PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Noël désespéré

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Pour celui qui est seul et abandonné,
Lumières au firmament des rues, cœur brûlé.

Pour celui qui est seul et abandonné,
Cadeaux colorés, rubans dansants, cœur ficelé.

Pour celui qui est seul et abandonné,
Nourriture abondante, écœurante, gorge serrée.

Pour celui qui est seul et abandonné,
Cris de joie des enfants, cœur transpercé,
Noël désespéré, abhorré.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #19 : Présents de Noël pour le temps qui passe

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Présents de Noël pour le temps qui passe

La messe de Noël était finie, mais la fête n’était pas finie : après le cadeau inestimable que le Père céleste venait d’offrir à son peuple, c’était le temps des cadeaux échangés en famille ! De retour à l’appartement, Madeleine fila en cuisine préparer un bon chocolat chaud, car chacun avait pieds et mains gelés.

Papa se tenait debout, solennel, à côté du sapin étincelant qui bégayait. Selon une tradition désormais bien établie, il procéda à la distribution des cadeaux. Il s’adressa en tout premier lieu à la femme de sa vie, qu’il aimait tant. « Ma chère épouse, permettez-moi de vous offrir ce modeste présent ». Emile ne quittait pas des yeux la petite boîte de cuir rouge que sa maman s’apprêtait à ouvrir. « Oh, comme c’est magnifique ! » Elle en sortit un médaillon ancien en or ciselé, que l’on pouvait ouvrir pour y conserver un minuscule trésor. « Oh, Maman ! Qu’allez-vous mettre dedans ? Une photo de votre enfant préféré ? Une mèche de cheveu du bébé ? « Tu verras bien, mon Emile chéri, tu verras bien ».

Ce fut au tour de Pierre-Marie d’ouvrir son cadeau. Il déplia lentement le papier de soie et découvrit un joli pull ciel en cachemire que sa maman lui avait acheté aux Magasins Réunis. Il se leva pour poser un baiser sur la joue maternelle. « Merci Maman, vous savez toujours allier l’utile à l’agréable. Je n’avais que deux pulls convenables. Celui-ci est magnifique ! »

Mathilde se tortillait sur son siège. « C’est au tour de ma grande fille chérie, maintenant ! » Papa lui tendit un  paquet de taille moyenne dans un joli papier rayé rose. Mathilde prit son temps pour soulever les côtés et découvrit un bel agenda de cuir marine. « Oh, merci Papa ! Je pourrai ainsi noter les jours de mes congés scolaires ! » Elle se précipita dans les bras paternels, sa robe tournoyant autour de sa taille.

Emile ne tenait plus en place. Pourquoi faut-il que ce soit toujours le plus jeune qui soit servi en dernier ? Quelle injustice ! Il se lança aux pieds de son père, mais dût contenir encore son impatience. « C’est ballot », reprit Papa, « Je me demande où peut bien se trouver ton cadeau… Ah,… le voilà ! » Tout le monde souriait de la mine déconfite du petit Emile, qui retrouva signe de vie en déchirant des deux mains l’emballage comme un forcené sur une ration alimentaire. « Oh !! Un train électrique !! Un train électrique !! Merci, merci beaucoup Papa ! Merci Maman ! »

Madeleine arrivait avec la chocolatière et quelques biscuits au gingembre qu’elle avait cuisinés l’après-midi. « Et pour notre Madi, un cadeau aussi ! » Emile lui tendit un paquet souple. Madeleine rougissait de surprise et de bonheur. « Un tablier en lin brodé à mon nom ! Je n’en méritais pas tant ! Merci mon p’tit gars ! » Emile se jeta à son cou, fou de joie. « Merci Madame ». « Ce n’est rien, Madeleine. Vous faites partie de la famille, vous savez bien ».

