PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Traversée du désert

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Photo ©Lamouetterieuse

Traverser le désert n’est pas toujours un challenge sportif, une expérience mystique ou un défi insensé. Ce peut être une panne-des-sens dans un univers scriptural qui n’avance plus. Lorsque l’encre ne descend plus sur les touches du clavier, que le cœur est comme asséché et ne livre plus ses émois, ivre d’inconsistance. Pour un écrivain, cette traversée du désert est un calvaire sans fin, un long soupir de souffrance intellectuelle. Pourquoi ne plus arriver à aligner deux mots ? Comment faire pour édifier à nouveau un texte ?

Traverser ce désert ne laisse à entendre que le bruit agaçant des touches qui décrivent maladroitement leurs hésitations, tentant de mettre fin à leur paralysie. Traverser ce désert ne laisse à lire que de pénibles balbutiements, incapables de prononcer leur moindre rêverie. Traverser ce désert ne laisse à sentir que l’âpre assèchement d’une langue jadis virtuose, enfermée dans un mutisme sclérosant.

Traverser ce désert, c’est, pour  l’écrivain, l’oubli de son existence, le mépris de son inefficience, la fin assurée de son identité, la mort.

d’autres « pensées sans retouches » à venir… peut-être…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Encre du clavier en perfusion

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Photo ©Lamouetterieuse

Encre du clavier en perfusion

Anémie de mots trop prolongée,

Nullité de la pensée, neurones glacés,

Gorge serrée, de sentiments étouffée,

Oubli de la calligraphie, doigts raidis,

Inspiration faible, souffle coupé,

Sur-alimentation d’émotions,

Sous-alimentation d’expression,

Encre du clavier en perfusion, seule médication, à consommer sans modération.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Les comptines de la mouette : A portée de mots

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A portée de mots

Ce soir, j’en ai plein le DO (aïe ! difficile la vie d’écrivain !),

Alors, je m’envole vers l’île de  (c’est facile, je sais…),

Y retrouver mon a-MI (pas mon amant, vilaines langues),

Pour refaire le monde sur son so-FA (y’a du boulot, croyez-moi…),

Après quelques verres de « Bourbon », tomber sur le SOL (à consommer avec modération tout de même, hein),

Pas d’chichi, pas d’tra-la-LA (même si vous et moi nous n’avons peut-être pas les mêmes valeurs),

Et nous retrouver le lendemain matin sur le tapis asSI (oh, la vilaine faute… d’orthographe),

Récitant en chœur notre Cre-DO (rédemption en cours, please do not disturb).

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Petite, je détestais les leçons de solfège, si SI (parce que vous aimiez ça, vous ?),

Aujourd’hui, je suis grande et voi-LA (le suspens est intenable, n’est-ce pas ? pour preuve, je n’ai plus d’accent grave),

Je rêve d’un entre-SOL (un grenier pourrait aussi faire l’affaire, avis à ceux qui auraient),

Pour jouer seule du violoncelle en clé de FA (des mélodies de sous-bois),

Là, je serai libre, tout me sera per-MI (« liberté, liberté chérie… »),

J’y jouerai aussi des heures, des nuits, avec mon clavier ado-(il sait, lui, que je l’aime et il me le rend bien),

Pour vous offrir, encore et toujours, la musique de mes mots. C’est ca-DO (ne me remerciez pas, j’aime ça).

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

Les comptines de la mouette : U-ne mouette sur-un-clavier…

 

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U-ne mouette sur-un-clavier
Qui-pico-re des-idées.
Pi-co-ti, pi-co-ta,
Lève la tête
Et ou-blie ça !

Les contes de la mouette : La sorcière du clavier

 

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Photo ©La mouette rieuse

Elle brouille mes pistes d’intuitions de ses messages subliminaux.

Elle m’attire dans son antre, tapi au plus profond des bois austères.

Elle lie mes mains inertes au poteau du supplice.

Elle scelle mes lèvres de son doigt nauséabond.

Elle fait trembler mon coeur sur les rythmes sombres de ses tambours.

Elle plonge son regard charbonneux dans mes yeux trempés de peur.

Elle m’embrouille les sentiments de ses tirades sibyllines.

Elle me tourne la tête de ses gestes mélangés, magicienne aux funestes visées.

Elle m’oblige à boire au calice de l’encre amère et de la terre, jusqu’à la nausée.

Enfin, elle me recrache, pantin épuisé, sur la mousse verdâtre, dans la froide clarté d’une lune argentée.

Allongée bras en croix, j’aperçois une chouette immaculée prendre son envol depuis la plus haute cime, fondre sur la sorcière, lui crever les yeux et la laisser inanimée.

Souffle coupé, je vois un flot d’encre épaisse couler de ses orbites effarés et glisser vers les touches grises en larmes sirupeuses.

Un cri strident m’arrache les oreilles, un filet d’air se faufile entre les battants de la fenêtre, lèvres entrouvertes, baiser de vie.

La lampe du bureau ranime mes doigts engourdis de son tiède halo pâle.

Pas même brûlée, la sorcière s’est noyée dans la tasse de café froid, laissant sur la cuillère un rictus amer et sur la soucoupe un cheveux cuivre en guise de signature.

 

Le clavier qui bafouille

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GFFFFKKKKII… mon clavier a bafouillé. Pendant mon absence, il a dû s’entraîner, mais, manquant de pratique, a écrit n’importe quoi sur la page que j’avais ouverte, laissée blanche et muette.

A moins qu’il n’ait voulu me transmettre un message en langage codé, tel que « J’ai une version de disque dur un peu ancienne » ? Ou peut-être s’exprimait-il tout simplement en langage informatique de base ? GFFFFKKKKII voulait-il dire « J’ai eu très froid pendant ton absence; il aurait vraiment fallu que tu fermes la fenêtre avant ton départ » ?

Visiblement las de m’attendre, il s’est éteint sur la table, tel un amant délaissé, fatigué de croire en vain à l’arrivée de sa bien-aimée devant un dîner préparé avec amour. Abandonnant tout espoir, les bougies se sont éteintes elles aussi, une à une, les roses se sont décharnées en pétales de sang.

Encore sous le choc, je crois entendre un ronronnement, tout près. Serait-ce mon clavier ? Non, puisque son hard-core s’est arrêté de battre juste avant mon arrivée. Je soulève la nappe et découvre mon félin d’appartement, papattes en rond, rêvant de GFFFFKKKKII, dans un frémissement incontrôlé de moustaches… ses coussinets encore imprégnés de l’encre indélébile de mon clavier, celui qui devant moi n’aurait jamais oser bafouiller.

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le clavier qui fait mal

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Le clavier qui fait mal

Appuyer sur les touches du clavier,

C’est prendre des risques inconsidérés, oser le sidérant,

C’est piquer ses doigts à chaque frappe,

Se faire un sang d’encre, encre noire, électr-locution,

Blessures des mots, démesure d’é-maux-tions.

 

Appuyer sur les touches du clavier,

C’est respirer par ah-coups, soupirer en-dessous, choc du vide,

C’est déborder d’incertitudes, se gaver d’espoirs confus,

Puis retomber dans le silence de l’esprit,

Dans un embrouillamini embué.

 

Appuyer sur les touches du clavier,

C’est appuyer, appuyer, là où ça fait mal,

C’est percer les abcès du passé,

Faire gicler l’amère vérité,

Traîtresse tapie fond de soi, ani-mal blessé.