PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Les comptines de la mouette : Wrap-chat

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Photo ©Lamouetterieuse

Wrap-chat

Prenez un drap, bien épais, bien chaud, en coton, en pilou tout doux. S’il sort du lave-linge, c’est encore meilleur. S’il est bien sec, c’est doublement moelleux.

Laissez-le en bouchon sur une surface plane. Vous aurez bien le temps de le ranger plus tard. D’autres corvées vous attendent.

Faites tout ce qui vous barbe, ménage, courses, rangement… jusqu’à l’épuisement.

Revenez à vos moutons… euh… à votre drap… euh… à votre chat.

… car votre chat s’est enroulé dans votre drap, à votre insu, au mépris de votre lessive, de votre repassage, de votre rangement.

Il s’est approprié votre bien, pour le sien le plus grand. A volé votre confort, là où lui tranquillement dort.

Vous pourriez l’assaisonner, d’une tape sur le bout du nez,

Vous pourriez plus encore l’enfermer, dans un tourbillon d’éto(u)ffe bien serré,

Vous pourriez décider de le manger, car c’est l’heure du goûter.

Mais un chat, c’est plein de poils, qui restent dans la gorge, et vous auriez un chat dans la gorge.

Un chat, c’est plein de cris, insultes à votre ouïe et vous en auriez le poil tout hérissé,

Un chat, c’est plein d’incertitudes, et vous serez obligé de donner votre langue au chat.

Alors, de guerre lasse, souffle coupé, chair de poule, langue inerte, vous le laissez profiter car vous savez qu’une fois encore, ce beau wrap, ce drap, vous aurez, de toutes les façons, obligation de le relaver.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le ruban bleu horizon

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Le ruban bleu horizon

De ses petites mains malhabiles, elle noua un large ruban d’organza au cou de son chat immaculé.
L’étoffe crissait dans le creux du nœud, elle frissonna, épaules serrées. Tirant la langue, elle s’appliqua dans la réalisation des deux jolies coques, qui ré-haussaient les petites joues neigeuses de son compagnon. Elle était satisfaite du résultat.

Elle avait choisi un tendre coloris, à ses yeux glacier assorti. Un bleu horizon, léger mais présent, en mémoire de ses arrières-arrières… grands-parents touchés au cœur par la Grande Guerre. C’était au siècle dernier, pour elle une éternité, mais leur souvenir ne s’était jamais fané.

Émile était tombé à Verdun, dans la boue froide d’un matin gelé. Suzanne, sa frêle petite femme, avait supporté courageusement les charges familiales comme tant d’autres veuves, puis s’était éteinte trop jeune, laissant trois orphelins. Des vies brisées, tant à reconstruire.

Sur la photo sépia aux bords déchirés, l’on pouvait les voir, posant fièrement debout l’un à côté de l’autre, lui dans son bel uniforme bleu horizon, elle en sage robe de taffetas noir, leurs mains liées pour toujours, un petit chat blanc étonné à leurs pieds.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…

Le clavier qui bafouille

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GFFFFKKKKII… mon clavier a bafouillé. Pendant mon absence, il a dû s’entraîner, mais, manquant de pratique, a écrit n’importe quoi sur la page que j’avais ouverte, laissée blanche et muette.

A moins qu’il n’ait voulu me transmettre un message en langage codé, tel que « J’ai une version de disque dur un peu ancienne » ? Ou peut-être s’exprimait-il tout simplement en langage informatique de base ? GFFFFKKKKII voulait-il dire « J’ai eu très froid pendant ton absence; il aurait vraiment fallu que tu fermes la fenêtre avant ton départ » ?

Visiblement las de m’attendre, il s’est éteint sur la table, tel un amant délaissé, fatigué de croire en vain à l’arrivée de sa bien-aimée devant un dîner préparé avec amour. Abandonnant tout espoir, les bougies se sont éteintes elles aussi, une à une, les roses se sont décharnées en pétales de sang.

Encore sous le choc, je crois entendre un ronronnement, tout près. Serait-ce mon clavier ? Non, puisque son hard-core s’est arrêté de battre juste avant mon arrivée. Je soulève la nappe et découvre mon félin d’appartement, papattes en rond, rêvant de GFFFFKKKKII, dans un frémissement incontrôlé de moustaches… ses coussinets encore imprégnés de l’encre indélébile de mon clavier, celui qui devant moi n’aurait jamais oser bafouiller.

RRR… RRR…

RRR…RRR… Je RRRonfle, à en gêner mon voisin d’oreiller. Que dis-je, je RRRonRRRonne, à qui mieux-mieux, euh… miaou-miaou.

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Blottie dans mon pelage immaculé, j’aime faire RRR…RRR…

Mon RRRonRRRon me rassure, il me susurre à l’oreille de doux rêves de souris affolée, d’une griffe acérée capturée, au soleil délicatement dévorée.

RRR…RRR… Sous mes cils-plumes un trait d’émeraude, derrière mon sourire mi-clos des coutelas acérés, sous mon doux ventre repus, agiles pattes aux sabres d’argent affûtés. Repos de la guerrière. Cave felix

RRR…RRR… Bas les pattes, petit humain phallocrate ! Ta proie n’est pas celle que tu crois ! C’est toi qui es la mienne, moi seule peux te capturer, moi seule peux t’envoûter. Chatte sur un toit brûlant.

RRR…RRR… Je vocalise en dodo-dièse, je roucoule comme une poule, je mia-oule comme personne.

RRR…RRR Sorcière polymorphe, prêtresse de l’azur aux postures impossibles, mon chat-kra se déploie dans ma gorge veloutée, c’est mon chat-rma.

RRR…RRR…, arrière Satanas, c’est moi la chatte blanche, immaculée chasseresse aux invincibles pouvoirs de tous les temps. Sous tes sales poils noircis, contre moi jamais tu ne feras pas le poids.

 

 

Plume trempée dans l’encrier du clavier #1

Même si je ne suis qu’une mouette, et qu’en ma qualité d’oiseau je pourrais les redouter, les chats sont mes amis. Je les aime, ces bêtes pleines de poils, qui, du haut de leurs quatre petites pattes, font chavirer les cœurs de ceux qui croient être leurs maîtres sur la terre ferme. A leur façon, ils sont libres, eux aussi.

Bastet

Comme Jean-Louis Hue, je partage cette idée selon laquelle « l’encrier ne se vide jamais quand il s’agit d’écrire sur les chats ».

Pour preuve, voici ce qu’il écrit :

Voici le chat dans tous ses états, poils longs et poils courts, couverts de cocardes ou d’électrodes, sentant le foin, l’ambre ou la misère, chats fous et chats trop sages, chats d’intérieur et chats de cimetière, chats de race et chats de gouttière, chats chassant, chats couchant, chats enfuis, l’auteur leur cavale aux trousses, visitant les salons d’exposition, les muséums, les galeries d’art, sautant d’un laboratoire à un affût, d’un boudoir mondain à quelque taudis surpeuplé. Il a compulsé des thèses aussi bien que des bandes dessinées et des livres d’enfant. Il a interrogé des éthologues, des poseurs de pièges, des dames à chats, regardé des estampes, lu des poèmes, remué des ossements, reniflé des pâtées en boîte. Il a également suivi les mystérieux cheminements de ses trois compagnons félins, dans leurs parcours de nains, parmi les venelles à souris, les volcans pour taupes, le maquis des herbes…

in Le Chat dans tous ses états, Grasset, 1982, Prix Fénéon