Le merle du pâtissier

Discussion avec un pâtissier, suite à l’achat d’une viennoiserie, ou comment, d’un croissant à un oiseau noir, l’on peut faire de la philo de comptoir.

Apercevant un oiseau noir dans une grande volière dans l’arrière boutique, je m’enquiers : « Est-ce un mainate ? »
Le pâtissier : « Non, un merle ».
Moi (un peu déçue par le manque d’exotisme de l’animal et surprise malgré tout) : « Un merle ? C’est rare de voir un merle en cage; j’imagine qu’il était blessé et que vous l’avez recueilli ? »
Le pâtissier : « Nous l’avons en effet recueilli alors qu’il n’était qu’un oisillon. Son duvet était plein de colle; il avait dû être pris dans un piège. Il a fallu le déplumer et son plumage à mis un an avant de repousser entièrement ! »
Moi (consolée par l’adoption mais une peu contrariée tout de même de voir un oiseau du ciel en cage) : « Je vois qu’il est dans une grande et belle cage. Chante-t-il ? (sous-entendu, est-il heureux ?) ».
Le pâtissier, sourire aux lèvres : « Oui, il est très heureux, il mange des raisins, des pommes et siffle très bien ! »
Moi : « Depuis combien de temps l’avez-vous ? »
Le pâtissier, fier : « Nous l’avons depuis 10 ans maintenant. Figurez-vous que les merles en captivité peuvent vivre jusqu’à 20 ans !! »

Moi qui croyais que seules les mouettes rieuses présentaient quelque intérêt, je réalise que les oiseaux noirs ne manquent pas d’humour.

La mouette rieuse

Vos gueules, les mouêttes !

Votêe il y a 26 ans à l’Acadêmie française, la rêforme orthographique va finalement s’appliquer à la rentrêe de septembre prochain. Si 2.400 mots passeront à la moulinêtte au prêtêxte de simplifier la langue de Moliêre, le point phare sera la disparition de l’accent circonflêxe.

L’accent circonflêxe, ce petit sourcil malicieux, ce petit chapeau êlêgant, disparaîtra, pour ne laisser que des mots nus, pâles, mal rasés, sans saveur et sans joie. « S’entrainer, avec sa maitresse d’école, à évaluer le cout, pour son portemonnaie, des après-midis du millepattes à paraitre sur un nénufar, le temps d’un weekend, sans se faire d’ognon aux…pieds », sera une gageure, un bien triste êxercice.

La premiêre question qui vient à l’êsprit est : « Pourquoi une rêforme aussi indigêste est-elle finalement mise en pratique ? » La censure des mots n’est pas anodine. Brider les mots, imposer autoritairement ce carcan lêxical à une population impuissante, est une ultime atteinte à son identité culturêlle. Accepterons-nous que les fables de Monsieur de La Fontaine ou que les tirades de Marcel Pagnol soient ainsi balafrêes ? J’ai mal à mon français, je pleure mes dictêes d’enfance, où, le doigt crispé sur la plume, les lêvres pincêes, je m’efforçais de respecter les mots, qui, à l’êpoque, n’étaient pourtant pas toujours mes amis.

La seconde question est : « Pourquoi donc 26 ans plus tard ? » Parce que personne ne souhaitait appliquer ces distorsions orthographiques qui piquent les yeux et heurtent l’oreille ? Parce que chacun peut comprendre que simplifier un mot ne sera jamais une garantie d’exactitude : un êlêve sera toujours enclin à mal orthographier un mot, quel qu’il soit, c’est dans sa nature. Parce que les mots de notre belle langue française puisent leur raison d’être dans leurs racines grecques ou latines, et ne sont pas sortis, au petit bonheur la chance, du chapeau d’un quelconque prestidigitateur en habit vert.

Qu’en sera-t-il, à l’avenir, du tréma, des points-virgules ou autres majuscules ? Il est légitime de s’en inquiêter.

En attendant, perplêxe, j’ai décidé de faire rêsistance, en mêttant des petits sourcils partout.

 

 

Il n’y a rien de plus beau que la vie, toute simple

Evidemment, ça ne sert à rien de le dire, évidemment, puisque tout le monde est d’accord. Pourtant, il fallait que je le dise. La venue au monde du bébé d’une amie, il y a quelques heures à peine, a rendu l’actualité fade, triste et vaine. Il n’y a rien de plus beau que la vie, toute simple.                                                                                                                                 
La vie donnée, celle qui sort en braillant de nos entrailles de femme, ce petit être lourd, humide et chaud, si fragile et déjà indépendant, nous marque en esprit et dans notre chair, empreinte indélébile, souvenir indestructible. La vie reçue, celle que notre corps n’a pu porter, mais que nous serrons aussi fort dans nos bras, n’a pas moins de prix. Les bla-bla des voisins, le brouhaha du monde, les rabat-joie d’ici ou d’ailleurs, tout n’est que vanité, du vent qui passe et s’efface.
Vanitas vanitatum, et omnia vanitas ! Vanité des vanités, et tout est vanité !

