PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Voyage au cœur d’un oignon

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Voyage au cœur d’un oignon

Éplucher son âme. Ôter la peau sèche qui craque et se déchire, ailes de papillon burinées par les années. Une autre peau, plus claire, se dévoile, sage dessous, chair à vif, pelée par la lame acérée. Torture chinoise, lente, sournoise, infiniment douloureuse.

D’autres couches suivent, qui s’enroulent les unes sur les autres, serrées, solidaires, de peur enrobées. Elles crissent. Cris. Comme la sève dit l’âge de l’arbre, l’oignon se décline en strates d’une vie passée : ma vie. Des heures, des jours, des semaines, des mois,… des années. Des décennies… Tranches de vie, tronche pâle, sans vie, mais acides. Je pleure.

L’oignon, écorché par mon désir de le déshabiller pour mettre à nu mon âme. J’ai mal. Fastidieux épluchage. Chaque couche, peau doucement superposée, protection contre le monde violent, blindage contre les gens méchants. Tant d’écailles nacrées, comme tant de blessures, de renoncements, de résilience…  Autopsie d’un bulbe. Surprenant, pour quelqu’un qui rêvait, enfant, d’être une femme chirurgien du cerveau, n’est-ce pas ? Association d’idées. Chaque peau glisse dans une grimace, sous mes doigts qui collent. Je pleure, l’oignon pleure. Tout est maintenant éparpillé sur la table de la cuisine, mon âme en parcelles déchiquetées d’un champs de bataille, inertes, morts blafards par centaines. Boucherie. Mourir, pourquoi ? Pour renaître, enfin réunis ? Le dépeçage prend fin, l’âme s’amenuise. Je m’épuise.

Enfin, au cœur de l’oignon, je découvre une pousse verte, forme élancée parfaite, lumière vive, germe intact. Quintessence de mon existence ? Restée pure, préservée des souillures du monde extérieur, des attaques répétées, des douleurs enfouies, des pleurs infinis. Décortiquée, mon âme recèlerait-elle en son cœur une part d’innocence, d’enfance ? Ou bien ne serait-ce qu’un moignon d’oignon qui s’y trouverait caché, fœtus « in utero »  ? Serait-ce le signe d’un « handi-cap » à vie induit par un trop-plein de stimulations, d’émotions ? Ou un vert poing fermé, révolte sourde, inaudible, non écoutée ? Serait-ce simplement la promesse d’un futur à reconstruire ? Sous d’autres couches, d’autres strates, d’autres tranches de vie, une mémoire vierge à réécrire ? L’oignon qui m’a tant fait pleurer se serai-il enfin libéré de ses oripeaux ? Ce voyage au cœur d’un oignon serait-il, en fait, signe de renouveau ?

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Larmes

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Photo ©Lamouetterieuse

LARMES

Larmes d’âme

Se pâme une Dame

Ancrées profond

Gouttes d’encre

Jets en l’air

Sang mortifère

Sombre parterre

Points sur la toile

Broderie sans titre

Rire à aiguiller

Sens aiguisé

Pire éclaboussé

Gueule déformée

Boue infâme

Âme en larmes.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #13 : Fête de tous les Saints

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La Toussaint, comme toutes les fêtes catholiques, était l’occasion pour l’école d’Emile de participer à l’organisation d’une belle célébration en l’église Saint Augustin toute proche. Les cours de catéchisme de Fénelon étaient d’ailleurs dispensés par des prêtres de la paroisse, dont l’Abbé Desgrières. Ce dernier, du fait de son âge avancé, s’était vu confier l’animation des classes du primaire, dont celle de notre écolier, qui, en cet automne 1950, était alors en dixième. Emile était certes un élève de niveau discutable, mais il avait été choisi comme servant d’autel pour l’apparente sagesse que laissait croire son regard rêveur. Avec cinq de ses camarades d’école, le cruciféraire, le thuriféraire, un autre céroféraire et les servants, ils suivaient Monsieur Le curé et son clergé en soutane et surplis, dans la procession solennelle qui remontait les rangs jusqu’à l’autel. Dos cambré en arrière dans sa soutanelle et son surplis blanc en dentelle fine, Emile peinait à porter un candélabre d’argent presque aussi haut que lui-même. Afin de se donner du courage, il s’imaginait en Templier, sous son long manteau blanc, couvert d’une cote de maille dont le poids semblait à peine moins lourd que la somme de ses péchés.

