PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pauvreté

couleurspantoneorangegrisvertbleu

p_20171211_214325_bf-21710987266.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Pauvreté

La nuit est sombre malgré les guirlandes lumineuses de Noël qui se balancent entre les platanes, grands colliers de géantes fainéantes. Je descends l’avenue seule, mon tricorne bien enfoncé sur le front, le col de mon manteau en laine noire remonté sur mon nez, mes mitaines rayées au fond des poches. Je marche tête baissée, attentive au bruit de mes bottines couleur encre sur le bitume sale, deux mégots par-ci, dix chewing-gum par-là, et, attention, un gros crachat juste devant, évité de justesse. Je suis une sorte de chauve-souris d’un autre temps. Sauf que je ne souris pas. Prise dans le vent, comme le temps, triste et solitaire.

Un pigeon esseulé marche en sens inverse, une petite patte abîmée après l’autre, comme moi en fait, mais en plus petit, et l’air un peu plus bête, en quête d’improbable nourriture. Les rares passants semblent frigorifiés, épaules rentrées. Ni moi, ni le volatile ne semblons avoir froid, valeureux bipèdes dans la ville quasi déserte. L’un et l’autre évitons de justesse un quatuor de poivrots qui rient à gorge déployée devant un resto fermé, grincheux derrière ses grilles métalliques. Un pauvre hère dort sur une bouche de métro. Je le dépasse, le cœur un peu coupable.

Plus loin, je m’arrête devant la vitrine savamment illuminée d’une élégante enseigne de décoration maison. Mes pensées s’égarent un instant devant un service à thé en porcelaine diaphane, si fine, si fragile, d’énormes coussins en fausse fourrure, une guirlande dorée légère et brillante. Rêves de princesse. Mais je suis une grande maintenant.

J’arrive bientôt au bas de l’avenue. Des bruits de moteurs de véhicules frôlent mes oreilles tandis qu’indifférente, je continue de scruter le trottoir criblé de gouttes. Des millions, des milliards… Ce serait dingue de les compter ! Il n’est pas encore minuit, pourtant j’ai la tête comme une citrouille. Mais je ne suis pas Cendrillon.

Dans mon champ de vision, sur la gauche, un corps se cache sous une grande couette informe, devant l’entrée d’un magasin endormi. Devant, sur le trottoir peu éclairé, une simple phrase sur un bout de carton plié en deux, « S’il vous plaît, merci » retenu par une gamelle en inox où deux piécettes se gèlent les miches. Je pivote, fais demi-tour, laisse tomber trois fois cinquante centimes d’euro, « gling, gling, gling », qui martèlent le métal glacé. Je ne verrai pas le visage de celui qui s’est fait un toit d’un bout de tissu crade. C’est triste; j’aurais tant aimé le connaître…

Je continue de marcher à pas cadencés sur la grande avenue, réfléchissant. Qu’est-ce qu’un euro et cinquante centimes aujourd’hui ? Une baguette et demie ? Une canette de bière ? Mes frères qui vivent dans la rue sont pauvres de mes richesses. Je suis pauvre de mes avoirs. Je n’ai pas besoin d’un joli service à thé en porcelaine fine, ni d’un gros coussin en fausse fourrure. J’ai un toit, il y fait chaud, une bouilloire qui m’offre une tisane réconfortante, une taie et une couette propre qui m’attendent sagement. Pourquoi tant d’injustice ? Pourquoi, dans une ville qui dégueule de richesses, y-a-t-il encore des miséreux qui doivent vivre dans la crasse des trottoirs des riches qui les ignorent ? Des « pleins-aux-as » en vison et double cylindres en huit, déposés par leur chauffeur au teint d’ébène. Le Moyen-âge est loin derrière nous, et pourtant… Vertige, infini, rage. Impuissance ?

Déjà l’année dernière, je m’étais fait la promesse de m’occuper cette année à Noël des plus pauvres : leur tendre la main, pour changer, à eux qui me tendent tous les jours la leur. Échanger ma pauvreté contre leur regard, leurs confidences, leur confiance, un peu de bonheur. Ôter mes oripeaux de noir oiseau, m’agenouiller à leur côté, révéler mon humanité dans sa simple pauvreté.

J’ai froid. Le vent n’est plus une caresse fraîche, il raye mes joues. La neige fondue tombe plus dru, effaçant les milliards de gouttelettes, transformées en étendues d’eau sale qui feraient la joie d’un chien errant. Arrivée à la maison, je laisse derrière moi, dans l’hiver, un frère qui mourra peut-être cette nuit, dans l’indifférence des fêtards sortis de boîte de nuit. Seul le pigeon boiteux lui aura tenu compagnie, jusqu’à son dernier souffle. Pauvreté de la nuit.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

Publicités

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Trois mots pour Maman

couleurspantoneorangegrisvertbleu

Maman

Trois mots pour Maman

Pour toi Maman,

Des mots, des mots, des phrases, 

Trop bancales pour bien te décrire,

Trop banales pour les réécrire, 

Qui fusent en cet instant :

 

Présente même dans l’absence,

Pleine d’entrain, toujours enjouée, 

Courageuse en silence,

Infatigable émerveillée,

Mon aînée, comme une grande sœur 

Tu me protèges, maintenant et toujours,

De rires tu irradies mon cœur,

De câlins tu consoles mes manques d’amour,

D’espérance tu remplis mon esprit,

De souvenirs tu ravives mon sourire,

Entre nous commence une nouvelle vie,

Éternelle, joyeuse et complice.

