PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : J’écris

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Photo ©Lamouetterieuse

J’écris

Je crie la nuit sans espoir,

J’écris alors sur du blanc

Les mots broyés dans le noir

Café serré sans faire semblant :

 

Les mots marchent à petits pas,

Au rythme de mon cœur si las,

Jambes noires sur la scène éclairée

Du papier clair de mon clavier ,

 

Ils osent un pas, puis reculent de deux,

Courageux mais pas téméraires,

L’encre bave sous leurs yeux

En trait sombre d’eye-liner

 

Smoky eyes, regard livide,

Accents graves, points d’suspension,

Voix perdue, air sordide,

Où est l’interrogation ?

 

Noir sur blanc, c’est du gris,

Sentiment délayé,

Or le gris c’est joli,

Mensonge ou vérité 

 

Les mots ont mal aux guibolles,

Et les bras en compote,

D’avoir porté sans escorte

Une pluie de symboles /

 

Pour ponctuer tous leurs maux,

Ont pleuré chaudes larmes,

Faut fermer les rideaux, 

Eviter d’autres drames ^^

 

Mots broyés, papier mâché,

C’est écoeurant, ce gâchis,

Je vais tout recracher

Du dégueulis que j’écris !

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Conte défait

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galette des templiers

 

Conte défait

Il était une fois, dans une Comté… euh… contrée lointaine, peuplée d’habitants grands amateurs de fromages, un palais que l’on reconnaissait à des bottes de sept lieues de là, tant il embaumait les entre-doigts de pieds de Gulliver. En haut de la tour du fin Palet de Bourgogne euh… palais de Bourgogne, se trouvait une petite chambre, simplement meublée et sobrement décorée, malgré la qualité de son occupant. On eût dit un petit trou de Taupinette, euh… d’Emmental. Le Prince, fils unique du Roy, y passait ses journées à contempler le paysage de la Comté, son Abondance, ses Bleus, ses Roquefort euh… ses rocs-forts, ses Chèvres qui paissaient paisiblement entre deux Crottins, des Tommes et des Tommes de variétés laitières cuites et affinées, parmi les Fleur-du-maquis. Quelle Epoisse, à la fin ! Il en arrivait à compter ses Boutons-de-culotte d’ennui, c’est dire ! Il pensa, in peto : « Si je Brie, peut-être ma vie aura-t-elle enfin un sens ? » Il s’approcha de l’âtre, contemplant la Bûchette-cendrée qui finissait de se consumer à côté de la Briquette, tandis que ses orteils le Picodon, euh… le picotaient, dis donc, de froid.

Il était Beaufort, quoi qu’un peu Enrobé-aux-airelles, ses chausses moulaient agréablement ses Burrata-des-Pouilles de jeune homme vigoureux, au-dessus de ses bas de soie à Mimolette euh… à mi-mollet, qui mettaient en valeur ses jolies Patte-d’ours et c’était un Régal-de-Bourgogne que de l’entendre déclamer ses poèmes sur son Coeur-d’Arras… euh… cœur arraché, sans amour; il tenait alors dans sa main droite élégamment gantée la Marotte qu’il avait subtilisée au fou du Roy, un soir de longues agapes au cours desquelles le bouffon avait qualifié le Prince de Trou-du-cru ! Le royal rejeton lui avait alors envoyé une grosse Boulette-d’Avesnes de ses orifices nasaux écartés de rage, puis deux, puis trois… Enfin, sur le Pas-de-l’Escalette… euh… sur le pas de l’escalier, il avait sorti son Laguiole, prêt à fondre sur le pauvre bougre afin de lui administrer une bonne Raclette euh… raclée, non sans l’avoir traité de « Espèce de Stilton euh… espèce de pt’it con ! » Le Prince, quelque peu aviné, avait même ajouté : « Aurais-je donc une Tête-de-moine ? Serais-je aussi laid qu’un Curé-Nantais, pour que vous vous moquiez ainsi ? » Le fou du Roy riait à gorge déployé sous son haut-de-Fourme… euh… de-forme-d’Ambert.

