PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Et non, ça n’arrive pas qu’aux autres

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Et non, ça n’arrive pas qu’aux autres

Premier rendez-vous chez mon nouveau psychiatre, pour cause de départ en Province du premier. « On ne vous a jamais dit que vous étiez speedée ? » « Euh, non, je ne crois pas. » « On va diminuer votre antidépresseur ». « Bien ». Interloquée. Jamais on ne m’avait fait remarquer que j’étais speedée; pourtant, je sais que je peux l’être, parfois, entre deux plages de dépression. Je suis comme invincible, j’ai plein de projets, je dépense mon argent, je parle vite et fort, je plaisante, je n’ai plus sommeil, je n’ai plus faim, qu’importe ! ça tourne sans cesse dans ma tête… Mais j’ai l’impression que c’est normal, et puis, je suis si bien, dans cet état-là. Un peu fatiguée car rien ne m’arrête, mais super bien.

Second rendez-vous chez mon psychiatre. « On ne vous a jamais dit que vous étiez speedée ? » « Euh, non, je ne crois pas. « On va arrêter votre antidépresseur et je vais vous donner un autre médicament qui vous calmera; faites-moi confiance. Je suis prêt à reconnaître une erreur de diagnostic si besoin ». « Bien, si vous le dites ». Et là, l’inquiétude se fait plus vive : comment vais-je pouvoir vivre sans antidépresseur ?

Troisième rendez-vous chez mon psychiatre. Je dois bien avouer que je vais mal, obsédée par des pulsions suicidaires contre lesquelles je m’efforce de lutter, mais qui reviennent, insidieusement. « Je vais vous hospitaliser pour trois semaines à compter de mardi prochain. » Je blêmis. Je me sens punie. Pourtant, ce doit être pour mon bien, je fais confiance à mon médecin. Au service des admissions, je ravale péniblement mes larmes et me concentre sur l’aspect purement administratif de l’entrevue. Heureusement, tout se passe bien car mon interlocutrice est très douce.

Arrive le jour « j » de mon hospitalisation. J’ai préparé ma valise avec un soin infini, pour ne rien laisser au hasard. Mais je suis toujours angoissée, malgré un accueil adorable. Une fois mes affaires rangées dans ma chambre, je me pelotonne sur mon lit. Comme une détenue. J’ai à nouveau froid aux mains et aux pieds. Je regarde le ciel avec ses chemtrails et ses innombrables passages d’oiseaux qui le rayent en tous sens. J’ai peur. Je ne veux voir personne. Ne pas devoir parler. Rester dans le silence. Le calme. La solitude. Pour apaiser la tempête qui fait rage à l’intérieur. Pour tenter de tout effacer.

Je suis donc hospitalisée, comme des dizaines d’autres patients. Petit à petit, jour après jour, la routine s’installe, les horaires fixes de prise de médicaments à avaler devant l’infirmière, les heures de passage des femmes de ménage, les repas, rythment les journées qui s’enchaînent. Il paraît que je suis bipolaire. J’avais jadis fait de nombreuses recherches sur cette maladie, pour comprendre son mode opératoire, ses ravages chez certains de mes amis. Je n’aurais jamais cru être concernée au premier chef. La maladie, c’est toujours pour les autres, jusqu’au jour où l’on apprend, médusé, que c’est aussi pour soi. Il faut l’accepter. Alors j’essaie, dans les méandres de mes nombreux et confus souvenirs, de repérer quand elle s’est manifestée. Où se situaient mes « hauts » et mes « bas ». Je m’efforce de la faire mienne, de l’aimer comme une part indissociable de moi-même. A mes autres médicaments, calmants et antipsychotique, a été ajouté le fameux lithium. Je souris du paradoxe suivant : depuis ma prise de lithium, la batterie de mon téléphone ne veut plus charger. Rebelle, elle peut, elle.

