PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

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Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…

 

 

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Les comptines de la mouette : « Brr…rain-storming »

Inma Abbet-texture irisée_aquarelle sur papier_2016
Texture irisée, Inma Abbet, aquarelle sur papier, 2016

« Brr…rain-storming » 

Toutes ces précipitations ?

Tous ces débordements ?

Pour finir par être crue ?

Y’a pas d’fumée sans feu

Dis-on communément.

A quoi bon s’enliser

Dans dé-lits débordés ?

Mais pourquoi tant de-boue

Contr’ ceux qui rament assis ?

Coincés métro-bureaux,

Sardines ou maquereaux,

Qui choisissent la drague,

D’en rire ou d’faire des blagues.

Trombe-ines d’papier mâché,

Cernés de toutes parts,

Dégoulinants, hagards,

Trompés et lessivés.

C’est l’salaire de la peur,

Suicides préconisés,

Artères fluviales tranchées,

Noyades du déshonneur.

Salive mal employée !

J’ai plus l’eau à la bouche,

Que des envies de douche.

La goutte déborde d’la vase,

Je m’enlise, j’en ai marre !

Marat s’retourne encore

Au fond de sa baignoire,

Lassé de tant d’dé-boires

Mais en r’demande encore !

Parce que sans crier gare,

Les usagers tempêtent

D’être menés en bateau,

En ont ras-la-casquette

Que tout parte à vau-l’eau.

d’autres « Comptines de la mouette » improvisées à venir…

 

Les comptines de la mouette : « Maman, les p’tites péniches… »

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Crue de 1919, source Gallica/BNF

« Maman, les p’tites péniches… »

Maman, les p’tites péniches
Qui vont sur l’eau
Ont-elles des jambes ?
Mais oui, mon gros bêta
N’en n’auraient pas
Ne march’raient pas.

Allant droit devant elles,
Elles fuient les fleuves inondés,
Et finissent, épuisées, 
Trempées, à quai chez elles.

Maman, les p’tites péniches
Qui vont sur l’eau
Ont-elles une âme ?
Mais oui, mon gros bêta
N’en n’auraient pas
N’voyageraient pas.

Quand tu seras lassé,
A sec, de tout pomper,
Tu reviendras souvent
Embrasser ta Maman.

Maman, les p’tites péniches
Qui vont sur l’eau
Ont-elles des jambes ?
Mais oui, mon gros bêta
N’en n’auraient pas
Ne march’raient pas.

d’autres « Comptines de la mouette » improvisées à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Petit poisson deviendra grand

couleurs+pantone+orange+gris+vert+bleu

costume poisson

Petit poisson deviendra grand

Il se tient debout, au bord de la piscine. Petite crevette rose gringalette. Ses jambes toutes frêles grelottent, bras ballants inutiles écartelés par les bouées à l’effigie de Nemo, son préféré, poisson-clown d’orange rayé vêtu. Sous son bonnet de latex qui marque son front, il gobe les nageurs de ses yeux écarquillés, bouche entrouverte. Des « oh » sortent de ses lèvres muettes, en autant de bulles admiratives.

« Ploc, ploc,… », des pieds de géant s’approchent dans une flaque d’eau, lui éclaboussent la cuisse, puis une grande main chaleureuse saisit la sienne. « Papa, tu es là ! » Père et fils descendent prudemment dans le petit bain. L’eau est chaude, plus douce que dans le bain de Maman, alors que quelques frissons de joie le transpercent. Première baignade ! Il avait rêvé si souvent en s’endormant de cet instant où son corps rencontrerait enfin l’élément aquatique ! Mais il ne savait pas réellement ce qu’il allait ressentir. Des milliers de gouttes lui caressent les jambes, ses pieds sautillent sur le carrelage bleu des mers du Sud. Il tient fort la main de Papa, le cœur battant la chamade. Attiré par les cris des autres enfants qui s’éclaboussent en riant, il se sent un peu étranger au bonheur ambiant.