Pierre-Marie prit aussitôt la parole : « Papa, Maman, nous avons un petit cadeau pour vous deux ! » Les parents échangèrent un regard incrédule, alors qu’ils ouvraient ensemble une enveloppe de papier kraft, sur laquelle chacun des enfants avait griffonné un petit mot. « Une photo de nos trois enfants ! Quelle merveilleuse idée ! » « Nous avons dû forcer le photographe à nous laisser entrer alors qu’il s’apprêtait à fermer boutique; c’était moins une ! » expliqua Pierre-Marie en riant.

Chacun avait son cadeau. On s’échangeait des baisers, on riait, on plaisantait. Emile entraînait Mathilde et Pierre-Marie dans une ronde de Sioux autour du sapin. Le chocolat chaud et les épices des gâteaux secs ajoutaient leurs doux parfums. Les présents de Noël sont des témoins d’amour pour le temps qui passe, un amour qui jamais ne s’efface.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #20 : Jour de Noël, jour de fête

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Jour de Noël, jour de fête

La famille Archambault au complet se présenta comme convenu chez ses amis pour le déjeuner du jour de Noël. La neige était tombée en abondance sur la capitale pendant la nuit, rendant obligatoire l’usage de la voiture pour le simple trajet Place des Ternes-rue de Prony. Par chance, une place se libéra pour la Traction de grand-père à quelques mètres de l’hôtel particulier de la famille amie. Monsieur d’Argenson se présenta à la porte vitrée recouverte de délicats entrelacs de fer forgé. Un large sourire illumina son clair visage de blond aux reflets roux et ses yeux verts pétillants, lorsqu’il serra la main de son ami Yves puis s’inclina vers la main qu’Enora venait de déganter. Pierre-Marie, Mathilde et Emile suivaient, un peu impressionnés. Madame d’Argenson, jolie brune aux cheveux très courts, se profila dans l’entrée, la taille prise dans une robe de satin vert pâle ceinturée de cuir vernis noir qui s’accordait à merveille à l’explosion de fleurs de soie débordant d’un vase Médicis en cristal. Yves la salua d’un léger baise-main, avant qu’elle n’accueille avec grâce Enora et ses enfants. Tous furent invités à pénétrer dans le salon qui embaumait les oranges, les clous de girofle, et le sapin frais. Les enfants d’Argenson attendaient poliment en rang devant la cheminée de marbre gris dans laquelle crépitait un feu réconfortant. Une fois les présentations faites, Pierre-Marie garda précieusement en mémoire le doux prénom de la grande sœur de Charles, Geneviève, rousse élancée aux yeux d’émeraude qu’il avait vue pour la première fois la veille au soir lors de la messe de Noël. Mathilde quant à elle, avait rougi lorsque Quentin l’avait saluée; pensionnaire dans un établissement de filles, elle n’avait guère l’habitude de fréquenter la gente masculine. Lui-même, qui ne connaissait pas d’autre jeune fille que sa grande sœur, avait ravalé son émotion derrière une fière posture. Charles s’était avancé vers Emile, le saluant d’une fraternelle tape sur l’épaule. La joie de se retrouver illuminait les yeux des garçonnets, qui devraient attendre la fin du repas pour pouvoir enfin jouer et discuter ensemble.

Le carillon Westminster venait de sonner midi, sur l’air solennel de Big Ben. Pierre-Marie, en élève officier de marine, sourit à ce clin d’oeil diplomatique envers leurs voisins Britanniques. Monsieur d’Argenson n’était certes pas un membre éminent du Quai d’Orsay pour rien ! Nestor, le maître d’hôtel au teint d’ébène, veste et gants blancs, annonça solennellement « Madame est servie », auquel la maîtresse de maison répondit par un délicat « Merci, Nestor; je vous en prie, chers amis, veuillez prendre place », dirigeant ses invités vers la table d’acajou ovale qui sembla immense à Emile, sorte de soucoupe volante sous les pieds de laquelle devaient se cacher une bonne douzaine de petits hommes verts hideux. Le plan de table et la bienséance ne permirent pas au jeunes gens d’échanger autre chose que quelques banalités, qui eurent cependant pour effet bénéfique de les détendre quelque peu et de les habituer à rencontrer leurs regards réciproques. Yves et Louis parlaient politique avec passion, Enora et Béatrice échangeaient sur leurs enfants et sur leurs activités caritatives de femmes au foyer, en particulier sur l’association qu’elles étaient en train de mettre sur pieds avec quelques amies. Le repas, servi dans une fine porcelaine de Sèvres, des verres en cristal Baccarat et des couverts en argent massif Christofle, fut des plus délicieux. Il faut dire que Béatrice avait l’art de recevoir chez elle d’éminents représentants de délégations étrangères. Emile ne se souvenait pas avoir déjà goûté au foie gras, ni aux cailles farcies. Bien que gourmands, les garçons avaient hâte de finir la bûche fondante au chocolat et aux marrons pour se retrouver à papoter dans la chambre de Charles.

