PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : J’écris le dimanche aussi

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J’écris, prolongement de mes doigts, de ma main, de mon âme.

J’écris mon essence à l’encre noire, carburant de mon existence.

De petites touches en grandes flaques, flagrant délit.

De petites larmes en grands maux, pas beaux.

Les mots du moi, les jeux du « je ». Émoi ? Enjeu ? 

Mon cerveau, homme orchestre, dirige le fouillis de mes multiples pensées. Directeur d’inconscience ? Fantaisiste conducteur ?

Souvent débordé par tant de notes, d’images, d’émotions, il croule, s’écroule, coule. Peut-on diriger le cœur avec une baguette ? Ou le prendre dans ses bras, tel un noyé ? Oreillette collée aux auricules, bouche à bouche ?

Art des dissonances, mixage des consonances. Recentrage impératif, maîtrise des élans ?

Canaliser les flux ? Laisser coexister le blanc et le noir, ou en gris tout vouloir ?

J’écris. Je choisis de ne pas faire de choix. C’est mon droit, même si j’écris « penché », le nez plongé dans mon cahier. Je décline ce à quoi j’incline, je m’incline, puis je fais des boulettes, froissées, pas vexées, dans ma corbeille à papier. 

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Voyage au cœur d’un oignon

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Voyage au cœur d’un oignon

Éplucher son âme. Ôter la peau sèche qui craque et se déchire, ailes de papillon burinées par les années. Une autre peau, plus claire, se dévoile, sage dessous, chair à vif, pelée par la lame acérée. Torture chinoise, lente, sournoise, infiniment douloureuse.

D’autres couches suivent, qui s’enroulent les unes sur les autres, serrées, solidaires, de peur enrobées. Elles crissent. Cris. Comme la sève dit l’âge de l’arbre, l’oignon se décline en strates d’une vie passée : ma vie. Des heures, des jours, des semaines, des mois,… des années. Des décennies… Tranches de vie, tronche pâle, sans vie, mais acides. Je pleure.

L’oignon, écorché par mon désir de le déshabiller pour mettre à nu mon âme. J’ai mal. Fastidieux épluchage. Chaque couche, peau doucement superposée, protection contre le monde violent, blindage contre les gens méchants. Tant d’écailles nacrées, comme tant de blessures, de renoncements, de résilience…  Autopsie d’un bulbe. Surprenant, pour quelqu’un qui rêvait, enfant, d’être une femme chirurgien du cerveau, n’est-ce pas ? Association d’idées. Chaque peau glisse dans une grimace, sous mes doigts qui collent. Je pleure, l’oignon pleure. Tout est maintenant éparpillé sur la table de la cuisine, mon âme en parcelles déchiquetées d’un champs de bataille, inertes, morts blafards par centaines. Boucherie. Mourir, pourquoi ? Pour renaître, enfin réunis ? Le dépeçage prend fin, l’âme s’amenuise. Je m’épuise.

Enfin, au cœur de l’oignon, je découvre une pousse verte, forme élancée parfaite, lumière vive, germe intact. Quintessence de mon existence ? Restée pure, préservée des souillures du monde extérieur, des attaques répétées, des douleurs enfouies, des pleurs infinis. Décortiquée, mon âme recèlerait-elle en son cœur une part d’innocence, d’enfance ? Ou bien ne serait-ce qu’un moignon d’oignon qui s’y trouverait caché, fœtus « in utero »  ? Serait-ce le signe d’un « handi-cap » à vie induit par un trop-plein de stimulations, d’émotions ? Ou un vert poing fermé, révolte sourde, inaudible, non écoutée ? Serait-ce simplement la promesse d’un futur à reconstruire ? Sous d’autres couches, d’autres strates, d’autres tranches de vie, une mémoire vierge à réécrire ? L’oignon qui m’a tant fait pleurer se serai-il enfin libéré de ses oripeaux ? Ce voyage au cœur d’un oignon serait-il, en fait, signe de renouveau ?

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

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Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Larmes

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Photo ©Lamouetterieuse

LARMES

Larmes d’âme

Se pâme une Dame

Ancrées profond

Gouttes d’encre

Jets en l’air

Sang mortifère

Sombre parterre

Points sur la toile

Broderie sans titre

Rire à aiguiller

Sens aiguisé

Pire éclaboussé

Gueule déformée

Boue infâme

Âme en larmes.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : La larme

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Détail de « La descente de Croix », Rogier van der Weyden (1435)

Tu laisses tomber ton front dans ta main. Tes yeux te brûlent, t’aveuglent. Supplice en silence majeur. Tout s’arrête, yeux fermés, souffle comprimé. Puis elle tombe. De nulle part. On dirait qu’elle surgit du néant. Elle te saisit. Elle est brûlante, goutte d’acide sur une joue morne. Perforation de chair amère.

La larme. L’alarme. L’âme en suspend. Entre pulsion de mort et non-désir de vie. La larme, c’est pourtant la vie qui coule, trop plein de souffrance. L’eau jaillie du côté perforé du Christ. Lui qui pleurait nos larmes, toutes les larmes de nos corps, tous les drames de nos âmes.

La larme. L’alarme qui te rappelle à la vie, quoi que tu veuilles, ou pas. Une goutte salée de l’océan de ton corps aqueux, condensé hideux.

La larme. Qui en entraîne d’autres dans sa chute inexorable. Qui aspire la lie de ton âme, désarmée, désespérée.

La larme. Qui trace un sillon infertile dans ta chair incrédule. Qui se figera, pétrifiée.

La larme. Jet clair, impure brûlure, improbable guérison. Cycle infernal, enfer sur terre.

La larme. Tranchant défi. A ne souhaiter à personne. Même pas à son pire ennemi.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le sourire est la fêlure de l’âme

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Photo ©Lamouetterieuse

Le sourire est la fêlure de l’âme

Le sourire est la fêlure de l’âme,

De tendre chair la confiante et lumineuse fenêtre, 

Mon cœur léger, d’où jaillit un incoercible élan d’amour pour autrui.

Le sourire est la fêlure de l’âme,

De douce ivoire l’invisible et inflexible armure, 

Qui ment à mon cœur meurtri et veut d’abord protéger autrui.

Le sourire est la fêlure de l’âme,

Les apparences peuvent être heureuses,

Les apparences peuvent être trompeuses,

La joie, menteuse, peut être insidieuse,

Et la douleur, traîtresse, si aguicheuse.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : HAINE

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Photo ©Lamouetterieuse

Habiter la lie de son âme

Aimer mâcher sa chair putride

Inspirer ses relents pourris

Ne plus connaître la lumière

Et ne plus pouvoir vivre d’espoir, d’amour.