PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Petit brin d’herbe

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Petit brin d’herbe

Je me souviens que lorsque j’étais petite, j’aimais, à travers la fenêtre de ma place arrière en voiture, regarder les paysages qui défilaient. Mes yeux fixés sur rien laissaient le ruban des champs et des arbres défiler comme un film sans fin. J’aimais aussi particulièrement saisir du regard, en une fraction de seconde, un petit brin d’herbe bien vert et le conserver en mémoire aussi longtemps que je le pouvais. J’aimais me demander quelle serait son existence dans les heures ou les jours à venir. Lui auquel personne ne s’intéressait, semblable à tant d’autres petits brins d’herbe verts du bas-côté de la route. Des milliards, des milliers de milliards de congénères, dans l’indifférence la plus totale de l’homme, des éléments météo ou des roues des véhicules.

Or, il se pouvait qu’un conducteur perde le contrôle de sa voiture et se retrouve en quelques tonneaux dans le bas-fossé. Écrasant sous quatre traînées de roues terreuses des milliers de petits brins verts, dont peut-être celui que j’avais conservé en mémoire pendant des dizaines de kilomètres loin devant. Malgré le souvenir où je tentais de le préserver intact, je n’aurais pu le sauver de ce carnage. Il aurait été mortellement froissé et aurait recueilli, l’espace d’une seconde, le dernier souffle du conducteur, son regard hébété avant le passage dans un monde dont on ne sait s’il est tapissé de petits brins d’herbe verts similaires. Une goutte épaisse de sang aurait fini de le noircir et d’achever sa brève existence, rosée mortelle.

Mais je ne voulais pas que mon petit brin d’herbe connaisse une fin si tragique. Je voulais qu’il vive longtemps le long du bas-côté de la route. Quitte à être éclaboussé par les immenses roues d’un poids lourd, couché par le souffle d’une moto, ou tout simplement chauffé par le soleil couchant dans le calme de la route redevenue tranquille. Petite fille, j’étais telle un géant à côté de lui et pourtant, ne pouvais rien changer à sa destinée. Et je me sentais encore plus impuissante que lui. Lui, avait été libre de pousser où il avait voulu, au bord de cette route-ci et non de ce petit chemin solitaire-là. Lui, penchait sa tête dans le vent, avec joie et légèreté. Lui, n’avait aucun soucis d’école ou de santé. Lui, avait la chance d’une vie éphémère, fragile mais libre. Et, d’une certaine façon, après m’être inquiétée de son sort, je l’enviais. J’enviais sa simplicité, sa fraîcheur, sa pureté, son humilité.

J’étais une petite fille et suis devenue une femme. Et j’aime toujours regarder le bandeau de la nature qui défile derrière le carreau de ma voiture. Sans le vouloir, je recherche toujours un petit brin d’herbe vert, descendant d’une multitude dont je ne connaîtrais jamais tous les destins particuliers. Et j’en serai éternellement chagrinée. Car qui dit qu’il n’y a pas aussi une place dans le cœur de mon Créateur pour un seul petit brin d’herbe ? Puisque c’est Lui, dans sa Toute-Puissance, qui l’a créé pour ravir mon regard, mon imagination et mon admiration ?

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pomme d’amour

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Pomme d’amour

Dans le square parisien où l’herbe est si tendre qu’elle aimerait mâcher son vert aigu, sur la plage à l’étendue de sable blond si brûlante qu’elle se réfugie sur le velours de sa serviette, elle le voit, le marchand de douceurs. Elle le regarde s’approcher, cœur battant. Il pousse son petit chariot grinçant, cahin-caha, sans désir, sans joie, courbé sous le poids de l’habitude. Sans horizon, sans futur. Il ignore qu’il fait rêver les petits enfants qui, à son approche, promettront à leurs parents que « si, si ! », ils ont été bien sages pour mériter glace, beignet ou cacahuètes enrobées de caramel.

Elle, elle a toujours été sage, trop sage, trop seule, trop triste. Depuis toujours, elle rêve d’une pomme d’amour. Une pomme moelleuse recouverte d’un rutilant sirop craquant, une pomme énorme pour ses petites quenottes blanches, trop consistante pour son estomac d’oisillon. Elle imagine que c’est la pomme offerte par la reine jalouse à la pure et naïve Blanche Neige, vile tentation, vengeance empoisonnée, baiser de Judas. Une pomme trop belle pour être bonne, trop merveilleuse pour être vraie, trop parfaite pour le plus pur des cœurs.