Les parents d’élèves étaient assis dans l’immense nef, aux côtés des autres habitants du quartier. Des fidèles de tous âges, de toutes conditions sociales, des diplomates aux concierges, en passant par des avocats, des médecins ou des épiciers, étaient unis, frères en Jésus-Christ, pour cette belle fête qui célébrait chacun d’eux, filles et fils du Seigneur par le baptême. La liturgie en latin, célébrant l’Éternel et tous ses Saints, résonnait sur les piliers impressionnants de l’édifice, pour finir en sourd rebond dans la poitrine d’Emile, étourdi par les lourds nuages d’encens. A genou sur le marbre glacé, il priait pour ses défunts grands-parents et en particulier pour sa chère grand-mère qui avait été emportée par la tuberculose une nuit d’hiver quarante-sept. Pendant l’office divin, pour un garçon de l’âge de huit ans comme lui, la vie aurait dû lui sembler une éternité, mais elle lui apparaissait ténue comme la lueur du cierge posé sur l’autel qui s’élevait du chœur vers la coupole.

Ita missa est. Il retrouva ses parents sur les marches extérieures, sous les arches qui soulignaient l’immense rosace, un vent acéré giflant ses joues brûlantes, se sentant investi d’une mission de la plus haute importance. Aimer les siens sans retour, faire fructifier ses propres dons et cheminer avec clairvoyance dans son humble mais préciseuse vie, afin, un jour peut-être, d’espérer devenir lui aussi un saint.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Matières à penser

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Matières à penser

Ils sont vingt-deux, sur une scène d’herbe verte bien fraîche. Deux fois onze acteurs en tenue 100% synthétique, suant, pleurant, un ballon rond en cuir épais à leur pied. En perpétuel mouvement, s’affrontant, tombant, grimaçant, se relevant dans la lumière éblouissante des spots blafards. Gamins en culotte courte dans une cour d’école, figurines de baby foot en bois manipulées par un géant désabusé. Schtroumpfs zigzaguants contre diablotins sautillants. Rois de l’arène.

Dans les tribunes, bondissant de leurs sièges en plastique gris moulé, les supporters s’époumonent, postillonnent de colère, sprays de vapeur, des larmes salées perlent sur leurs joues, leur maquillage dégouline, Peaux-bleu-blanc-rouge des villes. Le petit empereur, raide dans son costume en laine de soie, écharpe tricolore en pur polyester des Andes sur ses épaules tombantes, semble tétanisé par le déroulement des opérations. Est-ce parce qu’il n’a pas une tête à sucer de la glace qu’on lui offre un verre d’eau… glacée ? C’est plutôt un bon coup de Porto qu’il lui faudrait, ou pas… A moins que ce ne soit un avant-goût de la chute qui l’attend dans le stade, ce soir, dans l’arène politique, demain. La pelouse a un goût amer, le sable aura un goût de poussière. « Souviens-toi, homme, que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière. » [Genèse II, v.19] …

Pour ceux du « Pays où le noir est couleur », la victoire sirupeuse est couleur sang. A déguster avec modération.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Des mots pour mes maux

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Blablabla

Des mots pour mes maux

Les mots sont mes passeurs d’histoire. A l’écoute de mon âme qui divague, ils transmettent mes émotions confuses qui fusent, s’enchaînent pour me délivrer. Témoins d’un souffle fugace, ils seront là encore, lorsque ma plume se sera envolée vers des cieux inconnus.

Souvent, comme de bons vieux amis, ils me font sourire par leur espièglerie que je devine au premier signe. Alors, je les encourage, les titille et les câline.

Sensibles au miroir des petites choses, des petits gestes, des petits riens, ils sont attentifs à la beauté du monde. Sublimes, ils me portent, m’élèvent et me dépassent. 

Parfois, ils me révoltent, se moquent de mes maux et je maudis leur amertume. Mais ce n’est que ma bile, qui me désespère et tire des larmes d’impuissance à mon ego imbécile.

A jamais, les mots seront les béquilles de mon cœur. Sans eux, amputée d’une jambe, bavant d’un plein ou d’un délié, je chuterais, sans eux je ne pourrais avancer, sans eux, je ne pourrais plus me relever, et encore moins aimer.

Les mots sont la quintessence de mes maux. Sans eux, finie la vie, point de repos.

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