PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : DORMIR

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Photo ©Lamouetterieuse

DORMIR

DÉBRANCHER les câbles complexes des connexions neuronales, enfin, tenter 

OUBLIER sa journée, ses dernières semaines, mois, années, vie de merde, quoi 

RÊVER d’une vie belle, grande, radieuse, pour les autres, et pour soi, enfin, moins laide 

MOURIR à tout ce qui fait hurler de douleur en soi, qui vrille les entrailles au réveil 

INVENTER des solutions solidaires, pour un monde meilleur, vie épanouie, utopie 

REBRANCHER les perplexes connexions neuronales, pour vivre à nouveau, … ou pas.

 

DORMIR,

De la réalité faire un rêve,

Faire de ses rêves une réalité.

Impossible vie.

Rêve impossible.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Voyage au cœur d’un oignon

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Voyage au cœur d’un oignon

Éplucher son âme. Ôter la peau sèche qui craque et se déchire, ailes de papillon burinées par les années. Une autre peau, plus claire, se dévoile, sage dessous, chair à vif, pelée par la lame acérée. Torture chinoise, lente, sournoise, infiniment douloureuse.

D’autres couches suivent, qui s’enroulent les unes sur les autres, serrées, solidaires, de peur enrobées. Elles crissent. Cris. Comme la sève dit l’âge de l’arbre, l’oignon se décline en strates d’une vie passée : ma vie. Des heures, des jours, des semaines, des mois,… des années. Des décennies… Tranches de vie, tronche pâle, sans vie, mais acides. Je pleure.

L’oignon, écorché par mon désir de le déshabiller pour mettre à nu mon âme. J’ai mal. Fastidieux épluchage. Chaque couche, peau doucement superposée, protection contre le monde violent, blindage contre les gens méchants. Tant d’écailles nacrées, comme tant de blessures, de renoncements, de résilience…  Autopsie d’un bulbe. Surprenant, pour quelqu’un qui rêvait, enfant, d’être une femme chirurgien du cerveau, n’est-ce pas ? Association d’idées. Chaque peau glisse dans une grimace, sous mes doigts qui collent. Je pleure, l’oignon pleure. Tout est maintenant éparpillé sur la table de la cuisine, mon âme en parcelles déchiquetées d’un champs de bataille, inertes, morts blafards par centaines. Boucherie. Mourir, pourquoi ? Pour renaître, enfin réunis ? Le dépeçage prend fin, l’âme s’amenuise. Je m’épuise.

Enfin, au cœur de l’oignon, je découvre une pousse verte, forme élancée parfaite, lumière vive, germe intact. Quintessence de mon existence ? Restée pure, préservée des souillures du monde extérieur, des attaques répétées, des douleurs enfouies, des pleurs infinis. Décortiquée, mon âme recèlerait-elle en son cœur une part d’innocence, d’enfance ? Ou bien ne serait-ce qu’un moignon d’oignon qui s’y trouverait caché, fœtus « in utero »  ? Serait-ce le signe d’un « handi-cap » à vie induit par un trop-plein de stimulations, d’émotions ? Ou un vert poing fermé, révolte sourde, inaudible, non écoutée ? Serait-ce simplement la promesse d’un futur à reconstruire ? Sous d’autres couches, d’autres strates, d’autres tranches de vie, une mémoire vierge à réécrire ? L’oignon qui m’a tant fait pleurer se serai-il enfin libéré de ses oripeaux ? Ce voyage au cœur d’un oignon serait-il, en fait, signe de renouveau ?

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Flamme

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« Jeune fille lisant une lettre à la bougie »

Jean Baptiste Santerre (1658-1717)

Flamme

Dans une odeur de souffre

Craque une allumette

Qui fait tourner la tête

D’une bougie immobile.

 

La froide mèche inerte

Frémit et grésille,

S’élève, lueur dans l’air,

Telle une pure jeune fille.

 

Monte, gonfle la flamme,

Arrondie aux hanches,

De désir son cœur enfle,

Brûlantes courbes de femme.

 

Elle crie dans le silence,

S’efface puis renaît,

Goutte d’or qui flanche,

Vacille et réapparaît.

 

Sa joie ne tient qu’à un souffle

Capricieux, tout puissant,

Qui en elle sans pitié s’engouffre

Pour la réduire à néant.