Les années ont passé, des pommes sont tombées d’arbres par milliers. Chutes inévitables, flétrissement, peaux ridées et pourrissement annoncés. La pomme est devenu ce fruit peu aimé, celui du goûter où elle n’a pas faim, celui du régime où rien ne va bien, celui du jeûne où elle préfère rester ventre creux. Alors, plutôt que de croquer à mi-moitié un fruit qui sera gâché, la pomme délaissée finira sa triste vie dans le compotier, puis à la poubelle. Elle n’a plus envie de mordre à pleines dents dans la peau amère, lasse de croquer la vie dans ses derniers quartiers pleins de pépins. Elle en a assez, des pépins, tiens. Amertume.

Alors, yeux clos, elle repense à cette pomme d’amour, sucrerie pleine de promesses, clin d’oeil gourmand au fruit interdit, péché originel. Une douceur qui porte le mot « amour » ne peut qu’être diablement bonne. C’est promis, elle se fera offrir une pomme d’amour par celui qui lui offrira son cœur. Ils rompront à deux le sucre craquant, rouge à lèvres brillant, doigts collants, rires d’enfants. Puis découvriront la douceur de son coeur qu’ils dévoreront jusqu’au trognon.

Elle a tant attendu ce jour, qu’elle pourra l’attendre encore, sa délicieuse pomme d’amour. Car l’amour vient toujours. C’est écrit dans les contes. C’est gravé dans les cœurs des gourmands de la vie.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Teddy bear

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Teddy bear

Perdu mon ours en p’luche

Quand je suis dev’nue femme,

Fière de n’plus être nunuche

Quitte à perdre mon âme.

 

Je regarde les bout’choux

Te serrer sur leur cœur,

Je vois leur regard doux

Débordant de bonheur.

 

Je n’ai plus ta p’tite patte 

Ta caresse de douceur,

Que ma main sur le vide

Qui s’ouvre en douleur.

 

Alors je te mange cru,

En gélifié, guimauve, 

Et te porte à mon cou,

Acrylique du pauvre.

 

Je brode tes contours

Au petit point de croix,

Et je compte les jours

Qui m’éloignent de toi.

 

Tu m’écoutais pleurer,

Épanchant mes sanglots,

Quand on m’avait grondée,

Que je n’avais plus d’mot.

 

Je suis grande et n’ai plus

Mon nounours adoré,

Motus et bouche cousue,

Même plus l’droit de pleurer.

 

Je lève les yeux au ciel,

Asséchés d’tout espoir,

Fugitif, éternel,

Teddy bear, au revoir…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Gourmondises

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Lolo enfant

Photo ©La mouette rieuse

Gourmondises

Le monde est plein de gourmandises, que les grandes personnes ne voient jamais. Tant mieux, au fond ! En réalité, le monde est à croquer, par petits bouts, à petits coups, et la petite fille a les yeux qui brillent lorsqu’elle fait des rencontres plus appétissantes ou surprenantes les unes que les autres. Elle sourit en baissant la tête, les « gourmondises », c’est son secret.

En promenade avec sa maman, la petite fille lève les yeux au ciel, où des barbes-à-papa immenses s’enfuient au loin, comme soufflées par un géant facétieux. N’ont-elles pas plutôt peur d’être attrapées par ses mains d’enfant ?
La mer émeraude à ses pieds est un énorme verre de menthe à l’eau, mais sans glaçons. Elle a soif et se moque de l’iode salée. Elle imagine la grosssse paille qu’il faudrait pour la siphonner ! Son ventre serait gros comme… comme… celui de Maman qui attend un bébé !
Dans les galets de la plage se cachent des œufs de mouette en sucre, ceux qui ont des petites taches brunes sur leur coquille mate. Elle peut s’y casser les dents, puisque la petite souris apportera des pièces en chocolat sous son oreiller !
Les algues poisseuses crissent entre ses doigts qui tentent de les éclater. Maman lui a dit que l’on pouvait prendre un bain avec, que c’était bon pour la santé. Drôle d’idée, et puis, ça risque de chatouiller !
Dans la dune, des chatons sont pliés par le vent. Elle imagine alors des petits félins aux doux poils beiges hérissés, pliés de rire. Vraiment, ça existe ?
Sur le chemin du retour, elles passent à côté du dolmen qui a la peau rêche d’un vieillard multicentenaire. Mais son grand âge l’a rendu sourd et il ne parle pas à son oreille collée sur le lichen sec du granit. Dommage ! Il doit en connaître, des mill…iards de légendes bretonnes !
Dans les filets des chalutiers, des centaines de sardines au chocolat luisent au soleil. Elles vont fondre ! Vite, il faut les manger !
Les mouettes crient en tournant dans l’air du soir au-dessus du vieux port, chahutent comme des enfants dans une cour de récré. C’est drôle, mais ça, ça ne fait pas rigoler la mouette rieuse !