Que ceux qui veulent jouer aux apprentis sorciers en faisant joujou avec la vie des autres, celles des tout-petits comme celle des tout-frêles, n’oublient jamais qu’ils ont un jour été ce petit d’homme avide de vie et qu’ils seront peut-être aussi ce vieillard empli de sagesse. La vie, la vraie, Mesdames et Messieurs les législateurs, n’est pas de décider de celle des autres, avec cette satisfaction de surpuissance, celle du meurtrier qui voit la flamme s’éteindre dans le regard de sa victime. La vie, la vraie, c’est utiliser avec humilité celle que vous avez reçu. Ce n’est pas grand chose et ce ne serait déjà pas si mal.

Parce que, voyez vous, il n’y a rien de plus beau au monde que la vie, la vie toute simple, accueillie en vérité.

 

 

À Dieu, Madame la Marquise

Madame la Marquise de Carabas nous a quittés.

Je ne la connaissais pas, ni de près, ni de loin, et pourtant, son histoire m’a profondément émue. Amie de mes amies, elle aurait pu être mon amie, la sœur cadette que je n’ai jamais eu, et j’aurais pu être fan de son sympathique blog, mais non, trop tard, trop bête. Alors, sa lutte exemplaire contre une longue et douloureuse maladie, puis son départ dans l’Espérance, il y a de cela trois jours, m’ont donné la force, à moi, pauvre petite mouette rieuse, de me lancer dans la rédaction de ce premier blog. Laure fut ma muse. Je crois qu’elle en inspira beaucoup d’autres. D’ailleurs, si toutes les blogueuses de France et de Navarre voulaient se donner la main, elles feraient une échelle qui monterait au Ciel.

Avec foi et humour, Laure répandait joies et bonheur sur terre, sur tous ceux qu’elle aimait, sur tous ceux qu’elle rencontrait. Je suis certaine qu’elle continue de là-haut.

Aujourd’hui, son mari et ses enfants ont le cœur déchiré, et c’est pour eux que monte mon humble prière.

Un jour, dans un dernier élan, la petite mouette rieuse montera très haut dans l’azur. Elle trouvera peut-être bien une petite place aux côtés de la Marquise et, sous le regard doux de Jésus et de Marie, elles referont le monde, par petits points, en aquarelle et en Toile de Jouy.

 

 

 

Au gré des vents, jamais contre mon gré

Les mouettes m’ont toujours fascinée. Vous laissent-elles indifférent ? Il est permis d’en douter. Si elles vous laissent de marbre, passez votre chemin et retournez vous balader sur le plancher des vaches -qui sont aussi de fascinants animaux, certes-. Sinon, n’hésitez pas à la suivre dans ses tribulations. L’air de rien, cet « oiseau », que nous qualifierons plutôt d’ « animal », a parfaitement compris ce qu’il pouvait attendre de certaines grandes bêtes sans plumes sur deux pattes qui peuplent cette terre.

Elle a beaucoup à dire et à partager sur de multiples sujets et dans de nombreux domaines, mais s’efforcera de ne pas vous surcharger d’informations.

Penchons-nous sur les caractéristiques propres de -et à- cet animal. Ne vous penchez pas trop ! Contrairement à elle, vous n’avez pas forcément le pied marin ! La mouette rieuse est très élégante, preuve que l’on peut savoir rire et savoir-être. De couleur blanche, ses ailes sont gris perle -faut c’qui faut-, terminées d’une extrémité noire, un peu comme si elle portait de jolis gants de velours. Sa tête est brun sombre, sauf en hiver où elle est blanche avec une tache noirâtre derrière l’œil, signe de fatigue sans doute. Ses pattes sont orange ou rouge-orangé, précaution indispensable pour affronter les rames de métros bondés. De manière générale, il est préférable de ne pas lui casser les pieds. Son bec rouge-jaune souligne finement son joli sourire.

On confond souvent la mouette avec le goéland. Quelle méprise ! Ce dernier est plus imposant et plusieurs espèces de goélands possèdent une tache rouge sur chaque côté du bec, ce qui permet de les différencier. Ceci permet surtout de vérifier que les goélands, eux, ne savent pas se mettre du rouge à lèvres, mais vous le saviez sans doute déjà. Notons que cette distinction entre mouette et goéland n’existe pas en anglais et en allemand notamment, allez donc savoir pourquoi.

La mouette rieuse est une espèce sociable et peu farouche, tout le monde sait cela et c’est ce qui fait -une partie de- son charme. Son nom vient de son cri rauque et sonore que nul ne peut oublier. Personne n’a intérêt, d’ailleurs. Certes, cet attribut semble moins charmant, mais il faut bien se faire entendre, non ? Rieuse, mais non ricaneuse, car elle sait qu’il vaut mieux rire de soi-même que de se moquer des autres.

Elégante et sociable, la mouette est également surprenante de par sa capacité à tirer parti des courants contraires. Si elle se laisse porter un moment, donnant l’impression de lâcher prise, c’est pour réorienter son vol l’instant d’après, et, par un vigoureux coup d’aile, tirer parti d’un vent contraire. Elle sait où elle va et parviendra à bon port, quelles que soient les turbulences rencontrées. La mouette rieuse a des convictions.

« Au gré des vents, jamais contre mon gré » pourrait être sa devise, et finalement, la mienne.