 

Douce est la chaleur qui luit

Dans le regard de l’enfant,

Promesse d’une calme nuit,

Magie, émerveillement.

 

Lumière des désespérés,

Brûlure des obstinés,

Dans mon âme tu émets

L’espoir de passions rêvées.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Émerveillement

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Nature morte à la poire ©Lamouetterieuse

Émerveillement

Chaque instant m’est un émerveillement.

Dans une assiette en faïence, un quart de poire,

Douces courbes qui suivent mon regard,

Clin d’oeil d’un pépin, lune endormie,

Et je souris, par tant de pureté éblouie.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

Moi, j’ai toujours été une « poire »,

Mais celle-ci, éphémère, illusoire,

Me renvoie l’image étonnante

D’un crâne chauve, sous une mèche souriante.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

De la contemplation d’une nature morte

Je veux simplement faire en sorte

Qu’en moi se dilate chaque fragment du temps, empli 

D’esprit, lourd de sens, d’une vie qui s’accomplit.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

Car une année, ce n’est pas 365 jours,

Mais des secondes remplies d’amour,

Infinité d’émerveillements,

Surprises du cœur, battant, débordant.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

A jamais je veux savoir me faire petite,

Contempler la nature qui sans cesse pépite,

Pouvoir tomber d’évanouissement,

Retrouver la candeur de mon âme d’enfant.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

Si je devais perdre cet abandon confiant

En l’univers qui n’est qu’enchantement,

Je finirais par mourir de bêtise,

Risée des savants qui s’enorgueillissent.

 

Chaque instant m’est un émerveillement.

Jusqu’à mon dernier souffle, n’être que surprise

De ce qui m’environne, m’appelle, mes sens aiguise,

De cet appel à la beauté silencieuse,

En écho d’une Création merveilleuse.

d’autres « Pensées sans retouches » à suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’eau !

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Photo ©Lamouetterieuse

A l’eau !

Ma vie va à vau-l’eau, et j’veux rien avaler. Dans ma tête un p’tit vélo que j’peux pas arrêter. À mes pieds, la Garonne dégueule ses sales remous boueux chargés des noires émotions de noyés désespérés. Ce s’rait facile de glisser sur les pavés mouillés où mon cœur épuisé crève de nausées. La pluie tombe en bruine sur mes cils embués et brouille mon âme telle un mouchoir trempé. J’erre sans but, frisson dedans, regard perdu au loin vers l’horizon qui s’efface, derrière moi aucune trace. Passé décomposé. Pas si simple. Sournoise est la tentation de stopper tout cela, soulagement passager pour éternelle damnation. En me laissant couler dans l’eau glacée, je sais qu’un ultime instinct me remonterait encore à la surface, luttant contre le courant qui me dépasse, fétu de paille têtu, paniqué. Le moment n’est pas là, il est encore déplacé. C’est contre de noirs desseins que je dois tracer les contours indécis de mon triste destin.

Je suis fatiguée, épuisée, lessivée. Pâle et essoufflée, jambes coupées. Ma vie va à vau-l’eau. A l’aide ! A l’eau quoi, non mais… à l’eau !

 

d’autres pensées sans retouches à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pauvreté

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Photo ©Lamouetterieuse

Pauvreté

La nuit est sombre malgré les guirlandes lumineuses de Noël qui se balancent entre les platanes, grands colliers de géantes fainéantes. Je descends l’avenue seule, mon tricorne bien enfoncé sur le front, le col de mon manteau en laine noire remonté sur mon nez, mes mitaines rayées au fond des poches. Je marche tête baissée, attentive au bruit de mes bottines couleur encre sur le bitume sale, deux mégots par-ci, dix chewing-gum par-là, et, attention, un gros crachat juste devant, évité de justesse. Je suis une sorte de chauve-souris d’un autre temps. Sauf que je ne souris pas. Prise dans le vent, comme le temps, triste et solitaire.

Un pigeon esseulé marche en sens inverse, une petite patte abîmée après l’autre, comme moi en fait, mais en plus petit, et l’air un peu plus bête, en quête d’improbable nourriture. Les rares passants semblent frigorifiés, épaules rentrées. Ni moi, ni le volatile ne semblons avoir froid, valeureux bipèdes dans la ville quasi déserte. L’un et l’autre évitons de justesse un quatuor de poivrots qui rient à gorge déployée devant un resto fermé, grincheux derrière ses grilles métalliques. Un pauvre hère dort sur une bouche de métro. Je le dépasse, le cœur un peu coupable.

