PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Cœur fané

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Photo ©Lamouetterieuse

Cœur fané

Cour de Rome. Les passants se hâtent vers mille destinations inconnues, au loin derrière leurs regards perdus. Leurs corps raidis par de matériels soucis s’entrechoquent sans émotion, fourmis égarées dans l’immense ville, pantins lobotomisés, poupées sans son vidées.

Elle a été jetée au sol, sur le macadam grisâtre. Pas fière, privée de son unique jambe qui lui donnait jadis des airs de ballerine élancée. Décapitée, sa tête roule de-ci, de-là, bousculée par une botte, un mocassin, une chaussure de sport. Dans l’indifférence générale d’un brouhaha poussiéreux.

Je me baisse et la ramasse avant qu’un coup de pied aveugle ne la déchire à jamais. Oiseau blessé, elle frémit au creux de ma paume gauche. Ses pétales dentelés découvrent un cœur brûlé, fané sur les bords. Un cœur pourtant jeune encore, plein d’espoir, gorgé d’amour, vidé de vie en l’espace de quelques minutes. Je frissonne, l’âme au bord de ses pétales de soie soulevés dans la brise douce d’un hiver qui va bientôt se retirer. 

Arrivée à la maison, je la dépose avec douceur dans une timbale d’argent remplie à ras bord de larmes tièdes. Rien ne sera trop raffiné pour ma rescapée. Son cœur fané reprend quelques couleurs, un délicat fard poudré, jolie marquise, tandis qu’à la contempler, mes lèvres me semblent perdre vie. 

Je n’avais pas réalisé à quel point mon cœur de femme délaissée par l’amour pouvait être fané.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

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Les « english poems » de la mouette #5 : Beauty will save the world

 

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Photo ©Lamouetterieuse

A rose, opening its heart in the morning light,

A bee, floating in the air, attracted so tight,

A bird, hoping in higher skys,

A girl lying in the grass,

And me, dreaming of all this.

Beauty will definitely save the world.

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Parfum d’antan

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Photo ©La mouette rieuse

Parfum d’antan

Tu étais si fière et libre dans mon jardin,

Reine silencieuse câlinée par le vent,

J’ai cisaillé tes jambes de mannequin

Et ne t’ai pas entendue crier pour autant.

 

Pour mon plaisir je t’ai privée de liberté,

Sans soucis de la mienne, égoïste aliénée.

Sur tes frêles épaules ta tête triste penchée,

Au loin vague ton âme à jamais écorchée.

 

Prisonnière d’un jour dans ton vase de cristal,

Tu te noies par le bas, laisse choir tes pétales,

Tu m’indiques en silence mon geste carcéral,

Te laissant dépérir en gouttes végétales.

 

Je caresse tes joues de velours chamarré,

Papillons délicats qui soulèvent mon cœur,

Hume ton parfum délicat, fragile bonheur,

Miel envoûtant, sucs légers, douce mélopée.

 

J’ai cueilli aujourd’hui la rose de mon jardin,

Capturé son essence tout au creux de ma main,

Demain ne sera que souvenir désolant 

Du trésor perdu de son doux parfum d’antan. 

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…