PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le cri de la dépression

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Photo ©Lamouetterieuse

Le cri de la dépression

Une femme seule hurle dans sa maison. C’est le cri de la dépression. 

Plus déchirant que celui de la jouissance,

Plus douloureux que celui de l’enfantement,

Plus laid que le caprice du petit enfant,

Plus seul que le cri des manifestants,

Plus fort que le plus fort des hurlements.

Le cri de la dépression,

Vagissement hideux

De la bête blessée,

Éclatement non maîtrisé

De la tête prête à éclater.

Le cri de la dépression,

Nausée gutturale

Qui n’enlève pas le mal,

Appel involontaire

De l’âme solitaire,

Et refus de toujours être

L’oubliée des solidaires.

Le cri de la dépression,

Celui qui veut dire non

A la vie insipide,

A l’amitié délaissée,

A l’amour inaudible.

Le cri de la dépression,

Monologue abominable

D’une vie détestable,

Celui qui meurt des câlins

Qui jamais plus ne viendront.

Le cri de la dépression, c’est l’appel sans retour du cruel monde. C’est la laideur intérieure d’une bête immonde. Le déchirement vers l’infini d’une louve amère. Une femme seule hurlait dans sa maison.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit noir, plus d’espoir

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P’tit noir, plus d’espoir

Elle avait convenu qu’ils se retrouveraient dans un bistrot parisien. Pour faire le point. Elle n’allait pas bien. Lui n’y comprenait rien. Elle était arrivée en avance, comme pour un rendez-vous amoureux, cœur battant, vent dans les cheveux. Mais elle était toute entière saisie d’angoisse : comment se passerait ce qui serait peut-être leur dernière entrevue ? aurait-elle les bons mots ? arriverait-elle à ne pas le blesser ? comment expliquer ce qui la torturait, sans qu’il ne se sente repoussé ?

Machinalement, elle avait commandé un p’tit noir, histoire de ne pas laisser filer l’espoir. Un homme et une femme plus jeunes se faisaient face plus loin, dans le reflet d’un miroir piqué par le temps. Elle inclina la tête, voyant l’homme se pencher vers le cou de sa bien-aimée, l’effleurant de ses lèvres avides, inspirant son parfum unique, buvant sa chevelure les yeux fermés. La jeune femme riait, émoustillée, emplie de joie et de désir; elle se pencha alors vers lui pour lui rendre la pareille, mordillant au passage son oreille.

Regard dans le vague, un trait de jalousie aux lèvres, c’était elle, la bien-aimée, la désirée. Transportée dans sa rêverie, elle était heureuse, enfin… La porte du bistrot la fit sursauter. Il entrait. Un peu coupable de son retard, souffle court, il se pencha pour baiser mollement sa joue. Le serveur s’approcha pour prendre la commande, tandis que le percolateur hurlait derrière le zinc. Il la regardait, attendant qu’elle commence à s’expliquer, comme toujours. Sans cesse avait-elle repassé dans sa tête ce moment tant attendu, mais à cet instant précis, elle ne trouvait plus les mots, le regardant, tétanisée.

Accrochée à un futile espoir, elle serrait ses mains, muette prière. Une larme brûlante roula sur sa joue, puis une autre, une autre… Elle ne sentait plus rien, ne voyait plus, n’entendait que le cri de son cœur meurtri dans ses tempes glacées. Ses mains étaient inondées de pleurs, qui éclaboussèrent son p’tit noir refroidi. Alors, dans un geste irréfléchi, oubliant qu’il ne supportait pas qu’elle l’effleure, elle posa ses doigts baignés de larmes sur les lèvres figées de son ami, consterné, réduit au silence. Paroles amères, sel de la vie, baiser d’adieu. Lèvres desserrées, il ne parlait toujours pas. Lentement, vidée de sa vie, laissant quelques gouttes d’espoir dans le p’tit noir, elle se leva sans bruit, un dernier regard vers le couple enlacé qui là, dans son obscène témoignage d’amour, perçait son cœur d’où sortait maintenant un filet de haine.

Sur le trottoir, des passants gris la bousculèrent, fantôme vidé d’amour. Une moto rugit, un chauffeur de taxi injuria un conducteur de camion, un pigeon frôla son front. La vie était bruyante, hideuse, vulgaire. La ville était son ennemie. Mais c’était surtout elle qui était sa propre ennemie. P’tit noir, plus d’espoir, désespoir.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Toi, femme éternelle

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Toi, femme éternelle

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Qui accueille les torrents de force de qui t’a séduite.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Qui ruisselle par a-coups des soupirs du désir.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Qui abrite en son sein l’avenir de la vie.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Déchirée dans les larmes de l’enfant de lui.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

D’où jaillit la douceur qui panse les soucis.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Comme vidée de son sens quand l’âge te saisit.

 

Toi, femme éternelle, tu es une caverne,

Tu es forte, tu es belle, tu es celle

Où résonnent, pour toujours, Ô Ciel étoilé,

Les hymnes de ton Dieu Éternel à la vie.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Lui

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Photo ratée ©Lamouetterieuse

Lui

Il est entré dans ma vie, sans effraction, sans bruit,

A surgit de rien, ange immaculé inattendu dans ma nuit.