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Il était une dame tartine…

La mouette se souvient avec émotion de cette chanson que lui chantait sa grand-mère, un sourire aux lèvres et les yeux qui pétillaient de gourmandise…

Il était une dame Tartine
Dans un beau palais de beurre frais.
La muraille était de praline,
Le parquet était de croquets.
La chambre à coucher,
De crème de lait, 
Le lit de biscuits,
Les rideaux d’anis.

 
Quand elle s’en allait à la ville,
Elle avait un petit bonnet.
Les rubans étaient de pastilles,
Et le fond de bon raisiné.
Sa petit’ carriole,
Était d’croquignoles,
Ses petits chevaux,
Étaient d’pâtés chauds.

 
Elle épousa Monsieur Gimblette
Coiffé d’un beau fromage blanc.
Son chapeau était de galette,
Son habit était d’vol-au-vent.
Culotte en nougat,
Gilet d’chocolat,
Bas de caramel,
Et souliers de miel.
 

Leur fille, la belle Charlotte,
Avait un nez de massepain.
De superbes dents de compote,
Des oreilles de craquelin.
Je la vois garnir,
Sa rob’ de plaisirs,
Avec un rouleau,
De pâte d’abricots.
 

Le puissant prince Limonade
Bien frisé, vient lui faire sa cour.
Ses longs cheveux de marmelade,
Ornés de pomm’ cuites au four.
Son royal bandeau,
De petits gâteaux,
Et de raisins secs,
Portait au respect.
 

On frémit en voyant sa garde,
De câpres et de cornichons.
Armés de fusils de moutarde,
Et de sabr’s en pelur’s d’oignons.
Sur l’trône de brioche,
Charlott’ vient s’asseoir,
Les bonbons d’ses poches,
Sortent jusqu’au soir.

 
Voici que la fée Carabosse,
Jalouse et de mauvaise humeur,
Renversa d’un coup de sa bosse, 
Le palais sucré du bonheur.

Moralité :
Pour le rebâtir
Donnez à loisir,
Donnez, bons parents,
Du sucre aux enfants !

Du pain pas perdu pour tout le monde

Une mouette ne se nourrit pas que de vers, qu’ils soient poétiques ou… vaseux.

Quand les humains laissent traîner du pain, autant qu’il ne soit pas perdu pour tout le monde ! C’est donc une bonne chose que d’apprendre à l’accommoder. Une madeleine de Proust, en quelque sorte…

A propos de mouettes et de Marcel Proust, n’a-t-il pas écrit, dans « A la recherche du pain perdu » (euh… « du temps perdu » !) :

– Oh ! Elles s’envolent, s’écria Albertine en me montrant les mouettes qui, se débarrassant pour un instant de leur incognito de fleurs, montaient toutes ensemble vers le soleil.

Leurs ailes de géants les empêchent de marcher, dit Madame de Cambremer, confondant les mouettes avec les albatros.

– Je les aime beaucoup, j’en voyais à Amsterdam, dit Albertine. Elles sentent la mer, elles viennent la humer même à travers les pierres des rues.

Donc, souvenirs d’enfance, disais-je, d’un pain perdu façon pudding (ça, c’est dû à mes origines anglo-saxonnes).

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INGREDIENTS POUR QUATRE MOUETTES AFFAMEES

# 250g de pain rassis

# Pour la préparation aux pommes :

  • 30g de sucre (j’ai choisi de la cassonade)
  • 70g de raisins secs (ou pruneaux dénoyautés et/ou abricots secs, comme ici)
  • 2 belles pommes (ou quatre petites, ce qui fut mon choix)
  • un peu de cannelle en poudre
  • une gousse de vanille fendue

# Pour l’appareil aux œufs :

  • 1 c à s de rhum
  • 3 œufs
  • 40g de lait
  • 100g de sucre (j’ai choisi de la cassonade)
PRÉPARATION
Etape 1 : épluchez les pommes et coupez-les en gros morceaux.
Etape 2 : faites fondre du beurre dans une poêle, ajoutez les pommes, le sucre, la cannelle, les raisins secs et la gousse de vanille fendue. Laissez caraméliser à feu vif.
Etape 3 : coupez le pain rassis en gros morceaux.
Etape 4 : cassez les œufs dans un saladier, fouettez-les avec le sucre. Ajoutez le lait, mélangez. Faites tremper le pain dans cette préparation. Préchauffez le four à 180° ou thermostat 6.
Etape 5 : ajoutez les pommes caramélisées ainsi qu’un peu de rhum dans le saladier, mélangez et versez dans un plat allant au four. Enfournez pour 30 à 40 minutes. Si vous souhaitez que la surface soit caramélisée, pasez le pain perdu quelques courts instants sous le grill.
DEGUSTEZ AVEC UN THE, UN CAFE, OU UN BON BOL D’AIR FRAIS !