PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Dans l’ombre du temps

Dans l’ombre du temps, c’est la goutte du ciel qui descend, la seconde au cadran que j’entends, inlassablement. En rythme décalé, l’eau et le métal s’entrechoquent. Je suis immobile, pétrie de désir d’éternité.

Mais c’est dans l’ombre du temps que s’écoule la vie, imperturbablement. Fuite vers l’avant, baiser de la mort à la vie.

Dans l’ombre du temps palpite mon cœur, ses battements qui ne s’accordent à rien, ni à la goutte, ni à l’aiguille du cadran.

Dans l’ombre du temps une lueur se fait corps, s’élève, mi goutte, mi aiguille. Sang éclaté.

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Photo ©Lamouetterieuse

Par petites touches, pensées sans retouches : Le monde s’écroule

Photo (c) Lamouetterieuse

Il me semble qu’il s’écroule,

Ce monde qui était mien,

Tel un château de sable

Mordu par le flot indomptable.

La mer se moque de sa faim,

Grignote les âmes qui l’ignorent

Et n’osent résister en vain

À l’appétit de ce terrible ogre.

Je marche dans la rue,

Regarde les humains

Les bras chargés d’achats,

Insouciants aux terrasses.

Ne voient pas la vague arriver,

Sa puissance lécher leurs pieds,

Sourient de leurs vies de paillettes,

Insouciants du malheur qui les guette.

Suis-je seule à comprendre tout ça ?

Y-a-t-il d’autres fous comme moi ?

J’ai peur de ma lucidité,

J’aimerais tant me tromper…

Je pense à mes enfants, qui devront grandir seuls,

À mes contemporains bâtisseurs

D’une société égoïste,

Sans âme et sans charisme.

Ce monde est une pieuvre

Affamée d’argent et de pouvoir,

Et sa funeste œuvre

N’est que ruine du savoir.

Pourtant je crois encore au regard de l’enfant,

À la fleur qui frémit

Toute seule dans le vent,

À la prière qui grandit

Dans le cœur des confiants.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Un petit tour dans ma tête

Photo (c) Lamouetterieuse

Ce jour-là, j’avais décidé d’aller faire un petit tour dans ma tête. Pourquoi ? me diriez-vous. Pourquoi pas ? vous répondrais-je. Pourtant j’ignore quelle mouche m’a piquée d’aller faire cette petite virée.

Je partis donc sans bagage, avec juste une petite gourde, bête comme moi. Je flânais, le nez au vent, la chemise entr’ouverte, traînant nonchalamment mes sandales sur le sable brûlant. Soudain, arrêtée net. Je réalisais qu’une pluie d’accents circonflexes s’était abattue sur mes mots. Involontairement ? Plutôt insidieusement. Bof, une petite pluie, ça fait du bien de temps en temps, ça rafraîchit les idées.

Quelques phrases plus loin, je fus saisie par la mélodie ascendante et descendante d’un manège d’antan. A y regarder de plus près je constatais que c’était des fils entremêlés qui tournaient sans cesse. Et plus ils tournaient, plus les pensées s’emmêlaient. Les couleurs pastel et les ors du joli manège avaient fini par prendre une teinte grisâtre. Tournis et nausée.

J’avançais dans ma petite balade, le cœur de plus en plus lourd. Il faisait de plus en plus froid. Pourtant il semblait que je me dirigeais vers le centre de la terre. Les émotions se taisaient, je m’enfonçais dans l’incompréhension. Si je n’étais pas capable de me comprendre moi-même, c’était vraiment stupide.

Fatiguée, les jambes incapables de me porter désormais, je décidai de m’abriter à l’ombre d’un grand neurone. Je m’endormis. Mais alors que je commençais à savourer mon repos, une décharge électrique me piqua les orteils et je n’eus comme choix que de me lever pour reprendre ma route.