Le Roy se leva prestement, Gouda… euh… gronda son fils, de sa Manchego euh… de sa manche gauche, lui administra deux Miniclac euh… deux mini claques et, élevant sa puissante voix au-dessus de celles des joyeux convives, déclama,  : « Monsieur, vous serez consigné dans vos appartements jusqu’à nouvel ordre ! » La Reine, frêle Figuette-aux-épices, tenta, en mère contrite, de calmer son royal époux : « Mon Chabichou, mon Bichon, mon Brin-d’amour, mon Cœur-de-France, pourquoi monter sur vos grands chevaux et rester ainsi en Selles-sur-Cher ? » Le Roy se rassit, réajusta sa Couronne-Lochoise et lui adressa un léger sourire fatigué derrière son imposante barbe Fleury euh… barbe fleurie. « Mon Langres, euh… mon ange, je suis désolé de m’être ainsi moqué de mon Dauphin. Ce régime sans fromage que j’Entrammes… euh… que j’entame, me donne des envies de cuisiner cet insolent aux Pelardon.. euh… aux petits lardons et de lui tailler la tête au Carré-Normand. Servez-moi plutôt une coupe de ce délicieux Chambertin. »

Alors que le jeune Prince était en train d’affiner une énième stratégie d’évasion, l’on vint frapper à sa porte. Le Chambertin, euh… le chamberlin lui fit cette annonce solennelle : « Messire, vous irez à l’Abbaye-de-Cîteaux euh… de sitôt, en mission pour sa Majesté le Roy. Il doit recevoir très prochainement les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, auxquels il souhaite offrir des Galettes-des-Templiers au Vieux Lille. Tenez, voici votre Gaperon euh… votre éperon, votre Pic euh… votre pique, le Trèfle porte-bonheur de sa Majesté la Reine, ainsi que votre ordre de mission. Pour ce faire, avant de traverser le pays Cathare, vous vous recueillerez au passage aux pieds de Saint Félicien, Saint Marcellin, Saint Nectaire et Saint Paulin en Cœur-de-Touraine. Hâtez-vous ! La chrétienté est en péril ! Les croisades sont à ce prix ! »

Le jeune Prince s’exécuta, non sans jeter un « Morbier ! euh… morbleu ! » entre ses dents. Lorsqu’il quitta le palais sur son petit Cabri, il crut entendre, parmi les Charolais qui paissaient tranquillement, une Vache-qui-rit. Décidément, les contes de fée n’étaient plus ce qu’ils étaient jadis. Il entrait dans l’ère incertaine et balbutiante des contes défaits…

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le trottoir qui parle

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Photo ©Lamouetterieuse

Le trottoir qui parle

Je marche, tête baissée, tandis que le trafic automobile emplit l’air parisien. Un vent léger caresse mon front et fait tournoyer les feuilles mortes sur le trottoir. Mortes à cause de la chaleur estivale, fauchées dans leur jeunesse. Elles auraient dû rendre l’âme dans quelques mois, en automne. La mort ne prévient jamais. Désormais, elles sont toutes desséchées, racornies, vidées de la sève qui coulait doucement dans leurs vertes artères, il y a encore quelques jours. Vieilles dames ignorées. Personne ne daigne s’en occuper, les ramasser. Elles tourbillonnent comme si elles ne savaient où aller. Elles ne peuvent trouver le repos éternel. Quel gâchis ! Quelle injustice ! Vilaine ville !

Elles recouvrent le trottoir en telle quantité que je marche involontairement sur l’une d’elles. Elle crisse : criiiick… Son cri, pourtant minuscule, couvre l’arrachement du bitume par les voitures. Crie-t-elle dans un dernier appel à l’aide ? Trop tard, elle s’est émiettée, éparpillée, soufflée par une rafale. Disparue, à jamais. Je me sens coupable de meurtre sur une feuille agonisante. « Dispersée façon puzzle », tiens. Je ne suis qu’un géant ignorant la vie fragile sous ses lourds pas. Impitoyable, imbécile, maladroit. Gulliver maître de l’univers.

D’un geste un peu sadique, je l’avoue, j’écrase une autre de ses compagnes, qui expire dans un dernier crissement, puis une autre, un tas d’autres… Criiiick… Criiiick… Finalement, mes pas ne sont plus criminels, car ils abrègent la souffrance de ces corps végétaux étoilés, beautés éphémères, que je suis seule à remarquer. Et cet acte de géant omnipotent fait maintenant résonner en moi un souvenir gourmand d’enfance. Le cri des feuilles mortes me rappelle quand, avec mes petites quenottes, je croquais dans des crêpes dentelle. Criiiick… Criiiick… L’odeur de cannelle qui exhale des feuilles que j’écrase se transforme dans mes sens en parfum de beurre breton. C’est bon les crêpes dentelles, c’est bon, les feuilles ocres écrasées. Criiiick… Criiiick…

Merci à ces feuilles mortes, corps végétaux fauchés par la chaleur estivale, de m’avoir permis, l’instant de quelques pas de géant, de revivre un délicieux souvenir d’enfance et de m’avoir ainsi rajeunie. Désormais, je serai plus à l’écoute des trottoirs qui parlent. Eux ont des vérités que les passants bien souvent ignorent.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Je dors…

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Je dors...

