PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le petit oiseau de mon cœur

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Le petit oiseau de mon cœur

Il y avait au bord de mon cœur un petit oiseau qui tentait en vain de chanter son malheur. Il aurait pu se lancer dans le vide, mais ses ailes lui auraient interdit le suicide. Il était tout petit, tout laid, tout ébouriffé, tout déplumé. Semblable à des millions d’autres petits moineaux, il n’était pas joli comme un colibri, n’avait pas la voix qui s’envole du rossignol, n’avait pas l’allure hautaine de l’aigle noir.

Dans ma cage thoracique, il tentait de s’époumoner, mais aucun son ne sortait plus de son petit gosier. Son papa lui manquait, sa maman lui manquait, le confort du nid familial lui manquait. L’amour de sa vie, perdu, lui manquait. Il aurait tant aimé se lover dans les ailes de quelqu’un, enfoncer sa petite tête dans le duvet d’un autre petit oiseau, entendre alors ce deuxième cœur battre à l’unisson, sentir son corps frémir de plaisir, en silence. Mais il n’y avait plus personne pour se blottir, plus de chaleur pour calmer ses tremblements, il n’y avait plus de douceur pour apaiser ses tourments. Dès qu’il fermait les yeux, un vertige abyssal le saisissait, lui qui aurait pu jadis foncer en piqué sur une minuscule miette de pain rassi.

Le petit moineau, empli de désespoir, conserva les paupières baissées lorsque le soir l’enveloppa de noir. Il faisait froid. Il n’était qu’une petite pelote de plumes ternies, soulevées par la brise nocturne. Sa respiration se faisait de plus en plus lente et soulevait à peine sa poitrine minuscule. S’il n’était resté dans la même position, ses ergots agrippés à mon aorte, l’on eût cru qu’il était passé de vie à trépas.

La matin se leva timidement, gris et glacial. Une épaisse brume enveloppait les arbres décharnés. Je me sentais infiniment triste, mon cœur se serrait à m’étouffer. Attention au petit moineau posé sur le rebord de mon cœur ! Craignant de l’écraser de tristesse, je me sentais coupable. Je n’avais pas le droit de laisser le petit moineau s’éteindre par indifférence. Je devais le sauver, quoi qu’il m’en coûterait. Et ce qu’il m’en coûterait serait infime au regard de sa survie.

Alors, très lentement, le plus doucement possible, je le pris dans le creux de ma main gauche. Il se mit à frissonner, imperceptiblement. Ma paume était comme son petit nid douillet retrouvé. J’attendis quelques minutes, le temps que la chaleur de mon corps l’enveloppe tout entier. Je ne quittais pas ce petit être désespéré du regard, de crainte de le perdre à jamais. Il leva péniblement une paupière qui découvrit un minuscule oeil noir, comme une tête d’épingle en jais. Puis il tourna son cou invisible vers moi. Mon cœur battait à se rompre. Le moindre geste pouvait lui être fatal ! Sa seconde paupière se leva enfin, et son regard pourtant faible transperça mon âme. Lui qui avait songé tant de fois à se jeter du haut de mon cœur, n’était plus qu’espoir, renaissance.

J’ouvris alors ma paume et le vis faire deux pas, puis trois, mal assurés. Il me jeta un dernier regard, empli de reconnaissance, puis prit son envol en chavirant un peu. Je le suivis des yeux, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le pâle halo du soleil qui se levait enfin. Ma poitrine fut soulevée par un immense soupir. J’avais libéré le petit oiseau morbide de mon cœur. J’allais enfin pouvoir revivre.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Antimites

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Antimites

Couchée après avoir avalé mes 6 milligrammes de Mélatonine et mes 0,5 milligrammes d’Alprazolam, j’ai pourtant eu, encore, une nuit mitée, réveillée toutes les heures. Plein de trous noirs dans le noir. Ce matin, il est si difficile de décoller du lit ! Comme une handicapée je peine à me lever et dois m’aider avec les barreaux du lit. Kafkaïen. Mon estomac est vrillé de vide, crampes sidérales, mais je n’ai absolument pas faim, je suis emplie de nausées. Il va encore falloir que je me force à prendre un thé vert et quelques biscottes complètes. A défaut d’antimites à avaler, juste deux gélules d’antidépresseur pour ce jour espérer toucher du doigt un peu de bonheur. Mais le bonheur a disparu de ma vie. A-t-il jamais effleuré mon cœur ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai peur qu’il ne revienne plus, car son souvenir s’est effacé dans le dédale de mes pensées.

Mes ami(e)s ont une vie épanouie, une femme jolie, un mari aimant, des enfants adorables, de rares tourments, une vie confortable, plein de projets. J’arrive encore un peu à sourire pour eux, à me réjouir pour eux qu’ils soient heureux, parce que je les aime et veux leur bonheur. Je n’éprouve aucune jalousie, j’ignore ce goût amer d’échec de l’orgueilleux qui n’a pas su déguster chaque jour. Je ressens juste au fond de moi une profonde tristesse, un puits sans fond, tout froid, tout noir. Le sentiment d’une vie ratée,  inachevée, qui va bientôt s’achever. Une vie où, par naïveté que j’ai peine à comprendre maintenant, j’ai été manipulée par des êtres sans scrupules. Une vie où chacun de mes gestes offerts avec sourire et générosité n’a souvent rien reçu en retour. Une vie toute donnée à des ingrats avec lesquels j’aurais mieux fait d’être ingrate moi-même, car ils m’auraient alors respectée. Une vie trouée, déchirée, blessée. Comme une vieille cape de laine usée, sans doublure, qui pique. A jeter. Même plus bonne pour un pauvre hère.