Je repartis donc en arrière et au bout d’un temps qui me parut interminable, je finis par arriver derrière des globes oculaires. Devinez ce que je vis derrière ces ronds aquariums de fortune ? Des mains qui tapaient frénétiquement sur un clavier, un texte qui se déroulait alors, petites fourmis lexicales avides de poésie, par petites touches, sans retouches. Impromptu. Pleurs.

Je résolus de refaire un petit tour dans ma tête, un jour où j’aurai moins de peine.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Les couettes

Photo ©Lamouetterieuse

J’étais petite, émerveillée par la vie. Maman aimait me faire des couettes pour que j’aie l’air mignonnette. Elles me chatouillaient les joues lorsque je disais non. Mais plutôt que de dire non, je préférais cueillir des boutons d’or pour les offrir à ceux que j’aimais.

Les années ont passé et mes cheveux ont poussé. Je les ai maintes fois tressés, coupés, disciplinés. Seul le vent laissait à sa guise courir une mèche sur ma joue étonnée. Je ne cueillais plus de boutons d’or. Mais l’on m’offrait parfois des roses.

Aujourd’hui, j’ai des envies de couettes, comme l’enfant qui admire les sucettes sur le présentoir de la boulangerie. Je ne cueille plus de boutons d’or et l’on ne m’offre plus de roses. La vie, avec tous ses soucis de grande personne, ne m’émerveille plus. L’amour a fui.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : À la feuille d’or

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Je marchais d’un bon pas lorsque toi, l’immobile, as subitement accroché mon regard. Je me suis arrêtée net, souffle coupé comme si tu risquais de t’envoler. Mais tu ne faisais que frémir dans la brise légère.

Telle un papillon aux ailes colorées, je suis tombée en amour de ta feuille mordorée. Je n’ai pas de mots pour mieux te décrire et peut-être n’en faut-il pas. Rester figée dans un silence admiratif est le plus bel hommage à te rendre ici.

Feuille de vigne aux usages statuaires des temps anciens, manteau de lumière abritant les futures grappes amères, tu es là, simple dans ton habit végétal délicatement peint à la feuille d’or.

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Par petites touches, pensées sans retouches : Pureté

Photo (c)Lamouetterieuse

Pureté

Dieu a peint le monde avec des couleurs

Puis s’est arrêté, l’air rêveur,

Devant la nudité d’une fleur,

Une rose au cœur de douceur.

Elle ouvre ses pétales tels des bras,

S’offre au regard qu’on lui doit,

Douce et immaculée,

Veloutée indomptée.

Dieu ne l’a finalement pas coloriée.

Dans le jardin elle règne en beauté,

Regard penché de sa majesté,

Simple pureté pour l’éternité.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : La corde

…la corde tourne autour d’elle et l’encadre jolie demoiselle en robe smockée rose une socquette blanche tombe en accordéon muet sur une frêle cheville fatiguée d’avoir tant sauté et un et deux et trois cadence d’un négrier en couettes et vogue la galère sous les coups de fouet enjoués et rires qui scandent les sauts de la fillette et le décompte essoufflé de ses deux amies sur le bitume balayé de la cour d’école qui soupire et fait fuir au loin les feuilles mortes vive la récré vive la vie…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : A l’horizon des jours

Photo (c)Lamouetterieuse

Tout fade à l’horizon se lève le soleil. Moi je m’accroche à mon sommeil artificiel. La lune dissoute sur ma langue silencieuse, en comprimé pâlot a fait taire mon cerveau. Je ne souhaite rien d’autre qu’oublier que je vis, encore une journée à jouer qui je suis.

Encore une journée de regrets et sans joie. A me battre sur six fronts sans goûter de victoire. Pourtant loin sont les jours perclus de désespoir. Mais mon esprit se perd dans des rêves stériles, qui rendent tout espoir fragile et inutile.

