sur mes touches agacées. Le jour commence à se lever, péniblement. Il étire un bras devant moi, puis un autre toit. Les ardoises frissonnent. Il est sept heures déjà. Cinq degrés saisissent de rares passants qui forcent le pas vers la boulangerie ou le troquet du coin. Des lumières jaunies jaillissent ici ou là, derrière les vitres embuées. Nuit, tu ouvres tes paupières, enfin décillées. Je baille. Mes doigts ralentissent sur le clavier, fautes à peine esquivées.

Levée depuis bien avant l’aube, à peine réveillée, je peine à me secouer. Mais le jour est là désormais. Plus d’excuse, il faut y aller. La ville laisse monter ses rumeurs matinales. Mon café exhale un arôme amer qui s’élève vers le plafond gris. Je soupire. « Le soleil vient de se lever, encore une belle journée », disait le spot publicitaire d’une marque de chicorée, vantant ses vertus bénéfiques. Menteur, va ! Rien ne dit que ce sera une belle journée, et encore moins aujourd’hui qu’hier ! La ville se dresse, fière d’elle-même. Elle bout d’impatience de dérouler sa journée. Je n’en dirais pas autant. J’ai froid. Sommeil.

Je vois le jour se lever. Je vais me recoucher. Fermer les yeux, oublier. Encore une mauvaise journée…

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Année fantôme

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Photo ©Lamouetterieuse

Année fantôme

Il est des années qui fuient. Tempus fugit inexorabile. Des années que l’on n’a pas vues. Passées, vécues, mais inaperçues. Senties, peinées, pleurées, mais insensibles. Insensé !

Ainsi, il me semble que ma vie s’est arrêtée en décembre 2015, lorsque je fus poussée à démissionner d’un poste de bénévole où j’excellais. Le trauma fut si intense, après plus de sept années pendant lesquelles j’avais de moi tout donné, que plus rien ne semble avoir compté après. Tsunami émotionnel, amnésie brutale, choc frontal. Aidée par personne, enfoncée, psychologiquement maltraitée, ignorée par mon entourage. Une blessure sur une autre blessure. Chair doublement déchirée. Âme en lambeaux. Sans domicile fixe.

L’année 2016 semble s’être fondue dans la suivante, et vice-versa. C’était l’année 2016-2017. Compilation, « worst of », puzzle d’émotions en demi-teintes. Alors, désespérée, je tente de me raccrocher à des faits, même douloureux. Comme des bouées maritimes dans des voiles de brume dont je n’arriverais à percevoir qu’un fin filet sonore, dont je n’apercevrais que toutes les deux secondes les courbes noires.

A la charnière 2015-2016, j’étais si mal, si malheureuse dans ma vie personnelle, que j’ai eu malgré tout ce sursaut, pris cet acte de survie, pour ne pas sombrer : demander l’aide d’une psychologue, qui depuis… février… 2016, me suit une fois par semaine, sans interruption. Ce ne fut qu’un an après, au bord des nerfs, incapable d’accomplir les plus simples gestes, hébétée, en larmes du matin au soir, que mon état fut reconnu comme « dépression majeure » par le psychiatre que j’avais décidé d’appeler, aux abois, torturée par le mal ambiant qui s’appesantissait chaque jour plus. C’était fin mars 20… 17. Courant 2017, j’ai dû vivre quelques moments intéressants, oui, certainement quelques instants de bonheurs. Mais ils sont si fugaces que je n’arrive plus à les dater. J’ai perdu la mémoire du bonheur.

Une année fantôme, une année où des tas de moments furent sans doute gravés noir sur blanc au fond de moi, ou tatoués en surface au creux de mes mains, sur ma poitrine, mais qui sont comme écrits à l’encre « sympathique ». Il leur faut un révélateur, une lumière, une lueur… d’espoir, pour tenter d’être reconnus, lus, bus. Cette année 2017 erre en moi, elle me hante par son absence lancinante. Le temps fuit inexorablement. il ne s’arrête pas, jamais. Que dans les rêves vivaces encore à mon réveil, que dans l’éternité qui s’étirera sans fin. Mes cellules ont vieilli d’un an, elles ont dégénéré chaque jour un peu plus. Ma jeunesse, que je n’ai presque pas connue, s’éloigne de moi comme un mirage. Irrattrapable. La mort approche, implacable. Je me sens fatiguée, vidée, inutile. Pâle comme l’ombre de moi-même, j’erre, incertaine, entre un passé qui s’efface et un avenir sans contours.

Alors, simplement, en ce début d’année… 2018, je ne peux, je ne veux formuler qu’un seul voeu, fou, inespéré : que cette année, quelle qu’elle soit, ne soit pas encore une année-fantôme. Que je cesse d’être un mort-vivant. Que je reprenne goût à la vie. Que je sorte de l’oubli. Que je voie la lumière. Enfin.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Mosaïques

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Photo ©Lamouetterieuse

Fresque murale de mosaïques, Cité Joly, Paris XIème

J’aime les mosaïques. Depuis toute petite, lorsque la maîtresse nous en faisait réaliser en classe; je garde cependant le douloureux souvenir du bruit sec que les tessons faisaient à la coupe. Frissons au bord des dents, encore maintenant.

Curieusement, j’aimais aussi beaucoup, solitaire dans ma chambre, enfiler pendant des heures d’interminables colliers de mini-perles aux couleurs savamment élaborées, qu’à Noël j’offrais avec fierté à ma maman ou à mes grands-mères « ravies ».

