PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : P’tit gars d’Paris #4 : M’sieur l’Abbé

couleurspantoneorangegrisvertbleu

curé 35

M’sieur l’Abbé

Habituellement, l’Abbé Desgrières venait à la maison tous les mardis après l’école, pour instruire notre jeune écolier et l’affermir dans la foi. Cette semaine, il dût s’adapter à l’emploi du temps familial en avançant sa présence d’un jour. C’est ainsi qu’en cette fin de lundi après-midi, d’un doigt pâle et décharné, il sonna d’un coup bref, faisant sursauter notre Emile, que le chocolat chaud et la part de tarte fondante avaient plongé dans une douce torpeur.

Dans la petite bibliothèque qui sentait le cuir relié et les feuilles jaunies, cet homme entre deux âges avait pour habitude, après un Pater Noster récité debout, de faire asseoir son élève au bureau de jeunesse de son père, Yves Archambault. Il sortait alors son bréviaire de cuir noir de sa poche latérale élimée au bord. Arpentant la pièce dans sa longue soutane de moire, il s’attachait à lire l’évangile du jour le plus lentement du monde, puis questionnait le garçonnet de sa voix pincée, guettant la moindre erreur de ses yeux gris qui lui perçaient le cœur.

Ce soir, Emile avait plutôt bien compris, ou plus exactement, ayant toutes les peines du monde à articuler du fait de son état semi-léthargique, ne risquait pas de se fourvoyer dans des phrases trop compliquées. Monsieur l’Abbé devait être fatigué également, ou bien alors très préoccupé, car son regard délavé se perdait à travers la haute fenêtre vers la Basilique du Sacré-Cœur, tandis qu’il écoutait distraitement les réponses vaguement audibles de son élève. En semelles de crêpe, ses pas crissaient sur le parquet ciré, donnant la chair de poule. Lorsqu’il s’approcha du bureau, Emile perçu le léger cliquetis des grains en nacre de son chapelet et le discret parfum de lavande qui suivait les plis de sa soutane, maigre corbeau soucieux condamné au sol. Cette fin de journée durait une éternité, il ne savait plus quoi répondre… Enfin, sa mère apparut dans l’encadrement de la porte et le délivra de ce pensum. « Monsieur l’Abbé, vous prendrez volontiers un petit porto ? »

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

Publicités

Auteur : lamouetterieuse

L'activité favorite de la mouette rieuse ? Tremper sa plume dans l'encre du clavier pour vous porter sur ses ailes dans un monde imaginaire duquel vous aurez peut-être du mal à revenir. Enfin, c'est tout ce qu'elle vous souhaite. Bonnes lectures et heureux partages espérés avec vous, amis blogueurs ! La mouette rieuse, who loves dreaming with words, loves writing each and every day : novels, poems, in french and also in english (she tries hard not to decieve you with his "english poems"). Let it be, close your eyes and let his words lead you to un unexpected trip in his and your imagination.

Envie de réagir ? Lancez-vous ! Merci !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s