Il faut faire chaque jour un pas même petit. La solitude subie fait mal autant que le bruit de la compagnie qui a fuit. Supporter d’être fort sans écraser les autres est un axiome ardu à mettre au défi. Je préfère la douceur des idiots et naïfs.

Déjà l’astre décline et je suis fatiguée. Encore des efforts d’une trop courte journée. Quelques médicaments pour me re-réparer. Et plonger sous ma couette pour y tout oublier.

Tout fade à l’horizon persiste le soleil…

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : KENAVO_Peur

KENAVO

CHAPITRE 1

Peur

La peur la tétanisait. A chaque fois. La grosse cloche de l’église du Père Jaouen venait de frapper la nuit de cinq longs traits froids. Petit Pierre dormait à poings fermés, recroquevillé dans un coin du lit sombre. Il devait rêver de bateaux, d’îles lointaines. De ses mains fragiles, elle écarta les portes en bois travaillé ; il lui sembla qu’une éternité venait de s’étirer. Il fallait à tout prix éviter de réveiller la maisonnée. Leur père, harassé par la mer, leur mère fatiguée par l’ouvrage quotidien, avaient encore quelques minutes avant de devoir se lever.

Elle descendit l’escalier de bois jusqu’à la pièce principale ; chaque marche passée l’avait apaisée, son cœur s’était un peu calmé. Elle posa ses petits yeux fatigués sur les braises qui diffusaient une douce lueur orangée. Il faisait frais dans la salle endormie. Les épais murs de granit avaient emprisonné le froid de la nuit. Elle avança doucement vers la petite fenêtre, dans sa longue chemise de lin bistre. Petit fantôme encore apeuré, elle se haussa sur le rebord intérieur. Dehors, au bout du champ, le menhir se dressait, fier gardien de granit. Personne ne pouvait venir lui chercher noise, il serait toujours là pour la défendre. Il était grand, lui, il était indestructible. Il en avait vu d’autres. C’était son chevalier, à elle, petite princesse Enora, un chevalier fort et fidèle.

Le ciel d’ardoise vomissait des lances d’eau. Il était en colère. Son père, Donatien, lui avait toujours dit que le ciel faisait ce qu’il souhaitait et que même l’océan lui obéissait. Comme pour signifier sa puissance, deux éclairs argent venaient à l’instant de frapper son chevalier. Non, il ne craignait rien, lui. Elle scruta l’horizon d’un regard apeuré, sans ciller. Non, le ciel ne l’avait pas fait tomber ; il tenait toujours debout, son armure de pierre luisant dans la nuit qui s’éclaircissait.

Elle entendit le martellement sourd des sabots paternels. Son père descendait à son tour. Il s’approcha, géant au dos vouté, cheveux mi-longs dorés.

  • Bonjour petite Enora ; déjà debout ? Un cauchemar ?
  • Bonjour Père. C’est juste l’orage qui m’a réveillée. Mais je vais mieux maintenant.

Pourtant, elle commençait à greloter. Les enfants ne devraient jamais greloter. Elle avisa ses petits sabots qui se réchauffaient près de la cheminée. Les nouveaux bas de laine tricotés par sa mère l’été dernier la réconfortaient. Elle se sentait un peu mieux. Elle prit le soufflet et raviva les braises. Un souffle tiède lui revint de l’âtre. Elle remit une petite bûche qui crépita de douleur.

Donatien alluma le poêle et sortit du garde-manger un quignon de pain de la veille. Le chat venait de s’étirer, ses griffes qui grinçaient blessaient le sol, aux pieds du paternel. Une bolée de lait l’apaiserait, lui aussi. Puis il irait à nouveau se caler tout près de l’âtre réveillé, pour rêver de mulots chassés par milliers.

Le père s’assit en bout de table, la tête penchée vers le bois foncé. Enora vint trouver place tout près de lui, sur le banc réservé aux enfants. La vaisselle de Quimper, cadeau de mariage, ourlée de bleu, était soigneusement disposée sur la table. Ils commencèrent à boire, comme chacun à son tour. Le feu crépitait doucement, le chat dormait d’un œil. La pendule rythmait leur respiration. Matin calme.