La maladie, ce n’est pas que pour les autres. La mort non plus. Mais il faut vivre. Envers et contre tout, survivre.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Dans la lune

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Photo ©Lamouetterieuse

Dans la lune

J’ai les pieds dans la lune,

La tête dans un nuage,

Quelle est mon infortune ?

Je n’suis pas à la page !

 

J’ai la tête dans la lune,

Mes petons sont las,

La terre n’est qu’une dune

Qui s’écroule sous mes pas.

 

J’ai le cœur dans la lune,

De rêves en désespoir,

Moi qui n’ai plus de thunes

Me réfugie dans le noir.

 

J’ai une mouette astrale,

En bottes jaunes parée,

De son rire sidéral

Moque ma lubie insensée.

 

Bien besoin d’un coup d’pied,

De l’énergie gratuite

Dans mon popotin fatigué,

Pour faire valser ma fuite.

 

Laissé ma plume sur la lune

Qui flotte dans son berceau,

Console mon amertume

Et m’envoie de doux mots.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : PEUR

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Photo ©Lamouetterieuse

PEUR

Perte de repères, panique incessante, insensée, incontrôlée,

Envol bulbeux, évasions rêveuses, utopies consolatrices, impuissante,

Ubiquité du Bien, du Mal, asservissement planètifié, injustice délibérée,

Renfermement sur soi, pourriture d’attitude, oubli salvateur, fin souhaitée, soulagée ?

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Année fantôme

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Photo ©Lamouetterieuse

Année fantôme

Il est des années qui fuient. Tempus fugit inexorabile. Des années que l’on n’a pas vues. Passées, vécues, mais inaperçues. Senties, peinées, pleurées, mais insensibles. Insensé !

Ainsi, il me semble que ma vie s’est arrêtée en décembre 2015, lorsque je fus poussée à démissionner d’un poste de bénévole où j’excellais. Le trauma fut si intense, après plus de sept années pendant lesquelles j’avais de moi tout donné, que plus rien ne semble avoir compté après. Tsunami émotionnel, amnésie brutale, choc frontal. Aidée par personne, enfoncée, psychologiquement maltraitée, ignorée par mon entourage. Une blessure sur une autre blessure. Chair doublement déchirée. Âme en lambeaux. Sans domicile fixe.

L’année 2016 semble s’être fondue dans la suivante, et vice-versa. C’était l’année 2016-2017. Compilation, « worst of », puzzle d’émotions en demi-teintes. Alors, désespérée, je tente de me raccrocher à des faits, même douloureux. Comme des bouées maritimes dans des voiles de brume dont je n’arriverais à percevoir qu’un fin filet sonore, dont je n’apercevrais que toutes les deux secondes les courbes noires.

A la charnière 2015-2016, j’étais si mal, si malheureuse dans ma vie personnelle, que j’ai eu malgré tout ce sursaut, pris cet acte de survie, pour ne pas sombrer : demander l’aide d’une psychologue, qui depuis… février… 2016, me suit une fois par semaine, sans interruption. Ce ne fut qu’un an après, au bord des nerfs, incapable d’accomplir les plus simples gestes, hébétée, en larmes du matin au soir, que mon état fut reconnu comme « dépression majeure » par le psychiatre que j’avais décidé d’appeler, aux abois, torturée par le mal ambiant qui s’appesantissait chaque jour plus. C’était fin mars 20… 17. Courant 2017, j’ai dû vivre quelques moments intéressants, oui, certainement quelques instants de bonheurs. Mais ils sont si fugaces que je n’arrive plus à les dater. J’ai perdu la mémoire du bonheur.

