PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Année fantôme

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1502872333342.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Année fantôme

Il est des années qui fuient. Tempus fugit inexorabile. Des années que l’on n’a pas vues. Passées, vécues, mais inaperçues. Senties, peinées, pleurées, mais insensibles. Insensé !

Ainsi, il me semble que ma vie s’est arrêtée en décembre 2015, lorsque je fus poussée à démissionner d’un poste de bénévole où j’excellais. Le trauma fut si intense, après plus de sept années pendant lesquelles j’avais de moi tout donné, que plus rien ne semble avoir compté après. Tsunami émotionnel, amnésie brutale, choc frontal. Aidée par personne, enfoncée, psychologiquement maltraitée, ignorée par mon entourage. Une blessure sur une autre blessure. Chair doublement déchirée. Âme en lambeaux. Sans domicile fixe.

L’année 2016 semble s’être fondue dans la suivante, et vice-versa. C’était l’année 2016-2017. Compilation, « worst of », puzzle d’émotions en demi-teintes. Alors, désespérée, je tente de me raccrocher à des faits, même douloureux. Comme des bouées maritimes dans des voiles de brume dont je n’arriverais à percevoir qu’un fin filet sonore, dont je n’apercevrais que toutes les deux secondes les courbes noires.

A la charnière 2015-2016, j’étais si mal, si malheureuse dans ma vie personnelle, que j’ai eu malgré tout ce sursaut, pris cet acte de survie, pour ne pas sombrer : demander l’aide d’une psychologue, qui depuis… février… 2016, me suit une fois par semaine, sans interruption. Ce ne fut qu’un an après, au bord des nerfs, incapable d’accomplir les plus simples gestes, hébétée, en larmes du matin au soir, que mon état fut reconnu comme « dépression majeure » par le psychiatre que j’avais décidé d’appeler, aux abois, torturée par le mal ambiant qui s’appesantissait chaque jour plus. C’était fin mars 20… 17. Courant 2017, j’ai dû vivre quelques moments intéressants, oui, certainement quelques instants de bonheurs. Mais ils sont si fugaces que je n’arrive plus à les dater. J’ai perdu la mémoire du bonheur.

Une année fantôme, une année où des tas de moments furent sans doute gravés noir sur blanc au fond de moi, ou tatoués en surface au creux de mes mains, sur ma poitrine, mais qui sont comme écrits à l’encre « sympathique ». Il leur faut un révélateur, une lumière, une lueur… d’espoir, pour tenter d’être reconnus, lus, bus. Cette année 2017 erre en moi, elle me hante par son absence lancinante. Le temps fuit inexorablement. il ne s’arrête pas, jamais. Que dans les rêves vivaces encore à mon réveil, que dans l’éternité qui s’étirera sans fin. Mes cellules ont vieilli d’un an, elles ont dégénéré chaque jour un peu plus. Ma jeunesse, que je n’ai presque pas connue, s’éloigne de moi comme un mirage. Irrattrapable. La mort approche, implacable. Je me sens fatiguée, vidée, inutile. Pâle comme l’ombre de moi-même, j’erre, incertaine, entre un passé qui s’efface et un avenir sans contours.

Alors, simplement, en ce début d’année… 2018, je ne peux, je ne veux formuler qu’un seul voeu, fou, inespéré : que cette année, quelle qu’elle soit, ne soit pas encore une année-fantôme. Que je cesse d’être un mort-vivant. Que je reprenne goût à la vie. Que je sorte de l’oubli. Que je voie la lumière. Enfin.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

Publicités

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Coup de poing

couleurspantoneorangegrisvertbleu

p_20180116_230241_1_p-955500369.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Coup de poing

Poing serré dans ma poche. La gauche, celle du cœur ? Rage de devoir vivre, impuissance de vie. Il se serre, fort, sur un ticket de métro, carton torturé, roulé serré, tente d’écraser un bonbon qui résiste sous son justaucorps d’alu bleu. Blues du soir. « La gourmandise est un vilain défaut », dit-on. Mais ce n’est pas le mien. Le mien, de vilain défaut, de gros péché, c’est de ne plus savoir, ne plus croire, ne plus vouloir. Gorge serrée comme le ticket enroulé, âme à fleur de peau comme le bonbon frissonnant. Colère bleue. Froide.

Je desserre l’étreinte de temps à autre, entre deux enjambées sur le trottoir, noir. Laisse respirer ma proie quelques secondes avant de l’étouffer. Encore, sans fin. J’ai mal. Toujours. Je n’aime pas faire mal, je ne fais jamais de mal. Trop douce, trop gentille, trop docile, trop poire. Bonne à laisser pourrir, bleuir, mourir.