Les mamans prirent place dans des bergères XVIIIème, les pères s’isolèrent dans le fumoir, tandis que les jeunes gens prirent place sur des chauffeuses de velours amande, laissant aux jeunes filles le confort des canapés moelleux. Nestor réapparut avec un plateau d’argent, offrant tisanes et palets aux épices pour la gente féminine, café et liqueurs pour la gent masculine. Il faisait bon, les cœurs étaient légers, les conversations s’animèrent. Yves et Louis faisaient le point sur les dernières modalités concernant l’arrivée de leurs plus jeunes fils au pensionnat de Douarnenez. Enora tendit à Béatrice le contrat pour l’association, que les clercs du cabinet de son mari venaient de finir de rédiger. Cela prenait forme et elles étaient fières de pouvoir ainsi perpétuer la mémoire des anciens combattants ainsi que les valeurs d’honneur, de patrie et de courage.

Pierre-Marie tendit à Geneviève une tasse de tisane de tilleul. « Souhaitez-vous du sucre ? » « Non merci, c’est aimable », répondit-elle dans un léger sourire qui dévoilait des dents de porcelaine. « Puis-je vous demander où vous en êtes de vos études, Geneviève ? » « Je suis en première année de médecine… c’est plutôt costaud ! » Elle souriait maintenant franchement en évoquant ce cursus élitiste. « Et vous, Pierre-Marie ? », demanda-t-elle, plus confiante. « J’effectue mon service militaire en tant qu’élève officier à Brest », répondit-il non sans quelque fierté, avalant une petite gorgée de Génépi. Quentin profita d’un silence pour s’enquérir auprès de Mathilde de ses études. « Je suis à la Maison d’éducation en classe de Blanche,… euh… de première; et vous, Quentin ? » « Père a tenu à ce que je suive des études au Lycée militaire de Saint-Cyr, mais ça me barbe carrément ! », répondit-il en baissant d’un ton. « Je ne souhaite pas être militaire, ni diplomate, moi ! Je veux être écrivain ! Comédien ! » Mathilde éclata de rire, puis mis très vite sa main sur sa bouche, confuse. « Vous me faites beaucoup rire, Quentin ! » Il sourit de bon cœur à cette confidence spontanée. La glace était brisée, il faisait doux dans l’élégant salon feutré, premiers échanges, joies discrètes, bourgeons d’amitiés.

Pendant ce temps-là, Emile avait suivi Charles dans sa chambre au deuxième étage, sous les toits. Ce dernier lui montra, très fier, sa collection de petits soldats de plomb : « Papa a commencé à m’en offrir deux pour mes quatre ans. Depuis, ma collection s’agrandit à chaque anniversaire ». Emile était visiblement admiratif. Les porte-drapeaux étaient peints avec finesse et précision. Son regard se figea un instant; il crût entendre les roulements de tambour, le choc des arbalètes, sentir la poudre à canon lui chatouiller les narines. L’armée du Roy s’avançait, gagnant du terrain sur les Prusses qui reculaient en jurant dans une langue dure et incompréhensible. « Quand tu viendras à la maison, je te montrerai ma collection de navires miniatures. C’est mon frère Pierre-Marie qui me l’a commencée, il y a deux ans. » Il réalisa que de ce serait pas avant longtemps… Dans moins d’une semaine, ils quitteraient tous deux Paris pour leur pensionnat dans le Finistère et ne retrouveraient leurs chambres que deux mois plus tard.