 

Trois petits mots pour toi,

Mon unique et spéciale Maman, 

Trois mots qui n’appartiennent qu’à moi,

Qui n’auront jamais de concurrents,

Trois mots sans points de suspension,

Qui trahissent mon immense émotion,

Trois mots simples et forts,

Qui jaillissent, incontrôlés, de mon émoi :

Je t’aime.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le petit oiseau de mon cœur

couleurspantoneorangegrisvertbleu

moineau main

Le petit oiseau de mon cœur

Il y avait au bord de mon cœur un petit oiseau qui tentait en vain de chanter son malheur. Il aurait pu se lancer dans le vide, mais ses ailes lui auraient interdit le suicide. Il était tout petit, tout laid, tout ébouriffé, tout déplumé. Semblable à des millions d’autres petits moineaux, il n’était pas joli comme un colibri, n’avait pas la voix qui s’envole du rossignol, n’avait pas l’allure hautaine de l’aigle noir.

Dans ma cage thoracique, il tentait de s’époumoner, mais aucun son ne sortait plus de son petit gosier. Son papa lui manquait, sa maman lui manquait, le confort du nid familial lui manquait. L’amour de sa vie, perdu, lui manquait. Il aurait tant aimé se lover dans les ailes de quelqu’un, enfoncer sa petite tête dans le duvet d’un autre petit oiseau, entendre alors ce deuxième cœur battre à l’unisson, sentir son corps frémir de plaisir, en silence. Mais il n’y avait plus personne pour se blottir, plus de chaleur pour calmer ses tremblements, il n’y avait plus de douceur pour apaiser ses tourments. Dès qu’il fermait les yeux, un vertige abyssal le saisissait, lui qui aurait pu jadis foncer en piqué sur une minuscule miette de pain rassi.

Le petit moineau, empli de désespoir, conserva les paupières baissées lorsque le soir l’enveloppa de noir. Il faisait froid. Il n’était qu’une petite pelote de plumes ternies, soulevées par la brise nocturne. Sa respiration se faisait de plus en plus lente et soulevait à peine sa poitrine minuscule. S’il n’était resté dans la même position, ses ergots agrippés à mon aorte, l’on eût cru qu’il était passé de vie à trépas.

La matin se leva timidement, gris et glacial. Une épaisse brume enveloppait les arbres décharnés. Je me sentais infiniment triste, mon cœur se serrait à m’étouffer. Attention au petit moineau posé sur le rebord de mon cœur ! Craignant de l’écraser de tristesse, je me sentais coupable. Je n’avais pas le droit de laisser le petit moineau s’éteindre par indifférence. Je devais le sauver, quoi qu’il m’en coûterait. Et ce qu’il m’en coûterait serait infime au regard de sa survie.

Alors, très lentement, le plus doucement possible, je le pris dans le creux de ma main gauche. Il se mit à frissonner, imperceptiblement. Ma paume était comme son petit nid douillet retrouvé. J’attendis quelques minutes, le temps que la chaleur de mon corps l’enveloppe tout entier. Je ne quittais pas ce petit être désespéré du regard, de crainte de le perdre à jamais. Il leva péniblement une paupière qui découvrit un minuscule oeil noir, comme une tête d’épingle en jais. Puis il tourna son cou invisible vers moi. Mon cœur battait à se rompre. Le moindre geste pouvait lui être fatal ! Sa seconde paupière se leva enfin, et son regard pourtant faible transperça mon âme. Lui qui avait songé tant de fois à se jeter du haut de mon cœur, n’était plus qu’espoir, renaissance.

J’ouvris alors ma paume et le vis faire deux pas, puis trois, mal assurés. Il me jeta un dernier regard, empli de reconnaissance, puis prit son envol en chavirant un peu. Je le suivis des yeux, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le pâle halo du soleil qui se levait enfin. Ma poitrine fut soulevée par un immense soupir. J’avais libéré le petit oiseau morbide de mon cœur. J’allais enfin pouvoir revivre.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Antimites

couleurspantoneorangegrisvertbleu

boule-naphtaline-utiliser-naphtaline-danger-boule-naphtaline-comment-remplacer-naphtaline-naftaline

Antimites

Couchée après avoir avalé mes 6 milligrammes de Mélatonine et mes 0,5 milligrammes d’Alprazolam, j’ai pourtant eu, encore, une nuit mitée, réveillée toutes les heures. Plein de trous noirs dans le noir. Ce matin, il est si difficile de décoller du lit ! Comme une handicapée je peine à me lever et dois m’aider avec les barreaux du lit. Kafkaïen. Mon estomac est vrillé de vide, crampes sidérales, mais je n’ai absolument pas faim, je suis emplie de nausées. Il va encore falloir que je me force à prendre un thé vert et quelques biscottes complètes. A défaut d’antimites à avaler, juste deux gélules d’antidépresseur pour ce jour espérer toucher du doigt un peu de bonheur. Mais le bonheur a disparu de ma vie. A-t-il jamais effleuré mon cœur ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai peur qu’il ne revienne plus, car son souvenir s’est effacé dans le dédale de mes pensées.

