PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Si toutes les valises du monde…

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Si toutes les valises du monde…

Si toutes les valises du monde voulaient bien se tenir par les hanches, sur leurs p’tites roues grinçantes, elles feraient une danse. Dans leur tourbillon effréné sur le tarmac pétrifié, les voyageurs seraient étonnés, les bagagistes débordés. Pour une fois qu’on ne leur demanderait pas de se taire, de rester couchées à terre, les valises en profiteraient pour se faire la malle ! Dans leur frénésie de liberté, certaines auraient la ceinture qui pète, comme celle des gros messieurs avinés. Et l’on pourrait apercevoir, entre deux ailes d’avion, des brosses à dents ébouriffées, des jupons dentelés, des caleçons bariolés qui s’envoleraient vers des destinations insoupçonnées.

Mais toutes les valises du monde doivent se tenir à carreau, au pied de leur proprio, motus et bouche cousue, tirette tirée, loquet bouclé, sangle serrée. Serviles et muettes, dociles, domestiquées. Elles ne peuvent qu’écouter les annonces des départs ou des arrivées, îles lointaines, pays imaginés, destinations de rêve où elles s’imaginent emmitouflées en parka de renard ou quasi dénudées en string léopard. Leur gris métal leur plombe le moral; leur noir banal leur sape le mental, quant aux couleurs criardes des jeunes aventuriers, elles se sentent outrageusement maquillées.

Un jour viendra où toutes les valises du monde ne grinceront plus des dents sur leurs roulettes usagées. Elles se barreront dans un moment d’inadvertance de leur propriétaire, courront au bar de l’aéroport, glissant sur le marbre lustré comme des gamins en baskets usées. Elles tendront l’oreille autour d’un délicieux cocktail, au récit des stewards et hôtesses attablés, sur ces pays qu’elles n’ont jamais visités, de soutes en placards trimbalées. Ce jour-là, les voyageurs n’auront plus qu’à jeter leur dévolu sur des sacs à dos, portés sur leurs frêles épaules comme des mules asservies, chargés comme les baudets des pays montagneux. Mais les valises révoltées auront libéré les randonneurs du futur, emplissant leurs cœurs de trésors infinis, leurs esprits de souvenirs éblouis, sous la charge de leurs corps meurtris. Car s’il faut ménager sa monture, l’on ne rapporte de ses voyages que des images, des sourires pour l’éternité, qui n’ont pas besoin de valises rouillées, de bagages oubliés.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

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« Vou-halal » intégral ?

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Elle est radieuse, elle rayonne de bonheur, légère, son voile flotte au vent, papillon blanc, ailes tirées vers le ciel. Dans sa robe de princesse immaculée, elle a enfin réalisé son rêve. Ô, elle le sait bien, ce sera « pour le meilleur » et même « pour le pire », et « jusqu’à ce que la mort la sépare de son homme », mais elle croit à ce bonheur. Et c’est le plus important, cette volonté de s’engager elle-même, librement, dans le mariage. Sur sa robe joliment pliée, dans un dernier regard attendri, elle va remiser son voile dans un simple carton, précieux trésor, témoignage ému pour ses filles à venir. Voile-fierté.

Elles marchent d’un bon pas, presque sautillant comme des gamines, dans leurs simples robes gris souris, place Saint Pierre. Rome, ville éternelle, chasteté, engagement. Leur voile court encadre leurs regards lumineux, sublime leurs visages rayonnants, données à l’Élu de leur cœur, Jésus Sauveur. Personne ne les a forcées à consacrer leur vie entière au célibat des religieuses. Elles ont senti l’appel du Seigneur dans leur cœur, à aimer et servir leurs frères et sœurs dans un dépouillement totalement consenti. Il a saisi leur âme, elles ont pris le voile à Sa suite. Voile-dévouement.

Elles sortent en ville, plus ou moins camouflées derrière des « vou-halal », plus ou moins volontairement. Le tissu est devenu carcan, enfermement, asservissement. Même si certains, voire certaines, s’en défendent, la femme n’est plus. Adieu la mariée radieuse ! Adieu la religieuse joyeuse ! Sous le « vou-halal » intégral, se cache un être devenu informe, indifférencié, brimé. Voile-honte.

Dans les sociétés occidentales, des générations de femmes se sont rebellées contre les corsets, ont maudit la maltraitance de leurs corps par des étoffes étouffantes. Des féministes, des femmes, des essences féminines surtout, ont bataillé dur pour recouvrer leur liberté d’êtres dignes et respectables. A respecter.

Faudrait-il, aujourd’hui, sous prétexte de « modernité », de « vivre-ensemble », revenir des dizaines d’années, voire des siècles en arrière, en favorisant le port du « vou-halal » dans tous les lieux publics ? Qu’en pensez-vous Mesdames et Messieurs les « bien-pensants » de la politique ? Vous qui n’avez à la bouche que le mot de « liberté », où placez-vous celle de la femme au quotidien ? Vous qui vous gargarisez de « laïcité », que faites-vous en face des ces négriers des temps modernes qui enferment le sexe dit « faible » dans des toiles informes ? Mesdames et Messieurs « politico-clientélistes » experts, que pensez-vous d’une société qui finirait par instaurer une nouvelle ségrégation (hommes-femmes différenciés dans l’espace public), retour aux plus vilaines années de notre histoire ?