Tiens, faudrait que j’achète sans tarder des paquets de boules d’antimites. Comme les bonbons fondants à la menthe de mon enfance qui calmaient mes nausées. Pour effacer mes hauts-le-cœur. A jamais.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

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Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

Pourquoi l’oiseau chante-t-il ? Pourquoi s’égosille-t-il comme un imbécile ? Pourquoi clame-t-il la même rengaine dans les timides rayons du soleil ? 

Le bonheur, c’est donc carpe diem ?

Le bonheur, c’est donc la jeunesse ?

Le bonheur, c’est donc l’insouciance ?

Le bonheur, c’est donc l’amour partagé ?

Pourquoi mon cœur ne chante-t-il plus ? Pourquoi ne bat-il plus la chamade de l’amour indicible ? Pourquoi ne se réjouit-il plus de la vie au moindre rayon de soleil ? 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il fait froid

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Photo ©Lamouetterieuse

Il fait froid

Il fait froid dans ma maison.

Même fenêtres ouvertes, ne rentre pas la chaleur.

Il fait froid dans mon cœur.

Même bras ouverts, ne rentre pas l’amour.

Il fait froid dans ma vie vidée de passion.

Même avec la chaleur, même avec l’amour, même les bras ouverts, je me meurs.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Dépression

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Photo ©Lamouetterieuse

Dépression

Tu me consumes de l’intérieur,

Brûlure d’une traître allumette sans flamme,

Coup d’un soleil décharnant sans chaleur.

 

Jour et nuit, tu brûles mes veines raidies,

Lentement déchires mes membres ramollis,

Écrases mes poumons d’un lourd ciment gris.

 

Tu voiles mes yeux irrités, impossibles à fermer,

M’enserres d’un vertige, me fais trébucher,

A chaque pas, me fais presque tomber.

 

Tu n’as jamais voulu avouer ton nom,

Que j’ai repoussé longtemps en moi, bien au fond,

Battante envers et malgré tout, toujours souriante face aux cons.

 

Aujourd’hui, je dois apprendre à t’accepter,

sauver ma vie, me ressaisir, prendre des armes, pour lutter,

Arracher enfin tes racines empoisonnées.

 

Je dois te bannir de mon esprit,

Redonner confiance à mon cœur meurtri,

Cultiver à nouveau la joie de l’enfant qui avait fui.

 

Je dois le sommeil retrouver,

Mes désirs secouer, réveiller,

Ma soif originelle de vie raviver.

 

Je dois les petits oiseaux réécouter,

Le ciel d’immensité pure contempler,

Les voix multiples du monde accepter.

 

Je dois supprimer l’influence de mes tortionnaires,

Les pousser tout droit vers leur terrible enfer,

Les oublier à jamais dans d’inaccessibles sphères.

 

Je dois repousser dans le néant mes vilaines pulsions,

Jeter le venin, renaître légère de mon propre cocon,

Ressusciter, revivre de mes propres et belles émotions.

 

Je dois penser tout ceci,

Je dois faire tout ceci,

Mais comme c’est lourd, aussi !

Dire enfin « non ! » à ta destructrice action,

Te rejeter à jamais, toi, l’abomination : la dépression.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Cœur fané

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Photo ©Lamouetterieuse

Cœur fané

Cour de Rome. Les passants se hâtent vers mille destinations inconnues, au loin derrière leurs regards perdus. Leurs corps raidis par de matériels soucis s’entrechoquent sans émotion, fourmis égarées dans l’immense ville, pantins lobotomisés, poupées sans son vidées.

Elle a été jetée au sol, sur le macadam grisâtre. Pas fière, privée de son unique jambe qui lui donnait jadis des airs de ballerine élancée. Décapitée, sa tête roule de-ci, de-là, bousculée par une botte, un mocassin, une chaussure de sport. Dans l’indifférence générale d’un brouhaha poussiéreux.

Je me baisse et la ramasse avant qu’un coup de pied aveugle ne la déchire à jamais. Oiseau blessé, elle frémit au creux de ma paume gauche. Ses pétales dentelés découvrent un cœur brûlé, fané sur les bords. Un cœur pourtant jeune encore, plein d’espoir, gorgé d’amour, vidé de vie en l’espace de quelques minutes. Je frissonne, l’âme au bord de ses pétales de soie soulevés dans la brise douce d’un hiver qui va bientôt se retirer. 

Arrivée à la maison, je la dépose avec douceur dans une timbale d’argent remplie à ras bord de larmes tièdes. Rien ne sera trop raffiné pour ma rescapée. Son cœur fané reprend quelques couleurs, un délicat fard poudré, jolie marquise, tandis qu’à la contempler, mes lèvres me semblent perdre vie. 

Je n’avais pas réalisé à quel point mon cœur de femme délaissée par l’amour pouvait être fané.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Rêverie


Rêverie

  • La tête dans les nuages,
  • Un sourire sur mon cœur,
  • Chuis pas une enfant sage,
  • Je cherche que le bonheur.

 

  • Même pas peur d’un coup d’vent
  • Qui f’rait tourner ma tête,
  • J’attends du grand amour
  • Un avis d’forte tempête.

 

  • Les yeux vers le lointain,
  • Nous irons chancelants,
  • Ma main contre ta main,
  • Comme des petits enfants.

 

  • Nous boirons nos paroles,
  • Puis noierons nos regards,
  • Oublierons les idoles,
  • Pour une vie sans fards.

 

  • Les oiseaux, nos amis,
  • Nous prendront sur leurs ailes,
  • Nous volerons, étourdis,
  • Vers la lune éternelle.

 

  • Les grands sont des méchants,
  • Qui n’connaissent pas de trêve,
  • Moi je veux dès maintenant
  • Vivre toujours dans mes rêves.

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