Plus loin, je m’arrête devant la vitrine savamment illuminée d’une élégante enseigne de décoration maison. Mes pensées s’égarent un instant devant un service à thé en porcelaine diaphane, si fine, si fragile, d’énormes coussins en fausse fourrure, une guirlande dorée légère et brillante. Rêves de princesse. Mais je suis une grande maintenant.

J’arrive bientôt au bas de l’avenue. Des bruits de moteurs de véhicules frôlent mes oreilles tandis qu’indifférente, je continue de scruter le trottoir criblé de gouttes. Des millions, des milliards… Ce serait dingue de les compter ! Il n’est pas encore minuit, pourtant j’ai la tête comme une citrouille. Mais je ne suis pas Cendrillon.

Dans mon champ de vision, sur la gauche, un corps se cache sous une grande couette informe, devant l’entrée d’un magasin endormi. Devant, sur le trottoir peu éclairé, une simple phrase sur un bout de carton plié en deux, « S’il vous plaît, merci » retenu par une gamelle en inox où deux piécettes se gèlent les miches. Je pivote, fais demi-tour, laisse tomber trois fois cinquante centimes d’euro, « gling, gling, gling », qui martèlent le métal glacé. Je ne verrai pas le visage de celui qui s’est fait un toit d’un bout de tissu crade. C’est triste; j’aurais tant aimé le connaître…

Je continue de marcher à pas cadencés sur la grande avenue, réfléchissant. Qu’est-ce qu’un euro et cinquante centimes aujourd’hui ? Une baguette et demie ? Une canette de bière ? Mes frères qui vivent dans la rue sont pauvres de mes richesses. Je suis pauvre de mes avoirs. Je n’ai pas besoin d’un joli service à thé en porcelaine fine, ni d’un gros coussin en fausse fourrure. J’ai un toit, il y fait chaud, une bouilloire qui m’offre une tisane réconfortante, une taie et une couette propre qui m’attendent sagement. Pourquoi tant d’injustice ? Pourquoi, dans une ville qui dégueule de richesses, y-a-t-il encore des miséreux qui doivent vivre dans la crasse des trottoirs des riches qui les ignorent ? Des « pleins-aux-as » en vison et double cylindres en huit, déposés par leur chauffeur au teint d’ébène. Le Moyen-âge est loin derrière nous, et pourtant… Vertige, infini, rage. Impuissance ?

Déjà l’année dernière, je m’étais fait la promesse de m’occuper cette année à Noël des plus pauvres : leur tendre la main, pour changer, à eux qui me tendent tous les jours la leur. Échanger ma pauvreté contre leur regard, leurs confidences, leur confiance, un peu de bonheur. Ôter mes oripeaux de noir oiseau, m’agenouiller à leur côté, révéler mon humanité dans sa simple pauvreté.

J’ai froid. Le vent n’est plus une caresse fraîche, il raye mes joues. La neige fondue tombe plus dru, effaçant les milliards de gouttelettes, transformées en étendues d’eau sale qui feraient la joie d’un chien errant. Arrivée à la maison, je laisse derrière moi, dans l’hiver, un frère qui mourra peut-être cette nuit, dans l’indifférence des fêtards sortis de boîte de nuit. Seul le pigeon boiteux lui aura tenu compagnie, jusqu’à son dernier souffle. Pauvreté de la nuit.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : AUTO-PSY d’un drôle d’animal

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Un pauvre zèbre albinos

Auto-psy d’un drôle d’animal

Une fois n’est pas coutume, je reprends la plume électronique pour parler de l’animal qui sommeille en moi. Je sais, je sais, c’est très narcisso-narcissique… , m’enfin, à défaut de ne pas vous faire de mal, ça me fait du bien de tremper à nouveau mes doigts dans l’encre de mon clavier. J’aime assez faire tache. Ce doit être mon côté décalé.

En janvier 2016, prise d’une irrésistible envie d’écrire et de partager les jets-non-retouchés de mes é-moi, je me suis volontiers imaginée comme une mouette rieuse, en réalité souvent malheureuse, grincheuse, « déprimeuse »… mais un oiseau sympa, libre, avec juste ce qu’il faut de sale caractère pour préserver sa candeur dans la marée humaine, pour se protéger dans l’adversité.