Sans tomber dans le piège d’un féminisme militant pour certaines, ni dans la tentation d’un repli identitaire culturel sécurisant pour d’autres, les réactions épidermiques, toutes tendances politiques confondues, face à ce « vou-halal », intégral, au nouveau « burkini », ou à toute autre façon de cacher le corps féminin et non de le sublimer (ou tout simplement de l’habiller), ne prouvent-elles pas que ces pièces rapportées n’ont pas leur place dans nos sociétés occidentales ?

« Vou-halal » intégralement indésirable. Liberté essentielle et respect intégral, société pacifiée. Est-ce devenu un vœu pieux ?

 

Plume trempée dans l’encrier du clavier #1

Même si je ne suis qu’une mouette, et qu’en ma qualité d’oiseau je pourrais les redouter, les chats sont mes amis. Je les aime, ces bêtes pleines de poils, qui, du haut de leurs quatre petites pattes, font chavirer les cœurs de ceux qui croient être leurs maîtres sur la terre ferme. A leur façon, ils sont libres, eux aussi.

Bastet

Comme Jean-Louis Hue, je partage cette idée selon laquelle « l’encrier ne se vide jamais quand il s’agit d’écrire sur les chats ».

Pour preuve, voici ce qu’il écrit :

Voici le chat dans tous ses états, poils longs et poils courts, couverts de cocardes ou d’électrodes, sentant le foin, l’ambre ou la misère, chats fous et chats trop sages, chats d’intérieur et chats de cimetière, chats de race et chats de gouttière, chats chassant, chats couchant, chats enfuis, l’auteur leur cavale aux trousses, visitant les salons d’exposition, les muséums, les galeries d’art, sautant d’un laboratoire à un affût, d’un boudoir mondain à quelque taudis surpeuplé. Il a compulsé des thèses aussi bien que des bandes dessinées et des livres d’enfant. Il a interrogé des éthologues, des poseurs de pièges, des dames à chats, regardé des estampes, lu des poèmes, remué des ossements, reniflé des pâtées en boîte. Il a également suivi les mystérieux cheminements de ses trois compagnons félins, dans leurs parcours de nains, parmi les venelles à souris, les volcans pour taupes, le maquis des herbes…

in Le Chat dans tous ses états, Grasset, 1982, Prix Fénéon

Le paradoxe de la loi

Que la loi soit respectée, par tous les citoyens, par chaque citoyen, est un principe immuable, inaliénable, incontestable. A la genèse de toute société, primitive ou moderne, les hommes ressentent le besoin d’instaurer des lois, gravées dans leur mémoire, sur la pierre ou sur le papier, pour assurer sécurité de chacun, justice entre tous et cohésion du groupe. C’est une bonne chose, que personne ne contestera. Un bon point.

Pour autant, la loi peut, paradoxalement, être source d’insécurité, d’injustice et créer des fractures sociales. C’est son usage, ou son mauvais usage plutôt, qui en pervertit l’esprit. Lorsque, pour asseoir sa puissance, la loi sert les représentants de l’Etat avant de servir les citoyens. Lorsque, sous couvert de liberté individuelle accrue, elle emprisonne l’individu dans des valeurs qui le détruisent. Lorsque, sous couvert d’égalité, elle est utilisée à des fins qui l’aliènent. Lorsqu’elle conduit à un nivellement des masses vers le bas, plutôt qu’à une élévation de chacun vers le meilleur… Liste non exhaustive.

Comment résoudre ce paradoxe ? Il me semble que la loi de la République, dans son sens premier et large de res publica, « chose publique », qui serait inspirée de la loi d’amour transmise aux homme par le fils de Dieu, serait peut-être la seule qui soit juste. L’amour du prochain n’est pas une vague idée de gentillesse portée par des esprits naïfs. Exit bobo-soixantehuitards et Bisounours. C’est au plus profond de lui que l’individu doit sentir et cultiver cet élan vers l’autre et tenter, contre les aspirations du Malin, de le mettre en pratique. S’aimer un peu soi-même permet d’aimer beaucoup son frère et d’aimer immensément Dieu. Certes, plus facile à clamer qu’à appliquer. Long chemin.

D’où l’importance que cette loi d’amour soit enseignée dès le plus jeune âge, afin qu’elle puisse germer et grandir avec l’individu pour trouver son plein épanouissement lorsqu’il sera parvenu à l’âge adulte. Humilité.

D’où l’importance que cette loi d’amour soit portée par des individus exceptionnels (qui émanent du peuple, dans ce qu’il peut donner de plus sincère), appliquée en vérité, par des hommes et des femmes soucieux d’autrui avant leur petite personne, tendus vers le bien commun avant leur confort personnel. Altruisme.

D’où l’importance que cette loi d’amour guide les dirigeants d’un peuple vers son autonomie plutôt que vers son aliénation à d’autres instances supranationales. A de tels niveaux, ce qui est bon pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Discernement.

Ne reste plus qu’à dégoter les bons acteurs humains. Conseil d’une mouette impatiente : au boulot ! La loi d’amour n’attend pas !