Noël était décidément une bien belle fête de famille, mais aussi celle des amis. Celle des amis nouveaux, celle des amitiés pour la vie.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #18 : Il est né le divin Enfant

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Il est né le divin Enfant

La famille Archambault se préparait cérémonieusement pour aller assister à la messe de minuit. Le père, Yves, enfilait son noir pardessus de laine et cachemire; son feutre en taupé gris, ajusté sur ses lunettes en écailles de tortue, lui donnait un petit air d’inspecteur de police. Enora, la mère, avait choisi sa plus belle veste, légèrement évasée, qui lui donnait des airs de princesse des steppes. Un bibi de velours couleur sang et des gants assortis soulignaient avec discrétion son élégance naturelle, contrastant avec son teint clair et ses yeux saphir. Pierre-Marie avait choisi de conserver son uniforme d’officier de marine pour faire honneur au Messie qui allait naître. Mathilde, à l’inverse, avait préféré troquer son uniforme de Demoiselle de France contre une cape de laine et soie bordeaux. Emile les regardait, partagé entre admiration pour ses aînés et impatience de retrouver les fidèles qui déjà se pressaient en silence sur les trottoirs couverts d’un blanc manteau. Il était en train d’enfiler son manteau anglais de laine sèche grise, au col et boutons recouverts de velours noir. D’un geste magistral, il jeta autour de son cou son écharpe préférée, celle couleur brique que Madeleine lui avait tricotée l’année dernière avec des restes d’un pull de feue sa grand-mère. « N’oublie pas ton béret et tes gants, Emile ! Il fait très froid ! » Maman terminait son inspection; il lui semblait si important que toute sa petite famille se pare de ses plus beaux atours pour ce saint jour ! Madeleine fit enfin son apparition dans l’entrée, en manteau de velours marine et chapeau de taupé noir. Emile réalisa qu’il ne la voyait jamais autrement que dans sa tenue de travail, protégée par son long tablier de lin bleu, un torchon bistre sur l’épaule. Malgré son embonpoint, elle était très encore élégante et il ne comprenait pas bien pourquoi un honnête homme n’avait pas croisé son chemin pour la demander en mariage.

Ils marchaient avec entrain sur les trottoirs parisiens, croisant des silhouettes amies sous les réverbères qui semblaient ployer sous le poids d’une lourde couche de neige. Papa tenait Maman par la main pour éviter qu’elle ne glisse, Pierre-Marie faisait poliment la conversation à Madeleine, tandis qu’Emile tenait la main de Mathilde, qu’il entraînait en glissades dans la rue qui descendait vers l’imposante église Saint-Augustin. La lumière des éclairages publics était dorée et douce malgré le froid perçant, la neige scintillait en glissant des balcons haussmaniens puis crissait sous les godillots d’Emile. C’était magique, unique. Emile rayonnait d’une joie toute simple, la joie de Noël.

Les fidèles étaient déjà nombreux dans la nef qui embaumait l’encens plus que de coutume, en volutes épaisses qui montaient en rythme avec l’orgue sous l’immense coupole. Monsieur d’Argenson fit un léger signe à Yves dès qu’il l’aperçut. La famille Archambault prit alors place à côté de la sienne sur une belle rangée de chaises au troisième rang. Emile avait lâché la main de sa grande sœur pour s’asseoir à côté de son nouveau copain de classe Charles d’Argenson, près du pilier de marbre. Il ignorait que ce dernier eût un grand frère qui semblait avoir l’âge de Mathilde ainsi que deux grandes sœurs, dont l’aînée, une rousse élancée aux yeux émeraude, baissa le regard à la vue de Pierre-Marie.