Le vent n’est pas assez violent sur le boulevard, l’air pas assez froid. Pas assez de vie. Les véhicules vrombissent dans la nuit, cognent ma poitrine. Révolte. J’avance. Je veux sentir la vie, fort. Je m’accroche à mon ticket, à mon bonbon, minuscules objets, talismans serrés fort dans le creux de ma poche, trop loin de mon cœur. Pomper la vie d’un mini objet inerte qui en est dépourvu ? A quoi bon ? Prendre une goutte de son essence bleue, respirer, un peu ? Continuer d’avancer, un pas après l’autre, un coup de poing après l’autre dans ma poche insensible.

Je serre fort mon poing, le plus fort que je peux, petite enfant impuissante. J’ai mal aux phalanges, à en crever. Je serre encore, jusqu’à ne plus rien sentir, ne plus souffrir que la gifle du vent nocturne sur mes joues glacées. Dans ma p’tite gueule, coup de poing. Fin. Enfin.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : DORMIR

couleurspantoneorangegrisvertbleu

p_20171217_190037-550525946.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

DORMIR

DÉBRANCHER les câbles complexes des connexions neuronales, enfin, tenter 

OUBLIER sa journée, ses dernières semaines, mois, années, vie de merde, quoi 

RÊVER d’une vie belle, grande, radieuse, pour les autres, et pour soi, enfin, moins laide 

MOURIR à tout ce qui fait hurler de douleur en soi, qui vrille les entrailles au réveil 

INVENTER des solutions solidaires, pour un monde meilleur, vie épanouie, utopie 

REBRANCHER les perplexes connexions neuronales, pour vivre à nouveau, … ou pas.

 

DORMIR,

De la réalité faire un rêve,

Faire de ses rêves une réalité.

Impossible vie.

Rêve impossible.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

couleurspantoneorangegrisvertbleu

p_20171031_113154637874928.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Une petite enfant dans le métro

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1501868532294.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Une petite enfant dans le métro

Ligne 1. La rame est bondée. Comme chaque jour. Beaucoup de touristes qui parlent fort, rient sans retenue. Des Parisiens, tête plongée dans leur smartphone, robots lobotomisés. Un mendiant chaussé en Nike impeccables. Brouhaha incessant. Vie superficielle, routine, arnaque.

Elle est assise, serrée par son voisin, un homme dans la trentaine, sur un strapontin près de la porte fermée. Elle a chaud, se sent mal, des gouttes pleuvent sur son front. Elle ôte son lourd tricorne noir, le tient des deux mains sur ses genoux, comme une petite enfant sage. Son regard fixe se perd dans la foule multicolore, floue. Elle n’entend plus rien, ne voit plus rien, enserrée dans ses tempes. Elle n’est que sensation brumeuse, tristesse nauséeuse, hors du temps. Alors, dans l’indifférence des gens heureux, une larme coule, se faufile sous le verre épais de ses lunettes, puis continue son chemin en douceur, suivant l’arrondi de sa joue. Elle sent sa brûlure, amplifiée par une deuxième larme. Éclats silencieux de l’âme déchirée. Étrangement, son voisin lui laisse plus de place. Le métro fonce, freine, les passagers se bousculent. Impatients ? Moutons effarés ? Elle reste murée dans son silence, dans sa douleur, dans ses pleurs. Évidemment, personne ne l’a remarquée. Elle, elle aime tant regarder les autres, les aimer, comme une petite enfant émerveillée. Mais eux, dans leurs préoccupations, ne l’ont pas vue. Et c’est tant mieux.

Charles de Gaulle-Étoile, mind the gap between the train and the platform. Il va falloir se lever, se faufiler entre les usagers bornés. Son corps pèse, poids de La tristesse, qui s’extrait avec peine des corps verticaux immobiles. Qui eût cru au poids des larmes ? Sur le quai, enfin libérée mais pas libre, d’un geste élégant elle remet son tricorne, d’un revers de main sèche sa joue rougie, comme une petite enfant punie.

Une petite enfant… de 53 ans.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le petit oiseau de mon cœur

couleurspantoneorangegrisvertbleu

moineau main

Le petit oiseau de mon cœur

Il y avait au bord de mon cœur un petit oiseau qui tentait en vain de chanter son malheur. Il aurait pu se lancer dans le vide, mais ses ailes lui auraient interdit le suicide. Il était tout petit, tout laid, tout ébouriffé, tout déplumé. Semblable à des millions d’autres petits moineaux, il n’était pas joli comme un colibri, n’avait pas la voix qui s’envole du rossignol, n’avait pas l’allure hautaine de l’aigle noir.

Dans ma cage thoracique, il tentait de s’époumoner, mais aucun son ne sortait plus de son petit gosier. Son papa lui manquait, sa maman lui manquait, le confort du nid familial lui manquait. L’amour de sa vie, perdu, lui manquait. Il aurait tant aimé se lover dans les ailes de quelqu’un, enfoncer sa petite tête dans le duvet d’un autre petit oiseau, entendre alors ce deuxième cœur battre à l’unisson, sentir son corps frémir de plaisir, en silence. Mais il n’y avait plus personne pour se blottir, plus de chaleur pour calmer ses tremblements, il n’y avait plus de douceur pour apaiser ses tourments. Dès qu’il fermait les yeux, un vertige abyssal le saisissait, lui qui aurait pu jadis foncer en piqué sur une minuscule miette de pain rassi.

