PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : « Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

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Photo ©Lamouetterieuse

« Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

Par une belle matinée d’été, le petit pin bleu lève les yeux vers le ciel, vers son papa, le grand pin bleu. Il contemple ses ramures argentées, doux bleu-grisé, puis s’approche pour l’embrasser. « Dis papa, pourquoi tu piques ? » Le père, amusé par cette question de jeune garçon lui répond : « Je pique, car ma barbe est devenue celle d’un adulte. Cette barbe qui rassure ta maman, cette barbe qui fait peur aux méchants, cette barbe qui fait parler les petits enfants. »

Le petit pin bleu caresse sa joue, pensif, puis inquiet. Ses épines sont encore tendres, qui ploient avec souplesse sous ses petits doigts. Il se demande si lui aussi aura un jour une belle barbe bleue, qui pique et qui fait mâle. Il se demande combien il lui faudra d’années, de dizaines d’années, avant de ressembler à son père dont il est si fier. Ce dernier, du haut de sa maturité, devine les pensées de son jeune enfant. « Tu auras bien assez tôt une belle barbe qui pique, mon garçon. La seule condition, c’est de ne pas te raser. Enfin, c’est que tu ne sois pas rasé. Bref, que les hommes te laissent grandir sur tes pieds. C’est pourquoi, chaque matin, je lève les yeux vers le ciel, qu’il soit blanc, gris ou azur, que le vent soit mordant, vif ou absent, et je demande au Tout-Puissant de faire sa volonté. Et chaque soir, je redis cette même prière. Et vois-tu, je suis devenu, au fil des ans, un grand pin bleu, confiant, à la barbe qui pique, mais au cœur tendre. »

Le petit pin bleu garde ses paroles dans son âme d’enfant, tâte sa joue encore meurtrie par l’étreinte paternelle et se promet, dans le silence du vent estival qui caresse sa tendre ramure, qu’un jour, il sera fier lui aussi, d’avoir une barbe qui pique et un cœur tendre.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Histoire sans paroles

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Histoire sans paroles

Ils sont assis côte à côte dans la salle d’attente, le père et le fils. Le père, tête grisonnante, corps décharné dans son jean raide, au bout du rouleau. Le fils, barbu brun, cheveux fous, plein de vie, monté sur ressorts.

Le père se cramponne à sa petite valise d’un air inquiet, comme un petit garçon effrayé à l’idée d’un long voyage vers une destination inconnue. Le fils passe son temps à tenter de le rassurer. Au fond, c’est sa vocation de fils, de soutenir comme il le peut l’auteur de ses jours qui vacille tel une petite flamme menaçant de s’éteindre à chaque respiration. Le fils aimant masse affectueusement le dos voûté par les ans, le réchauffe de ses longues mains, sans se lasser. Il glisse à l’oreille de son père de douces paroles pour consoler son cœur affolé.

Personne autour n’entend, mais chacun, attentif à leur dialogue muet dans cette impersonnelle salle d’attente, comprend. Le père va partir pour une opération, peut être risquée, peut-être la dernière de sa fragile existence. Un passage, encore un, saut dans le vide, ou le néant.

L’amour d’un fils pour son père n’a pas besoin de manières, il parle en silence, souffre sans bruit, oublie tous les conflits de la vie.

Dans l’atmosphère tendue d’une salle d’attente d’hôpital, s’est déroulée une histoire sans paroles, mais emplie de sens.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…