PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Je dors…

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Je dors...

Je dors…

Je dors pour oublier que je pense.

Je pense que j’oublie que je dors.

Je dors pour oublier que je souffre.

Je souffre d’oublier que je pense.

Je dors pour oublier que je dors.

Je dors pour oublier que j’existe.

J’existe pour penser, souffrir, dormir.

Plutôt oublier, ne rien sentir, mourir.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il est des mots…

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il n'y a pas de hasard

Il est des mots…

Il est des mots…

Île aux démons,

L’hideux émoi

Étroit du moi,

Ivre du sort.

Et l’Hydre ressort,

En livrée d’émaux

Enivrée d’amour,

Livrer des mots

En livret de maux.

 

Il était une fois…

Un livre inachevé,

Instants tronqués, morcelés

D’une vie trompée, harcelée,

D’humeurs ensorcelée.

Pensées non amènes,

Pincées bien amères,  

Trempées nues dans l’encrier étonné,

Submergé, subjugué.

 

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Témoignage écrit

 

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DPS_What volonté

Je n’écris pas pour le néant,

J’écris ici pour maintenant.

Pour des lecteurs de passage,

Pour mes amis de tout âge.

 

Pour partager mes joies, ma peine,

Avec tous ceux que j’aime,

Sans craindre de me mettre à nu,

Devant de parfaits inconnus.

 

Un coup de gueule ou bien un cri,

Un trait d’espoir ou de poésie.

Une goutte perdue dans la mer,

Un poison fugace parfois amer.

 

J’écris, Ô pas pour qu’on se souvienne

De mes mots qui seront vite oubliés.

Mais pour que la génération qui vienne,

Dans la cohue créative de ses pensées,

Puisse à mon témoignage ou non s’accorder,

Entre ses mains sa tête poser,

Débattre, écrire, rêver, exploser,

Ou juste refaire un p’tit bout de société.

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Page grise

couleurs+pantone+orange+gris+vert+bleu

Page grise

Elle s’assied à son bureau, quelques crampes la raidissent, l’ordinateur attend qu’elle le frappe, masochiste, va ! Angoisse de la page blanche pour certains. Ça fait très chic, de dire cela. Angoisse de l’écran gris pour elle, moins reluisant, tout aussi prenant. Ses lecteurs, patients et indulgents, ne lui en voudrons pas, elle le sait. Mais elle a une obligation morale envers eux, elle s’est engagée à distraire leurs yeux de ses pensées sans fard.

D’un coup, elle se lève, se colle à la vitre froide et laisse son regard se poser sur l’activité humaine dans la rue. Petites fourmis qui s’affairent. Il est cinq heures, Paris s’éveille… Il est déjà huit heures. Un cadre en costume sombre hâte le pas. Est-il si pressé d’aller se faire remonter les bretelles par son supérieur hiérarchique ? Une vieille dame, petite pomme ridée, se laisse promener par son chien, qui semble à peine moins âgé qu’elle. Le livreur d’alcools pose des caisses devant le troquet d’en-face dans un fracas de verre. Comment fait-il pour ne casser aucune bouteille ? La mouette d’à-côté pousse un cri de liberté en s’élevant dans le ciel, un petit enfant hurle au bras de sa maman qui le traîne à l’école. Il ne sait pas encore qu’il vit ses plus tendres années.

Pour l’enfant qu’elle était, les jours s’écoulaient lentement, à petites gouttes. L’école et ses savoirs déconnectés de la réalité mais fascinants, les dictées qu’elle aimait, la colle blanche dans son petit pot qui embaumait l’amande, être sage comme une image bras croisés lorsqu’elle avait fini son travail, l’éponge rouge à l’odeur de renfermé et le crayon blanc qui crissait sur l’ardoise noire à carreaux, la piscine qui lui tordait le ventre, les chaussons de gymnastique qui sentaient le caoutchouc, les remises de prix avec tous ces beaux livres de contes, une belle image dorée « Tableau d’honneur » à l’intérieur. Efforts, récompenses. L’avenir semblait éternel, le temps attendait tranquillement. Tout était à faire, tout le serait, plus tard.

Devenue adulte, plus d’un demi siècle pèse sur ses épaules crispées. « Un demi siècle, ça fait combien de jours, Mademoiselle ? Vous exprimerez également votre réponse en secondes. Vous avez cinq minutes ». Tempus fugit inexorabile, souvenir cruel des cours de latin qu’elle affectionnait. Tout reste à faire, sentiment que rien n’a été fait et qu’il n’y aura jamais assez de temps. Les petites gouttes, distillées sur des journées qui fuient, ont un goût amer désormais. Elle perçoit le temps comme une réalité qui lui est extérieure, dépossédée d’elle, comme si elle vivait hors d’elle-même.

Alors, lui revient à l’esprit cette phrase étonnante, qu’elle avait apprise jeune adulte, de la deuxième lettre de Saint Pierre, (chapitre 3, verset 8) : Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. Décalage entre Dieu et l’homme, entre le temps et l’éternité, entre sa conscience du temps et celle que Dieu peut en avoir. Le temps, c’est cette réalité intérieure et personnelle, celle de sa vie qui va vers son terme, celle qui, à son dernier souffle, la confiera à la tendresse des bras de Dieu. Lucidité, confiance, abandon. Sursaut vital.

La page grise s’anime alors, les sentiments montent en puissance, les mots se font écho, et l’attirent vers des rivages insoupçonnés.

à suivre…