Une année fantôme, une année où des tas de moments furent sans doute gravés noir sur blanc au fond de moi, ou tatoués en surface au creux de mes mains, sur ma poitrine, mais qui sont comme écrits à l’encre « sympathique ». Il leur faut un révélateur, une lumière, une lueur… d’espoir, pour tenter d’être reconnus, lus, bus. Cette année 2017 erre en moi, elle me hante par son absence lancinante. Le temps fuit inexorablement. il ne s’arrête pas, jamais. Que dans les rêves vivaces encore à mon réveil, que dans l’éternité qui s’étirera sans fin. Mes cellules ont vieilli d’un an, elles ont dégénéré chaque jour un peu plus. Ma jeunesse, que je n’ai presque pas connue, s’éloigne de moi comme un mirage. Irrattrapable. La mort approche, implacable. Je me sens fatiguée, vidée, inutile. Pâle comme l’ombre de moi-même, j’erre, incertaine, entre un passé qui s’efface et un avenir sans contours.

Alors, simplement, en ce début d’année… 2018, je ne peux, je ne veux formuler qu’un seul voeu, fou, inespéré : que cette année, quelle qu’elle soit, ne soit pas encore une année-fantôme. Que je cesse d’être un mort-vivant. Que je reprenne goût à la vie. Que je sorte de l’oubli. Que je voie la lumière. Enfin.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Coup de poing

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Photo ©Lamouetterieuse

Coup de poing

Poing serré dans ma poche. La gauche, celle du cœur ? Rage de devoir vivre, impuissance de vie. Il se serre, fort, sur un ticket de métro, carton torturé, roulé serré, tente d’écraser un bonbon qui résiste sous son justaucorps d’alu bleu. Blues du soir. « La gourmandise est un vilain défaut », dit-on. Mais ce n’est pas le mien. Le mien, de vilain défaut, de gros péché, c’est de ne plus savoir, ne plus croire, ne plus vouloir. Gorge serrée comme le ticket enroulé, âme à fleur de peau comme le bonbon frissonnant. Colère bleue. Froide.

Je desserre l’étreinte de temps à autre, entre deux enjambées sur le trottoir, noir. Laisse respirer ma proie quelques secondes avant de l’étouffer. Encore, sans fin. J’ai mal. Toujours. Je n’aime pas faire mal, je ne fais jamais de mal. Trop douce, trop gentille, trop docile, trop poire. Bonne à laisser pourrir, bleuir, mourir.

Le vent n’est pas assez violent sur le boulevard, l’air pas assez froid. Pas assez de vie. Les véhicules vrombissent dans la nuit, cognent ma poitrine. Révolte. J’avance. Je veux sentir la vie, fort. Je m’accroche à mon ticket, à mon bonbon, minuscules objets, talismans serrés fort dans le creux de ma poche, trop loin de mon cœur. Pomper la vie d’un mini objet inerte qui en est dépourvu ? A quoi bon ? Prendre une goutte de son essence bleue, respirer, un peu ? Continuer d’avancer, un pas après l’autre, un coup de poing après l’autre dans ma poche insensible.

Je serre fort mon poing, le plus fort que je peux, petite enfant impuissante. J’ai mal aux phalanges, à en crever. Je serre encore, jusqu’à ne plus rien sentir, ne plus souffrir que la gifle du vent nocturne sur mes joues glacées. Dans ma p’tite gueule, coup de poing. Fin. Enfin.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : DORMIR

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Photo ©Lamouetterieuse

DORMIR

DÉBRANCHER les câbles complexes des connexions neuronales, enfin, tenter 

OUBLIER sa journée, ses dernières semaines, mois, années, vie de merde, quoi 

RÊVER d’une vie belle, grande, radieuse, pour les autres, et pour soi, enfin, moins laide 

MOURIR à tout ce qui fait hurler de douleur en soi, qui vrille les entrailles au réveil 

INVENTER des solutions solidaires, pour un monde meilleur, vie épanouie, utopie 

REBRANCHER les perplexes connexions neuronales, pour vivre à nouveau, … ou pas.

 

DORMIR,

De la réalité faire un rêve,

Faire de ses rêves une réalité.

Impossible vie.

Rêve impossible.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

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Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…