Pourtant, il vit, il revit, retrouve en fait son univers, le bonheur est bien là. Il y a deux ans maintenant, il quittait à regret le ventre de Maman, cocon d’eau, océan de tendresse, îlot de douceur… Enhardi, il laisse glisser ses petits doigts de ceux de Papa. Son corps se meut en silence, il fend l’eau, petite pirogue. « Maman, les p’tits bateaux, qui vont sur l’eau, ont-ils des jambes ?… » Il ne voit plus les grandes personnes qui nagent lentement avec sérieux, il oublie les petits enfants qui se chahutent en rigolant, il ne voit pas Papa qui le regarde, avec une fierté mêlée d’inquiétude. 

Car aujourd’hui, comme hier, il est un petit poisson, un petit poisson qui deviendra grand.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : « 20.000 pieds sous la couette »

couleurs+pantone+orange+gris+vert+bleu

La pose d’un appareil de ventilation nocturne, pour palier à ses apnées du sommeil, est l’occasion d’une plongée inattendue.

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Masque anti-gaz, Musée d’histoire, Citadelle de Belfort

« 20.000 pieds sous la couette »

Elle fixe l’appareil sur sa tête, au moyen des sangles élastiques, le masque bien en place sur le nez. Ne pas suffoquer, ne pas avoir peur. Vite dit, mal maîtrisé ! Harnachée comme une bête de somme ! Somme toute, elle doit faire un gros somme.

L’air pulsé se fracasse sur l’arrête de son nez. Pch… Pch… Angoissée, elle ferme les yeux, Capitaine Nemo de fortune, se laisse glisser en plongée sous-marine, et sombre « 20.000 pieds sous la couette ». Jules Vernes n’aurait pas mieux fait.

De petits poissons jaunes frôlent ses tempes, de graciles algues vertes oscillent dans ses longs cheveux rouges. Frissons. Pch… Pch… Ariel, la jolie sirène, est sa lointaine cousine, tiens ! Comme elle, elle est sans voix, depuis l’extinction des feux. Elle tend une main prudemment gantée vers un rugueux corail blanc niché dans l’infractuosité inquiétante d’un gros rocher noir. Pch…Pch… Un banc de maquereaux erre, ventres argentés sous des costumes rayés de mauvais goût. Souteneurs des mers, racailles de la rocaille, raclures des hauts-fonds.

Soudain, à travers leur gigantesque ondulation rayée, elle aperçoit une minuscule lueur dorée. Elle laisse passer le banc aux effets stromboscopiques, et, les yeux flous, se penche vers le sable qui se soulève en fine poussière pâle. Un minuscule objet doré glisse entre ses doigts… une miette d’or, écu royal échappé du flanc de « la Réale », échouée à quelques encablures de là. Le Roy est mort, le Soleil n’est plus… Les ténèbres l’enveloppent à nouveau. Gigantesques, « Titan…(iqu)estes ».

Soudain, sans prévenir, un fracas d’eau l’aspire par-derrière, elle tournoie entre les tentacules visqueuses d’une pieuvre géante. Petit poisson sans défense, éléphanteau maladroit des mers, proie facile, bête. Dans le silence épais des profondeurs de la mer, l’eau est glacée sur son front brûlant. La mort rôde autour d’elle. Elle chavire vers les fonds marins, sombres et froids, immense cercueil de verre opaque salé. C’est la fin. Elle finira comme un maquereau en boîte. Zut, c’est vraiment minable.

« À moi, Sispeo ! Toi qui maîtrises plus de six millions de formes de communication, fais entendre raison à cet horrible monstre ! » Pch… Pch… Ah non, son heure n’est pas encore venue, elle respire encore lentement derrière son masque et flotte, incertaine, dans « le silence de la mer ».

Drrrrring… Drrrrring… Drrrrring… Le réveil braille, comme une mouette rieuse de mauvais poil (drôle d’animal, tiens !). Tirée par les pieds, elle est remontée en flèche vers la calme surface de l’eau, le soleil, l’air pur, la vie. La vie, la vraie, la triste réalité.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…