PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le trottoir qui parle

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1502554293685.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

Le trottoir qui parle

Je marche, tête baissée, tandis que le trafic automobile emplit l’air parisien. Un vent léger caresse mon front et fait tournoyer les feuilles mortes sur le trottoir. Mortes à cause de la chaleur estivale, fauchées dans leur jeunesse. Elles auraient dû rendre l’âme dans quelques mois, en automne. La mort ne prévient jamais. Désormais, elles sont toutes desséchées, racornies, vidées de la sève qui coulait doucement dans leurs vertes artères, il y a encore quelques jours. Vieilles dames ignorées. Personne ne daigne s’en occuper, les ramasser. Elles tourbillonnent comme si elles ne savaient où aller. Elles ne peuvent trouver le repos éternel. Quel gâchis ! Quelle injustice ! Vilaine ville !

Elles recouvrent le trottoir en telle quantité que je marche involontairement sur l’une d’elles. Elle crisse : criiiick… Son cri, pourtant minuscule, couvre l’arrachement du bitume par les voitures. Crie-t-elle dans un dernier appel à l’aide ? Trop tard, elle s’est émiettée, éparpillée, soufflée par une rafale. Disparue, à jamais. Je me sens coupable de meurtre sur une feuille agonisante. « Dispersée façon puzzle », tiens. Je ne suis qu’un géant ignorant la vie fragile sous ses lourds pas. Impitoyable, imbécile, maladroit. Gulliver maître de l’univers.

D’un geste un peu sadique, je l’avoue, j’écrase une autre de ses compagnes, qui expire dans un dernier crissement, puis une autre, un tas d’autres… Criiiick… Criiiick… Finalement, mes pas ne sont plus criminels, car ils abrègent la souffrance de ces corps végétaux étoilés, beautés éphémères, que je suis seule à remarquer. Et cet acte de géant omnipotent fait maintenant résonner en moi un souvenir gourmand d’enfance. Le cri des feuilles mortes me rappelle quand, avec mes petites quenottes, je croquais dans des crêpes dentelle. Criiiick… Criiiick… L’odeur de cannelle qui exhale des feuilles que j’écrase se transforme dans mes sens en parfum de beurre breton. C’est bon les crêpes dentelles, c’est bon, les feuilles ocres écrasées. Criiiick… Criiiick…

Merci à ces feuilles mortes, corps végétaux fauchés par la chaleur estivale, de m’avoir permis, l’instant de quelques pas de géant, de revivre un délicieux souvenir d’enfance et de m’avoir ainsi rajeunie. Désormais, je serai plus à l’écoute des trottoirs qui parlent. Eux ont des vérités que les passants bien souvent ignorent.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Je dors…

couleurspantoneorangegrisvertbleu

Je dors...

Je dors…

Je dors pour oublier que je pense.

Je pense que j’oublie que je dors.

Je dors pour oublier que je souffre.

Je souffre d’oublier que je pense.

Je dors pour oublier que je dors.

Je dors pour oublier que j’existe.

J’existe pour penser, souffrir, dormir.

Plutôt oublier, ne rien sentir, mourir.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : « Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1501821170349.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

« Dis Papa, pourquoi tu piques ? »

Par une belle matinée d’été, le petit pin bleu lève les yeux vers le ciel, vers son papa, le grand pin bleu. Il contemple ses ramures argentées, doux bleu-grisé, puis s’approche pour l’embrasser. « Dis papa, pourquoi tu piques ? » Le père, amusé par cette question de jeune garçon lui répond : « Je pique, car ma barbe est devenue celle d’un adulte. Cette barbe qui rassure ta maman, cette barbe qui fait peur aux méchants, cette barbe qui fait parler les petits enfants. »

Le petit pin bleu caresse sa joue, pensif, puis inquiet. Ses épines sont encore tendres, qui ploient avec souplesse sous ses petits doigts. Il se demande si lui aussi aura un jour une belle barbe bleue, qui pique et qui fait mâle. Il se demande combien il lui faudra d’années, de dizaines d’années, avant de ressembler à son père dont il est si fier. Ce dernier, du haut de sa maturité, devine les pensées de son jeune enfant. « Tu auras bien assez tôt une belle barbe qui pique, mon garçon. La seule condition, c’est de ne pas te raser. Enfin, c’est que tu ne sois pas rasé. Bref, que les hommes te laissent grandir sur tes pieds. C’est pourquoi, chaque matin, je lève les yeux vers le ciel, qu’il soit blanc, gris ou azur, que le vent soit mordant, vif ou absent, et je demande au Tout-Puissant de faire sa volonté. Et chaque soir, je redis cette même prière. Et vois-tu, je suis devenu, au fil des ans, un grand pin bleu, confiant, à la barbe qui pique, mais au cœur tendre. »