Les mosaïques, ces petits bouts ébréchés de vaisselle, de verre, brisures de vies jetées aux orties, n’ont cessé de charmer mon esprit par leurs couleurs qui jamais ne passent, leurs infinies imperfections, leur faculté inouïe à illustrer des kyrielles de sensations, en déversant leur flot craquelé sur des murs de ciment morne. Déstructuration de l’uni. Multiplicité du beau. Kaléidoscope immortel. Immortalisation de parcelles de vie. Mirettes emplies d’étoiles. Éblouissant vomis de vie.

Dans quelques mois, lorsque j’aurai su trouver le temps, je me lancerai dans la réalisation de mosaïques. Concentrée, je voyagerai dans ma mémoire sensorielle, me souvenant de moi petite, assise en tailleur, maniant avec adresse et patience, des milliers de mini-perles, non sans tirer la langue pour m’appliquer. Maladroite, je ferai tomber mes réalisations sur le carrelage éborgné, millefiori involontaire, multiplication d’émois. D’autres idées créatives jailliront alors, tourbillon de miettes d’assiettes.

La vie n’est-elle pas une immense mosaïque ? Une fresque sans fin de sourires, de rictus, de regards, de mains, de souffles ? Des rencontres uniques et inoubliables, qui, par petites touches, sans retouches, tapissent notre cœur d’émotions inaltérables pour l’éternité ?

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : DORMIR

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Photo ©Lamouetterieuse

DORMIR

DÉBRANCHER les câbles complexes des connexions neuronales, enfin, tenter 

OUBLIER sa journée, ses dernières semaines, mois, années, vie de merde, quoi 

RÊVER d’une vie belle, grande, radieuse, pour les autres, et pour soi, enfin, moins laide 

MOURIR à tout ce qui fait hurler de douleur en soi, qui vrille les entrailles au réveil 

INVENTER des solutions solidaires, pour un monde meilleur, vie épanouie, utopie 

REBRANCHER les perplexes connexions neuronales, pour vivre à nouveau, … ou pas.

 

DORMIR,

De la réalité faire un rêve,

Faire de ses rêves une réalité.

Impossible vie.

Rêve impossible.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Voyage au cœur d’un oignon

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Voyage au cœur d’un oignon

Éplucher son âme. Ôter la peau sèche qui craque et se déchire, ailes de papillon burinées par les années. Une autre peau, plus claire, se dévoile, sage dessous, chair à vif, pelée par la lame acérée. Torture chinoise, lente, sournoise, infiniment douloureuse.

D’autres couches suivent, qui s’enroulent les unes sur les autres, serrées, solidaires, de peur enrobées. Elles crissent. Cris. Comme la sève dit l’âge de l’arbre, l’oignon se décline en strates d’une vie passée : ma vie. Des heures, des jours, des semaines, des mois,… des années. Des décennies… Tranches de vie, tronche pâle, sans vie, mais acides. Je pleure.

L’oignon, écorché par mon désir de le déshabiller pour mettre à nu mon âme. J’ai mal. Fastidieux épluchage. Chaque couche, peau doucement superposée, protection contre le monde violent, blindage contre les gens méchants. Tant d’écailles nacrées, comme tant de blessures, de renoncements, de résilience…  Autopsie d’un bulbe. Surprenant, pour quelqu’un qui rêvait, enfant, d’être une femme chirurgien du cerveau, n’est-ce pas ? Association d’idées. Chaque peau glisse dans une grimace, sous mes doigts qui collent. Je pleure, l’oignon pleure. Tout est maintenant éparpillé sur la table de la cuisine, mon âme en parcelles déchiquetées d’un champs de bataille, inertes, morts blafards par centaines. Boucherie. Mourir, pourquoi ? Pour renaître, enfin réunis ? Le dépeçage prend fin, l’âme s’amenuise. Je m’épuise.

Enfin, au cœur de l’oignon, je découvre une pousse verte, forme élancée parfaite, lumière vive, germe intact. Quintessence de mon existence ? Restée pure, préservée des souillures du monde extérieur, des attaques répétées, des douleurs enfouies, des pleurs infinis. Décortiquée, mon âme recèlerait-elle en son cœur une part d’innocence, d’enfance ? Ou bien ne serait-ce qu’un moignon d’oignon qui s’y trouverait caché, fœtus « in utero »  ? Serait-ce le signe d’un « handi-cap » à vie induit par un trop-plein de stimulations, d’émotions ? Ou un vert poing fermé, révolte sourde, inaudible, non écoutée ? Serait-ce simplement la promesse d’un futur à reconstruire ? Sous d’autres couches, d’autres strates, d’autres tranches de vie, une mémoire vierge à réécrire ? L’oignon qui m’a tant fait pleurer se serai-il enfin libéré de ses oripeaux ? Ce voyage au cœur d’un oignon serait-il, en fait, signe de renouveau ?

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Flamme

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« Jeune fille lisant une lettre à la bougie »

Jean Baptiste Santerre (1658-1717)

Flamme

Dans une odeur de souffre

Craque une allumette

Qui fait tourner la tête

D’une bougie immobile.

 

La froide mèche inerte

Frémit et grésille,

S’élève, lueur dans l’air,

Telle une pure jeune fille.

 

Monte, gonfle la flamme,

Arrondie aux hanches,

De désir son cœur enfle,

Brûlantes courbes de femme.

 

Elle crie dans le silence,

S’efface puis renaît,

Goutte d’or qui flanche,

Vacille et réapparaît.

 

Sa joie ne tient qu’à un souffle

Capricieux, tout puissant,

Qui en elle sans pitié s’engouffre

Pour la réduire à néant.

 

Douce est la chaleur qui luit

Dans le regard de l’enfant,

Promesse d’une calme nuit,

Magie, émerveillement.

 

Lumière des désespérés,

Brûlure des obstinés,

Dans mon âme tu émets

L’espoir de passions rêvées.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

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Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…