PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Ecran noir

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Ecran noir

Placardé sur le mur blafard d’une chambre d’hôpital,

Trophée bêtement exhibé d’une société lobotomisée,

Tu restes impassible dans ton rectangle imbécile,

Regard inexpressif d’une face qui jamais ne sourcille.

 

Tu ne m’envoies que des platitudes, reflets de ta servitude,

Des idées hors cadre d’une affligeante banalité,

Des projets avortés de n’avoir pu voir le jour,

Dans le silence accusateur de mes secrètes peurs. 

 

J’ai beau tenter de détourner le regard,

Tu rappelles mes pupilles à ton noir miroir,

Mais tu me laisses sans réponse, torturée d’incertitudes,

Et ton âme de verre et de métal me laisse glacée,

Tandis que pour les visiteurs le beau tu fais.

 

Jamais je ne connaîtrai tes sombres secrets,

Ne décrypterai l’encre mate et immobile 

De ton écran amorphe dont seul le voyant vacille,

Fausse lueur rosée d’un espoir inutile,

Appel imperceptible à la déchirure de ton silence,

Pour rompre le mien, tombeau de mes idées noires.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Monde horizontal

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Monde horizontal

Elle s’allonge sur le brancard, destination bloc opératoire. Ses jambes ne sent plus, ses bras ballants non plus. Trimbalée telle un bébé, sans aucune volonté, elle gît, consciente mais totalement impuissante. Vision directe vers le haut, réduite sur les côtés, moins de 180 degrés d’acuité, handicap de bête à oeillères. D’interminables couloirs, étroits, blancs, blafards, traversés avec art, doubles virages contrôlés. Raclement de roue qui couine, dents qui grincent, dérapages contrôlés. Les plafonds défilent, défilent… imperturbables, infinité de plaques ajustées, trop bien assemblées, univers sécurisé. Les doubles portes devant elle s’ouvrent comme par magie, pilote sans volant, demi-tour ajusté, perte de sens, désorientée. Autres lits-roulants rencontrés, sourires échangés entre brancardiers, histoires de pause et de cafés serrés. Curieuses fourmis black en blouses blanches ! Surgit l’ascenseur gris-froid acier, monte-charge pour viande assistée. Ralenti, puis arrêt, brutal, fin de la course, suffit de rigoler ! Froid chirurgical, incertitude, anonymat de l’hôpital.

Docteur, vous êtes servi ! Madame la Mouette est arrivée, sur un plateau-repas aseptisé !

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…

Les comptines de la mouette : La mouette qui n’en mène pas grand large

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La mouette qui n’en mène pas grand large

Une foie de morue n’est pas coutume, la mouette n’en mène pas grand large, elle n’est plus rieuse, elle riz jaune. Dans quelques heures, elle va se retrouver, toute bête qu’elle est, allongée, comme raie-de-morte, sur une sable, dans une salle carrelet, froide et blanche, baignée de lumières baffes-ardes. Les humains appellent cela de la chirurgie embuscatoire; tu m’étonnes !

Yeux fermés, elle dormira pendant une heure, un peu comme si elle avait pris une c-huître. Elle ne sentira rien, pas d’air marin, ne respirera plus l’iode quotidien, et ça lui manquera bien. Pendant ce taon, un chirurgien z’ailé lui examinera en détail les boyaux, du gosiot au croupiot.

La mouette l’avait demandé, certes, mais ce n’est pas une raison pour en redemander; elle ne fera pas comme ses copines à la comptine de l’école ! D’ailleurs, depuis trois jours, elle est à la dièse, régime sans bé-molle et surtout sans bé-quille : pas d’algues, pas de mie de pain, du poisson cru ou grillé à tous ses repas. Bonsaï ! Euh…

Pour une fois, la mouette se tirerait bien vers le grand large sans tarder, pour rire à gorge déployée de ces petites mésaventures. Alors, si le grand timonier décidait que sous son aile immobile elle ne rouvre plus son oeil cerné, ou qu’elle reste pour un temps indéterminé dans les bras de morflé, merci pour elle d’avoir une petite pincée d’oxygène.