Dans un nuage entêtant d’encens, un halo doré émanait de la croix portée en procession solennelle. Derrière elle, le curé de la paroisse remontait lentement la travée centrale suivi de tous les vicaires dont le sévère Abbé Desgrières, de nombreux séminaristes et tous les enfants de chœur. Le Kyrie, amplifié par la chorale des élèves de l’école Fénelon, emplissait les cœurs des fidèles et les préparait à la Sainte messe de Noël.

Depuis la chaire qui dominait l’église bondée, le curé dispensa son homélie sur l’Évangile de la naissance du Seigneur, pesant chaque mot. Emile fut troublé par ce récit qu’il connaissait pourtant parfaitement bien, mais qui prenait un sens particulier depuis qu’il savait que sa maman portait en elle un bébé. Il tourna alors son regard vers elle, qui était assise quelques places plus loin. Elle avait senti l’appel muet de son fils et lui renvoyait un sourire, une main à peine visible posée sur le côté de son ventre. La Vierge Marie avait donné son fiat, sa maman avait fait de même. Lorsque l’enfant Jésus trouva sa place au centre de la crèche, Emile, agenouillé sur le marbre glacial, ne put détacher son regard du Fils du Dieu Tout Puissant, incarné dans un frêle petit enfant, un petit enfant comme lui, sans défense. Une larme roula en silence sur sa joue ronde. Il était à la fois saisi de bonheur et pétrifié de tristesse. « Il est né le divin Enfant !… » Les fidèles autour de lui et les familles d’Argenson et Archambault exultaient de joie avec des myriades d’anges au ciel.

A la sortie de la messe, sous les coups joyeux des cloches, de jeunes garçons se bombardaient de boules de neige qui retombaient mollement sur le parvis immaculé. Emile sentit un projectile glacé fouetter sa joue gauche. Il n’avait pas envie de rire, juste de se laisser encore pénétrer par la Bonne Nouvelle du Sauveur de l’Humanité qui croulait encore sous le poids de son péché. Sed libera nos a malo.  

Les familles amies se saluèrent cordialement, la gent masculine s’inclinant en baise-mains respectueux. Mathilde sentit un petit pincement serrer sa poitrine lorsque Quentin s’inclina vers son gant de satin noir. La sœur aînée de Charles, Geneviève, baissa le regard lorsque Pierre-Marie en fit autant. Les parents de Charles avaient invité la famille Archambault pour le repas du jour de Noël. Emile serra vigoureusement la main de son copain qui lui donna une tape sur le bras; demain, ils pourraient enfin se parler tranquillement ! Dans moins d’une semaine, Saint-Augustin serait loin, Paris serait loin, leurs familles seraient loin… Un pensionnat au fin fond du Finistère serait leur lieu de vie désormais.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #16 : Retrouvailles en famille (II)

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Photo ©Lamouetterieuse

Retrouvailles en famille (II)