Le petit moineau, empli de désespoir, conserva les paupières baissées lorsque le soir l’enveloppa de noir. Il faisait froid. Il n’était qu’une petite pelote de plumes ternies, soulevées par la brise nocturne. Sa respiration se faisait de plus en plus lente et soulevait à peine sa poitrine minuscule. S’il n’était resté dans la même position, ses ergots agrippés à mon aorte, l’on eût cru qu’il était passé de vie à trépas.

La matin se leva timidement, gris et glacial. Une épaisse brume enveloppait les arbres décharnés. Je me sentais infiniment triste, mon cœur se serrait à m’étouffer. Attention au petit moineau posé sur le rebord de mon cœur ! Craignant de l’écraser de tristesse, je me sentais coupable. Je n’avais pas le droit de laisser le petit moineau s’éteindre par indifférence. Je devais le sauver, quoi qu’il m’en coûterait. Et ce qu’il m’en coûterait serait infime au regard de sa survie.

Alors, très lentement, le plus doucement possible, je le pris dans le creux de ma main gauche. Il se mit à frissonner, imperceptiblement. Ma paume était comme son petit nid douillet retrouvé. J’attendis quelques minutes, le temps que la chaleur de mon corps l’enveloppe tout entier. Je ne quittais pas ce petit être désespéré du regard, de crainte de le perdre à jamais. Il leva péniblement une paupière qui découvrit un minuscule oeil noir, comme une tête d’épingle en jais. Puis il tourna son cou invisible vers moi. Mon cœur battait à se rompre. Le moindre geste pouvait lui être fatal ! Sa seconde paupière se leva enfin, et son regard pourtant faible transperça mon âme. Lui qui avait songé tant de fois à se jeter du haut de mon cœur, n’était plus qu’espoir, renaissance.

J’ouvris alors ma paume et le vis faire deux pas, puis trois, mal assurés. Il me jeta un dernier regard, empli de reconnaissance, puis prit son envol en chavirant un peu. Je le suivis des yeux, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le pâle halo du soleil qui se levait enfin. Ma poitrine fut soulevée par un immense soupir. J’avais libéré le petit oiseau morbide de mon cœur. J’allais enfin pouvoir revivre.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Antimites

couleurspantoneorangegrisvertbleu

boule-naphtaline-utiliser-naphtaline-danger-boule-naphtaline-comment-remplacer-naphtaline-naftaline

Antimites

Couchée après avoir avalé mes 6 milligrammes de Mélatonine et mes 0,5 milligrammes d’Alprazolam, j’ai pourtant eu, encore, une nuit mitée, réveillée toutes les heures. Plein de trous noirs dans le noir. Ce matin, il est si difficile de décoller du lit ! Comme une handicapée je peine à me lever et dois m’aider avec les barreaux du lit. Kafkaïen. Mon estomac est vrillé de vide, crampes sidérales, mais je n’ai absolument pas faim, je suis emplie de nausées. Il va encore falloir que je me force à prendre un thé vert et quelques biscottes complètes. A défaut d’antimites à avaler, juste deux gélules d’antidépresseur pour ce jour espérer toucher du doigt un peu de bonheur. Mais le bonheur a disparu de ma vie. A-t-il jamais effleuré mon cœur ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai peur qu’il ne revienne plus, car son souvenir s’est effacé dans le dédale de mes pensées.

Mes ami(e)s ont une vie épanouie, une femme jolie, un mari aimant, des enfants adorables, de rares tourments, une vie confortable, plein de projets. J’arrive encore un peu à sourire pour eux, à me réjouir pour eux qu’ils soient heureux, parce que je les aime et veux leur bonheur. Je n’éprouve aucune jalousie, j’ignore ce goût amer d’échec de l’orgueilleux qui n’a pas su déguster chaque jour. Je ressens juste au fond de moi une profonde tristesse, un puits sans fond, tout froid, tout noir. Le sentiment d’une vie ratée,  inachevée, qui va bientôt s’achever. Une vie où, par naïveté que j’ai peine à comprendre maintenant, j’ai été manipulée par des êtres sans scrupules. Une vie où chacun de mes gestes offerts avec sourire et générosité n’a souvent rien reçu en retour. Une vie toute donnée à des ingrats avec lesquels j’aurais mieux fait d’être ingrate moi-même, car ils m’auraient alors respectée. Une vie trouée, déchirée, blessée. Comme une vieille cape de laine usée, sans doublure, qui pique. A jeter. Même plus bonne pour un pauvre hère.

Tiens, faudrait que j’achète sans tarder des paquets de boules d’antimites. Comme les bonbons fondants à la menthe de mon enfance qui calmaient mes nausées. Pour effacer mes hauts-le-cœur. A jamais.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…