Le petit pin bleu garde ses paroles dans son âme d’enfant, tâte sa joue encore meurtrie par l’étreinte paternelle et se promet, dans le silence du vent estival qui caresse sa tendre ramure, qu’un jour, il sera fier lui aussi, d’avoir une barbe qui pique et un cœur tendre.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Larmes

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1501868607700.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

LARMES

Larmes d’âme

Se pâme une Dame

Ancrées profond

Gouttes d’encre

Jets en l’air

Sang mortifère

Sombre parterre

Points sur la toile

Broderie sans titre

Rire à aiguiller

Sens aiguisé

Pire éclaboussé

Gueule déformée

Boue infâme

Âme en larmes.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : D-É-S-E-S-P-O-I-R

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1494533409705.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

D-É-S-E-S-P-O-I-R

Décider de quitter le tortionnaire de son cœur romantique, réduite à néant depuis 31 ans. Courage, fuyons !!

Et sombrer dans une dépression sous-jacente, visqueuse, vicieuse, lente, rampante et sadique.

Souhaiter disparaître à des millions de kilomètres sous terre, où se trouvent les petits Chinois de son enfance comme l’affirmait alors son oncle.

Envolée parmi les astres qui luisent dans le ciel noir, clins d’yeux invisibles le jour, petits hommes verts gentils, écolos bibi-ioio.

Se supprimer : de son certificat d’état-civil, des listes électorales, des fichiers de marques insignifiantes, des carnets d’adresses griffonnés de ses amis, de son ordinateur tant chéri.

Pour ne plus rien ressentir, ne plus sentir que le vide sidéral, sidérant, cynique, cyanhydrique.

Oublier qu’on a été, qui on était, qu’est-ce qu’on était généreux, con et naïf durant tous ces printemps, automnes, hivers… décennies d’inertie.

Imaginer le Paradis, jardin d’Eden retrouvé pour l’Éternité, sur l’herbe mouillée bras écartés, souffle d’une brise, invisible portée des chants d’oiseaux tout juste réveillés.

Regretter une vie ratée car volée, inaccomplie car manipulée, et pour la peine, souffrir sans fin la douleur infligée à ceux, précieux, qui faisaient battre son cœur des ailes du bonheur.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il est des mots…

couleurspantoneorangegrisvertbleu

il n'y a pas de hasard

Il est des mots…

Il est des mots…

Île aux démons,

L’hideux émoi

Étroit du moi,

Ivre du sort.

Et l’Hydre ressort,

En livrée d’émaux

Enivrée d’amour,

Livrer des mots

En livret de maux.

 

Il était une fois…

Un livre inachevé,

Instants tronqués, morcelés

D’une vie trompée, harcelée,

D’humeurs ensorcelée.

Pensées non amènes,

Pincées bien amères,  

Trempées nues dans l’encrier étonné,

Submergé, subjugué.

 

d’autres « pensées sans retouches » à venir…

 

 

 

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : J’écris la nuit

couleurspantoneorangegrisvertbleu

wp-1500828222561.jpg

Photo ©Lamouetterieuse

J’écris la nuit

J’écris la nuit,

Avec l’encre de mon cerveau.

J’écris la nuit,

Dans mes rêves bourrés de mots.

 

J’écris la nuit,

Mon esprit ne cesse de bouillonner.

J’écris la nuit,

Fait voler les plumes dans mon oreiller.

 

J’écris la nuit,

Des suites vivantes pour mes histoires.

J’écris la nuit,

Dans un monde peuplé de cauchemars.

 

J’écris la nuit,

Virgule après mot, encore et encore.

J’écris la nuit,

Mais mes phrases au loin s’évaporent. 

 

J’écris la nuit,

Ivre d’effervescence lexicale, écrits d’émotions sans bruit.

J’écris dans ma sombre nuit,

Et rien de visible ne s’est produit.

 

d’autres « pensées sans retouches » à venir…