Quelques rares abat-jours en plissé de soie diffusaient une douce lueur sur les murs du salon. « Maman, cette élève de Blanche est vraiment détestable, vous savez ! Elle a réussi à se mettre à dos tout le dortoir des Premières, avec ses médisances sur la petite nouvelle, Geneviève ! » Mathilde fut interrompue dans ses anecdotes de pensionnat par nos hommes qui faisaient une entrée fracassante sur le parquet fraîchement ciré, laissant pénétrer un courant d’air glacial de l’escalier dans le doux foyer retrouvé. « Papa ! Pierre-Marie ! » Mathilde bondit du vieux fauteuil club et se précipita vers eux. Son père la serra fort contre lui. « Notre Demoiselle a-t-elle de bonnes nouvelles à nous relater de la Maison d’éducation ? » demanda-t-il, faisant mine de s’inquiéter. « Oui ! J’ai des tas de choses à vous raconter, vous verrez ! Je ne sais d’ailleurs pas si j’aurai suffisamment de temps durant ces congés pour vous faire revivre ce premier trimestre ! » Ce qui étonnait toujours son père, c’était cette façon qu’avait sa fille de s’exprimer comme un livre. Pierre-Marie se dirigeait vers sa mère d’une démarche un peu chancelante due aux longues heures de voyage en chemin de fer. En marin qui n’avait pourtant pas encore navigué, il semblait qu’il tanguait un peu sur le plancher des vaches. Elle leva ses yeux pâles vers son beau grand garçon qui faisait secrètement sa fierté. « Alors, mon Pierrot, pas trop fatigué ? » Poser cette question, c’était y répondre, tant il semblait épuisé. « Vous revoir fait toute ma joie, Maman », répondit-il, déposant un léger baiser sur sa joue inquiète. Emile tirait la ceinture d’uniforme blanche et rouge sur le bord de sa grande sœur. « Tilly, ta ceinture est blanche, parce que tu es en classe de… Première ? » « Elle répondit, le soulevant dans les airs : « Oui, mon p’tit gars ! Et l’année prochaine, elle sera multicolore, reprenant les couleurs de toutes les ceintures, depuis celle de la classe de sixième ! » Emile était ébloui par cette réponse, lui dont l’univers vestimentaire n’était qu’un dégradé de gris plus ou moins marqués, relevés seulement par le rouge brique de son écharpe tricotée par la cuisinière.

Le chef de famille mit court aux effusions : « Je propose que nous passions à table; tout le monde semble bien fatigué. Emile, va vite donner un coup de main à Madeleine en cuisine. Et n’oublie pas de te laver les mains avant ! » La cuisinière avait passé une bonne partie de la journée à préparer le repas des retrouvailles. Elle n’avait quitté son antre au bout du couloir que pour s’octroyer quelques minutes assises dans le petit bureau, à faire le point avec Madame sur l’organisation des deux semaines à venir. Chacun prit place autour de la table familiale, sourire aux lèvres, mains jointes pour le benedicite. Emile fit son entrée, portant cérémonieusement une soupière qui embaumait les cèpes, la crème et le persil. Madeleine lui emboîtait le pas, portant un plat de longe de porc aux pruneaux, accompagné de tagliatelles maison. Sur le buffet, une tarte aux poires et noix attendait sagement la fin du repas. Lorsque tous furent servis, le père s’adressa à son fils : « Comment va Brest ?  » Pierre-Marie lui répondit, non sans fierté : « L’Amiral a proposé que certains élèves puissent profiter d’un petit embarquement, histoire de se familiariser avec la vie sur le terrain. Et devinez quoi ? J’ai eu la chance d’être sélectionné ! » « C’est formidable ! Bravo mon fils ! C’est ton grand-père qui serait fier de toi !  Mathilde, ça va à la MELH ? » Oui Papa, tout va très bien pour le moment. Madame La Surintendante, la Baronne Dannery, est passée dans les classes avec les inspectrices pour les rapports. Nous étions toutes très nerveuses depuis ce matin, certaines n’ayant pu avaler leur déjeuner; il y eût un certain nombre de remontrances de la part du personnel de table et surtout des surveillantes ! » Elle fit une petite pause, témoignage de sa modestie habituelle. « J’ai obtenu la double médaille, travail et éducation. » « Félicitations ma chérie ! » s’exclama sa mère avec joie. Elle voyait repasser ses souvenirs de Demoiselle de France et souriait en la regardant.

Chacun était trop absorbé par la joie des retrouvailles mêlée à une fatigue qui commençait à se faire sentir avec de plus en plus de pesanteur, pour s’enquérir de la situation d’Emile. De toutes les façons, il buvait les paroles de son frère et de sa sœur et savait que l’on évoquerait son sort à un moment ou à un autre. Ce qui comptait, à ce moment, c’était le bonheur de se retrouver tous ensemble, la famille Archambault au complet, pour ce précieux temps de l’Avent, préalable à une Bonne nouvelle dont l’accomplissement les dépasserait tous et chacun.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…