Mes ami(e)s ont une vie épanouie, une femme jolie, un mari aimant, des enfants adorables, de rares tourments, une vie confortable, plein de projets. J’arrive encore un peu à sourire pour eux, à me réjouir pour eux qu’ils soient heureux, parce que je les aime et veux leur bonheur. Je n’éprouve aucune jalousie, j’ignore ce goût amer d’échec de l’orgueilleux qui n’a pas su déguster chaque jour. Je ressens juste au fond de moi une profonde tristesse, un puits sans fond, tout froid, tout noir. Le sentiment d’une vie ratée,  inachevée, qui va bientôt s’achever. Une vie où, par naïveté que j’ai peine à comprendre maintenant, j’ai été manipulée par des êtres sans scrupules. Une vie où chacun de mes gestes offerts avec sourire et générosité n’a souvent rien reçu en retour. Une vie toute donnée à des ingrats avec lesquels j’aurais mieux fait d’être ingrate moi-même, car ils m’auraient alors respectée. Une vie trouée, déchirée, blessée. Comme une vieille cape de laine usée, sans doublure, qui pique. A jeter. Même plus bonne pour un pauvre hère.

Tiens, faudrait que j’achète sans tarder des paquets de boules d’antimites. Comme les bonbons fondants à la menthe de mon enfance qui calmaient mes nausées. Pour effacer mes hauts-le-cœur. A jamais.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

couleurspantoneorangegrisvertbleu

https://goo.gl/photos/pjhZ8Rk3zB4ruumPA

Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

Pourquoi l’oiseau chante-t-il ? Pourquoi s’égosille-t-il comme un imbécile ? Pourquoi clame-t-il la même rengaine dans les timides rayons du soleil ? 

Le bonheur, c’est donc carpe diem ?

Le bonheur, c’est donc la jeunesse ?

Le bonheur, c’est donc l’insouciance ?

Le bonheur, c’est donc l’amour partagé ?

Pourquoi mon cœur ne chante-t-il plus ? Pourquoi ne bat-il plus la chamade de l’amour indicible ? Pourquoi ne se réjouit-il plus de la vie au moindre rayon de soleil ? 

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il fait froid

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1494264589205.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Il fait froid

Il fait froid dans ma maison.

Même fenêtres ouvertes, ne rentre pas la chaleur.

Il fait froid dans mon cœur.

Même bras ouverts, ne rentre pas l’amour.

Il fait froid dans ma vie vidée de passion.

Même avec la chaleur, même avec l’amour, même les bras ouverts, je me meurs.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Dépression

couleurspantoneorangegrisvertbleu

flou_noir ocre

Photo ©Lamouetterieuse

Dépression

Tu me consumes de l’intérieur,

Brûlure d’une traître allumette sans flamme,

Coup d’un soleil décharnant sans chaleur.

 

Jour et nuit, tu brûles mes veines raidies,

Lentement déchires mes membres ramollis,

Écrases mes poumons d’un lourd ciment gris.

 

Tu voiles mes yeux irrités, impossibles à fermer,

M’enserres d’un vertige, me fais trébucher,

A chaque pas, me fais presque tomber.

 

Tu n’as jamais voulu avouer ton nom,

Que j’ai repoussé longtemps en moi, bien au fond,

Battante envers et malgré tout, toujours souriante face aux cons.

 

Aujourd’hui, je dois apprendre à t’accepter,

sauver ma vie, me ressaisir, prendre des armes, pour lutter,

Arracher enfin tes racines empoisonnées.

 

Je dois te bannir de mon esprit,

Redonner confiance à mon cœur meurtri,

Cultiver à nouveau la joie de l’enfant qui avait fui.

 

Je dois le sommeil retrouver,

Mes désirs secouer, réveiller,

Ma soif originelle de vie raviver.

 

Je dois les petits oiseaux réécouter,

Le ciel d’immensité pure contempler,

Les voix multiples du monde accepter.

 

Je dois supprimer l’influence de mes tortionnaires,

Les pousser tout droit vers leur terrible enfer,

Les oublier à jamais dans d’inaccessibles sphères.

 

Je dois repousser dans le néant mes vilaines pulsions,

Jeter le venin, renaître légère de mon propre cocon,

Ressusciter, revivre de mes propres et belles émotions.

 

Je dois penser tout ceci,

Je dois faire tout ceci,

Mais comme c’est lourd, aussi !

Dire enfin « non ! » à ta destructrice action,

Te rejeter à jamais, toi, l’abomination : la dépression.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…