Je dors…

Je dors pour oublier que je pense.

Je pense que j’oublie que je dors.

Je dors pour oublier que je souffre.

Je souffre d’oublier que je pense.

Je dors pour oublier que je dors.

Je dors pour oublier que j’existe.

J’existe pour penser, souffrir, dormir.

Plutôt oublier, ne rien sentir, mourir.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : « Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

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Photo ©Lamouetterieuse

« Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

Par une belle matinée d’été, le petit pin bleu lève les yeux vers le ciel, vers son papa, le grand pin bleu. Il contemple ses ramures argentées, doux bleu-grisé, puis s’approche pour l’embrasser. « Dis papa, pourquoi tu piques ? » Le père, amusé par cette question de jeune garçon lui répond : « Je pique, car ma barbe est devenue celle d’un adulte. Cette barbe qui rassure ta maman, cette barbe qui fait peur aux méchants, cette barbe qui fait parler les petits enfants. »

Le petit pin bleu caresse sa joue, pensif, puis inquiet. Ses épines sont encore tendres, qui ploient avec souplesse sous ses petits doigts. Il se demande si lui aussi aura un jour une belle barbe bleue, qui pique et qui fait mâle. Il se demande combien il lui faudra d’années, de dizaines d’années, avant de ressembler à son père dont il est si fier. Ce dernier, du haut de sa maturité, devine les pensées de son jeune enfant. « Tu auras bien assez tôt une belle barbe qui pique, mon garçon. La seule condition, c’est de ne pas te raser. Enfin, c’est que tu ne sois pas rasé. Bref, que les hommes te laissent grandir sur tes pieds. C’est pourquoi, chaque matin, je lève les yeux vers le ciel, qu’il soit blanc, gris ou azur, que le vent soit mordant, vif ou absent, et je demande au Tout-Puissant de faire sa volonté. Et chaque soir, je redis cette même prière. Et vois-tu, je suis devenu, au fil des ans, un grand pin bleu, confiant, à la barbe qui pique, mais au cœur tendre. »

Le petit pin bleu garde ses paroles dans son âme d’enfant, tâte sa joue encore meurtrie par l’étreinte paternelle et se promet, dans le silence du vent estival qui caresse sa tendre ramure, qu’un jour, il sera fier lui aussi, d’avoir une barbe qui pique et un cœur tendre.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Larmes

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Photo ©Lamouetterieuse

LARMES

Larmes d’âme

Se pâme une Dame

Ancrées profond

Gouttes d’encre

Jets en l’air

Sang mortifère

Sombre parterre

Points sur la toile

Broderie sans titre

Rire à aiguiller

Sens aiguisé

Pire éclaboussé

Gueule déformée

Boue infâme

Âme en larmes.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : D-É-S-E-S-P-O-I-R

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Photo ©Lamouetterieuse

D-É-S-E-S-P-O-I-R

Décider de quitter le tortionnaire de son cœur romantique, réduite à néant depuis 31 ans. Courage, fuyons !!

Et sombrer dans une dépression sous-jacente, visqueuse, vicieuse, lente, rampante et sadique.

Souhaiter disparaître à des millions de kilomètres sous terre, où se trouvent les petits Chinois de son enfance comme l’affirmait alors son oncle.

Envolée parmi les astres qui luisent dans le ciel noir, clins d’yeux invisibles le jour, petits hommes verts gentils, écolos bibi-ioio.

Se supprimer : de son certificat d’état-civil, des listes électorales, des fichiers de marques insignifiantes, des carnets d’adresses griffonnés de ses amis, de son ordinateur tant chéri.

Pour ne plus rien ressentir, ne plus sentir que le vide sidéral, sidérant, cynique, cyanhydrique.

Oublier qu’on a été, qui on était, qu’est-ce qu’on était généreux, con et naïf durant tous ces printemps, automnes, hivers… décennies d’inertie.

Imaginer le Paradis, jardin d’Eden retrouvé pour l’Éternité, sur l’herbe mouillée bras écartés, souffle d’une brise, invisible portée des chants d’oiseaux tout juste réveillés.

Regretter une vie ratée car volée, inaccomplie car manipulée, et pour la peine, souffrir sans fin la douleur infligée à ceux, précieux, qui faisaient battre son cœur des ailes du bonheur.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…