PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #9 : Sacrés cœurs

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Sacrés cœurs

« En ce jeudi, libéré de l’école, et malgré mon sort scolaire incertain, j’étais autorisé à accompagner Maman à la Basilique de Montmartre, qui, avec ses amies, devait y rencontrer le Chanoine au sujet de leur association d’anciens combattants de la Grande Guerre. J’y étais déjà allé lorsque je n’étais, comme le disent les grands, pas plus haut que trois pommes. Du haut de mes sept-ans-et-demie, je vais pouvoir maintenant mieux admirer celle qui protège Paris depuis son trône immaculé. Pour rejoindre les amies de Maman qui l’attendent devant l’entrée, nous devons gravir des dizaines de marches, aventuriers à l’assaut d’un temple Inca. Arrivés au sommet, je remarque que ses joues se sont colorées d’un léger voile rosé. Un peu essoufflée, elle me regarde et sourit : Et bien, nous y sommes arrivés ! Maman a toujours le petit mot, la douce phrase, qui met un peu de bonheur dans mon cœur.

Nous retrouvons enfin ses amies devant le porche. Au moment d’entrer, l’une d’elles se retourne vers les marches et lance : Viens, Marie ! J’aperçois alors une petite fille de mon âge, au regard fatigué. Manteau marine, couettes dorées retenues par de gros rubans blancs, soquettes avachies sur des babies usées. Fragile petite poupée. Je tente de me ressaisir. Les jeunes garçons ne jouent pas à la poupée, c’est bien connu. Nous entrons sous l’immense voûte dorée, caverne aux trésors pour aventuriers perdus des villes. Avec les mamans, nous prenons place pour nous recueillir quelques instants. Agenouillé sur la pierre froide, je ne peux m’empêcher de tourner la tête vers Marie, pas ma maman du Ciel, mais la petite Marie. Yeux fermés, mains jointes dans ses petits gants blancs, elle prie, doucement. Si je ferme aussi les yeux, vais-je réussir à la rejoindre dans sa prière ? Elle semble bien malade, et, comme ça, sans réfléchir, je commence à prier pour elle.

Les mamans sont maintenant parties rencontrer le Chanoine de la Basilique. On nous a fait attendre dans la sacristie aux parfums d’encaustique et d’encens. Elle est sagement assise, yeux vers le sol, silencieuse. Comment t’appelles-tu ?, demandé-je, faisant mine de la découvrir à l’instant. J’espère que le Seigneur me pardonnera ce mensonge dans un lieu pareil !, me dis-je immédiatement, un peu coupable, mais aussi fier d’avoir osé briser la glace. Elle lève son petit minois et répond dans un souffle : Marie, tournant enfin son regard cerné vers moi. Noyé dans l’immensité bleue qui flotte à l’ombre de ses grands cils dorés, je m’efforce de lui offrir un sourire, mais c’est pas si facile pour nous, les garçons, de sourire comme ça à une fille ! A ma grande surprise, comme encouragée, elle prend à nouveau la parole : Maman dit que suis bien malade. La « tubercolosse », je crois. C’est pour cela qu’elle voulait que je l’accompagne ici. J’avais déjà entendu parler de cette terrible maladie qui avait emporté ma douce grand-mère dans d’épuisantes souffrances. Je reste perdu en silence dans mes pensées, puis remontant à la surface, vers la réalité, je lui demande à quelle école elle est. A Sainte-Marie de Neuilly, une école que de filles, glisse-t-elle dans un soupir. Enhardi, je m’entends lui répondre : Je suis à l’école de garçons Fénelon, près de l’église Saint Augustin à Paris. Mais pas pour très longtemps (je n’explique pas pourquoi, chuis pas trop fier)… Papa et Maman parlent de m’envoyer en pensionnat… loin d’ici… après Noël, je crois... Bizarrement, cette confession me serre le cœur à cet instant précis. Je ne sais pas trop pourquoi, moi qui m’étais finalement résolu avec joie à changer d’air, à la perspective de m’envoler bientôt vers une nouvelle aventure : une vie de pensionnaire à l’autre bout de la France…

Les mamans reviennent déjà, chuchotant, manteaux de reines, sourires gracieux, apparemment satisfaites de leur rendez-vous. Mais nous devons déjà nous quitter. Au revoir, Marie ! A bientôt, peut-être ? , osé-je d’un petit signe de la main, tandis qu’elle se retourne avec peine, emportée dans un tourbillon par la main énergique de sa maman.

Aujourd’hui, mon fier cœur de petit d’homme a rencontré un ange, un ange doré du Sacré Cœur de Paris, un ange fille, au cœur fragile. »

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

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Auteur : lamouetterieuse

L'activité favorite de la mouette rieuse ? Tremper sa plume dans l'encre du clavier pour vous porter sur ses ailes dans un monde imaginaire duquel vous aurez peut-être du mal à revenir. Enfin, c'est tout ce qu'elle vous souhaite. Bonnes lectures et heureux partages espérés avec vous, amis blogueurs ! La mouette rieuse, who loves dreaming with words, loves writing each and every day : novels, poems, in french and also in english (she tries hard not to decieve you with his "english poems"). Let it be, close your eyes and let his words lead you to un unexpected trip in his and your imagination.

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