 

Empêtrée dans les sables de mon désert,

Je l’ai senti me soulever dans les airs.

Oiseau brisé, carcasse vide d’éther,

Il m’a portée là-haut sur ses douces ailes.

 

Son sourire illumine mes nuits,

Son regard transforme mes heures,

Assis au rebord de mon puits

Il m’abreuve d’élixir de bonheur.

 

Du lever du soleil aux heures sombres du soir,

Je vibre de toutes mes fibres, consumée de vie.

Il rythme mon cœur de palpitations inouïes,

Où brûlent mes veines, périt mon désespoir.

 

Il m’habite désormais toute entière,

Jamais je n’aurais cru pouvoir revivre !

Je m’abandonne dans ses bras en croix,

Moi la révoltée, la morte, la rétive.

 

Je n’étais rien, qu’une mouette en cage,

Qu’il a délivrée enfin de son marécage !

J’étais femme, il est homme,

Je deviens elle, il est lui.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Mon cœur est tout à toi

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Photo ©La mouette rieuse

Mon cœur est tout à toi

Tends-moi ta douce main,
Vois, caresse mes ailes,
Envole-toi au ciel
Dans la brume du matin.

Appelle-moi par mon nom,
Que je t’ensorcelle,
« Ginkgo » c’est très mignon,
Puis, je soigne à merveille !

Je t’offre un vert soupir
Pour panser ta douleur,
Et un léger sourire
En gage de pur bonheur.

Je frémis dans la brise,
Sursaute à demi-mot,
Au jardin insoumise,
Indomptable dans un pot.

Douce ondulation
De mes courbes végétales,
Féminine séduction
Et cils de femme fatale.

Derrière mon éventail
Je cache mon émoi,
Ton cœur est tout pareil,
Et le mien est à toi.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Deep-pression

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« Under pressure », Guia Besana

Deep-pression

Elle avait hâte qu’il parte, qu’il aille travailler, pour tenter d’y voir un peu plus clair, dans l’obscur de son âme abandonnée.

Elle rasait en rond les murs de son moi-si, prisonnière de tant d’inter-dits.

Son jardin secret n’était plus, des herbes sauvages l’avaient envahi, folles. J’ai descendu dans mon jardin… pour y cueillir tout mon chagrin…

Ses amies lui disaient : « Tu es triste ». Elle acquiesçait d’un sourire, triste et pâle. Plus que de la tristesse, c’était du mal-être, du malheur, de la maltraitance.

Derrière la façade des convenances, au-delà des sourires, par-delà les rires, la pression est pire, profonde : deep-pression.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Toute donnée

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En reprenant les rennes de son fougueux clavier, à la nuit tombée, elle est saisie par la vie de cette femme, qui a tout donné. Sa mère, sa grand-mère, sa voisine, elle-même ? Elle a décidé de renverser les rôles, de lui donner enfin la parole. Hommage discret et humble, pourtant essentiel, à cette femme simple comme tant d’autres, pilier invisible de la famille. LA dona, LA dame, LA femme, L’épouse, LA toute donnée.

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Toute donnée

Enfant, elle s’était donnée au service de sa famille. De petits gestes en gentils mots, de coups de mains en sourires. Ses parents lui avaient juste appris à être serviable, polie, aimable. Ô, elle aurait pu faire le strict minimum, histoire de ne pas choquer ou de ne pas perdre la face, ou tout bêtement obéir en baissant la tête. Mais elle avait choisi d’en donner plus, toujours un petit peu plus. L’avait-elle choisi, ou avait-elle été choisie ? Elle ne le saurait jamais, et s’en moquait.

Grandissant, elle n’avait rien perdu de ses bonnes habitudes. Personne ne faisait guère attention à elle, puisque tout était parfait. Elle ne cherchait ni mérite, ni miracle, ni merci. Sourire en aidant les autres était son lot quotidien, ce qui la rendait simplement heureuse. Pas béatement heureuse, non. Heureuse du bonheur des autres. D’autres femmes couraient après la gloire, les paillettes, les lumières de la scène, les applaudissements de la foule. D’autres encore avaient choisi de se battre au coude à coude contre les hommes, amères batailles, chèrement pas payées. D’autres enfin, se moquaient in peto de cette jeune femme peu enviable, peu reluisante.

Elle avait donné sa fidélité à un homme, dans les liens sacrés du mariage. Elle avait renoncé à son indépendance, lui avait donné une nombreuse descendance, dans d’atroces souffrances. Elle avait perdu son corps de jeune fille, adieu sa jolie ligne ! Mais elle continuait à donner, chaque jour, encore et encore, le sein, les câlins pour petits bobos, les baisers pour tout oublier, les conseils pour mieux travailler, les écoutes des ados en mal-être, les soutiens à son bien-aimé, les non-soupirs à sa belle-famille… C’était un éternel recommencement de sourires, d’écoute attentive, de douces paroles, de secrets gardés, de blessures ignorées, de vie en-dehors d’elle, toute donnée pour les autres. Volonté, prudence, abnégation, amour du travail, organisation, modestie, autant de vertus qui n’avaient plus de secrets pour elle.

Là, lessivée, pressurée, dépassée, ignorée, elle, LA dona, a tout donné. Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, il lui semble qu’elle ne pourra désormais rien de plus donner.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…