Puis, en octobre de la même année, saisie d’une envolée mystique incontrôlable, j’étais alors devenue aussi une MysticLady, laissant monter de mon cœur des prières, encens de mots emplis de sens filial envers Dieu. Je vois ici ou là le regard méfiant de certains dans l’assistance, soulevant une fesse pour fuir illico, au cas où une autre métamorphose délirante devait s’emparer de ma personne. C’est vrai quoi, y’a tant de malades dans ce monde, tant de « schizo », qu’il ne faudrait pas prendre le risque d’être contaminé !

Récemment, au hasard de mes pérégrinations sur la toile, j’ai découvert que, très probablement, pour ne pas oser dire « certainement », un autre animal se tapissait au fond de mon âme : un zèbre* ! Quel bouleversement ce fut alors ! Etant sur un chaotique chemin de guérison intérieure suite à de nombreuses années de malheur, de mal-être, de mal de moi, cette révélation tombait comme un poil noir sur une nappe blanche, un grain de sel dans la poche d’une veste déchirée, un grain de sable dans une machine cognitive endormie, hypnotisée pour mieux être manipulée.

Désormais, je commence à relire ma vie passée à travers le prisme des rayures de cet animal fascinant; effet stroboscopique garanti, kaléidoscope infini de nuances de gris, éclairs fulgurants et noirs angoissants. C’est curieux, car j’ai toujours aimé les zèbres, ces équidés qui, de loin, se détachant sur l’horizon de la savane, semblent similaires, mais dont chacun arbore en réalité un habit aux rayures différentes, innombrables et mystérieuses, profondes cicatrices infligées par leurs prédateurs, uniques telles des empreintes digitales. Certains ici feront les malins, arguant que c’est le propre de la nature humaine que chaque individu ait des rayures uniques. Certes, et heureusement, nous ne sommes pas encore des clones (quoi que…., et des clowns, si, souvent…) mais la différence réside dans ce que le zèbre, au-delà de sa livrée, possède un mode cognitif différent des autres. Il est hyper-sensible, extra-lucide et ultra-créatif. Me vient alors une idée saugrenue : que se passerait-il si l’on faisait tourner un zèbre sur un axe central ? Vous me direz qu’il faudrait déjà l’attraper, et vous auriez grandement raison. Mais j’ai peine (et de la peine !) à l’imaginer : je crains bien qu’une fois captif sa robe ne prenne une couleur grisâtre, terne uniforme de la pensée unique, du conformisme béat, de l’obéissance aveugle, nausée. Ah non ! Ça, jamais ! Permettez-moi de ruer dans les brancards ! Et tant pis pour les blessés ! On ne fera jamais tourner en rond un zèbre ! Non mais !

Cependant, force m’est de constater, avec une tristesse difficile à dépeindre ici, et ce d’autant que je suis personnellement touchée, que l’on peut être zèbre et ne plus avoir de rayures. Il existe bien des tigres blancs impressionnants, des Russes blancs élégants (j’ai la chance d’en compter parmi mes chers amis), mais un zèbre albinos, c’est franchement craignos. Et pourtant… lorsque l’on est zèbre et que l’on est enfermé de l’intérieur, les rayures sont dedans, autour de la cage thoracique. C’est très douloureux : on est moche, pas du tout mouton, pas vraiment zèbre, mal dans ses sabots. On a beau savoir qu’on est gentil, empathique, créatif, visionnaire… rien n’y fait. C’est la déprime dans la dépression, la descente aux en-fers de l’émotion, la paralysie de la vie. Ça fait mal. Z’auriez pas un mouchoir, svp ? Mon mascara coule lamentablement.

Finalement, comme je suis aussi, derrière mes cernes noirs, un panda (« Pandamour » est le gentil surnom que m’ont jadis donné mes filles), en bonne bête, j’essaie de me consoler : le combo « mouette rieuse-MysticLady-zèbre, ça ne court pas les rues. Et heureusement, parce qu’on ne s’entendrait plus causer et les psy ne sauraient plus où donner de la feuille ! Sauvons la planète, merdre ! Ah ! Qu’est-ce-que j’cavale !!

* https://www.youtube.com/watch?v=hyl14_d1uuA

d’autres « pensées sans retouches » à venir…