L’escalier grinça doucement ; à petits pas de souris, sa mère les rejoignit. Yvonne était longue et frêle dans sa robe bleue délavée. Malgré son jeune âge, elle semblait déjà toute fanée. Trente longues années d’une santé fragile avaient creusé des rides sur ses joues pâles. Seuls ses yeux, qui posaient toujours une douceur infinie sur le monde, avaient conservé une pointe de malice. Un sourire fatigué illumina ses joues à la vue de la petite Enora.

  • Mais ma petite princesse, tu es déjà réveillée ? Tu devrais encore te reposer. Ton frère était encore tout endormi lorsque j’ai posé un baiser sur son front. Je crois qu’il rêvait de bateaux. Il semblait tenir la barre dans ses petits bras, sa tête dodelinant sur les draps.
  • Je n’avais plus sommeil, Mère. Et puis, l’orage… l’orage m’a réveillée.

Tous trois s’agenouillèrent au pied du Christ de faïence qui protégeait le foyer : « Notre Père, qui êtes aux cieux… »

Le jour venait juste de se lever. Le coq l’avait compris, fier animal, qui se dressait sur ses ergots en se raclant le gosier. Côcôrrricô !!! Côcôrrricô !!! Côcôrrricô !!! Désormais, le monde pouvait commencer sa journée. Ainsi en avait-il décidé.

Par bonheur, le ciel n’était plus fâché. Le gris ardoise, délavé par les trombes de pluie de la nuit, avait laissé place à un argent bleuté. Ce serait sans doute une fraîche mais belle journée.

Donatien se préparait à partir à cheval vers le port où l’attendait son fidèle voilier. Il posa un baiser sur la joue d’Yvonne qui se lovait dans un maigre châle, et tapota affectueusement la joue de la petite Enora.

  • Quand pourrai-je venir naviguer avec vous ? Quand, père ? Quand ?

Elle sautait dans ses petits sabots, ponctuant ses phrases, comme si elle pouvait ainsi leur donner plus de poids.

  • Plus tard, mon petit, lorsque tu seras plus grande. Sept ans, c’est encore bien jeune, tu sais. Et puis, j’aimerais auparavant t’apprendre à nager. N’oublie pas que ton grand-père a perdu la vie en mer d’Islande parce qu’il ne savait pas nager. La mer et puissante et intraitable ; elle nous avale sans pitié si telle est sa volonté. 

Le cheval hennit lorsque Donatien emprunta le petit chemin de terre boueux qui descendait vers le port. Il fit un grand signe du bras, son chapeau noir en guise d’étendard.

Enora agrippa la robe de sa mère en levant les yeux vers elle. Puis toutes deux tournèrent le regard vers la porte de granit arrondi encadrée d’hortensias aux couleurs passées. Pierre s’était réveillé et trottait vers elles, tout excité. Ils rentrèrent tous trois dans leur humble fermette.

à suivre… (ou pas)

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Passe le moineau

Il passe devant ma fenêtre, passe le moineau, passe le moineau.

Il vole je ne sais où, passe le moineau, passe le moineau.

Sur le sol dur gelé, passe le moineau, passe le moineau.

Ses plumes ébouriffées, passe le moineau, passe le moineau.

Il frissonne et j’ai chaud, passe le moineau, passe le moineau.

Il cherche sa pitance, passe le moineau, passe le moineau.

Mon thé chaud dans mes mains, passe le moineau, passe le moineau.

Il est là sur mon cœur, passe le moineau, passe le moineau.

Lui partage mon bonheur, passe le moineau, passe le moineau.

L’amour de sa beauté, passe le moineau, passe le moineau.

Si simple et si humble, passe le moineau, passe le moineau.

Si petit et si beau, passe le moineau, reste petit moineau.

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