PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : La larme

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Détail de « La descente de Croix », Rogier van der Weyden (1435)

Tu laisses tomber ton front dans ta main. Tes yeux te brûlent, t’aveuglent. Supplice en silence majeur. Tout s’arrête, yeux fermés, souffle comprimé. Puis elle tombe. De nulle part. On dirait qu’elle surgit du néant. Elle te saisit. Elle est brûlante, goutte d’acide sur une joue morne. Perforation de chair amère.

La larme. L’alarme. L’âme en suspend. Entre pulsion de mort et non-désir de vie. La larme, c’est pourtant la vie qui coule, trop plein de souffrance. L’eau jaillie du côté perforé du Christ. Lui qui pleurait nos larmes, toutes les larmes de nos corps, tous les drames de nos âmes.

La larme. L’alarme qui te rappelle à la vie, quoi que tu veuilles, ou pas. Une goutte salée de l’océan de ton corps aqueux, condensé hideux.

La larme. Qui en entraîne d’autres dans sa chute inexorable. Qui aspire la lie de ton âme, désarmée, désespérée.

La larme. Qui trace un sillon infertile dans ta chair incrédule. Qui se figera, pétrifiée.

La larme. Jet clair, impure brûlure, improbable guérison. Cycle infernal, enfer sur terre.

La larme. Tranchant défi. A ne souhaiter à personne. Même pas à son pire ennemi.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Petit brin d’herbe

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Petit brin d’herbe

Je me souviens que lorsque j’étais petite, j’aimais, à travers la fenêtre de ma place arrière en voiture, regarder les paysages qui défilaient. Mes yeux fixés sur rien laissaient le ruban des champs et des arbres défiler comme un film sans fin. J’aimais aussi particulièrement saisir du regard, en une fraction de seconde, un petit brin d’herbe bien vert et le conserver en mémoire aussi longtemps que je le pouvais. J’aimais me demander quelle serait son existence dans les heures ou les jours à venir. Lui auquel personne ne s’intéressait, semblable à tant d’autres petits brins d’herbe verts du bas-côté de la route. Des milliards, des milliers de milliards de congénères, dans l’indifférence la plus totale de l’homme, des éléments météo ou des roues des véhicules.

Or, il se pouvait qu’un conducteur perde le contrôle de sa voiture et se retrouve en quelques tonneaux dans le bas-fossé. Écrasant sous quatre traînées de roues terreuses des milliers de petits brins verts, dont peut-être celui que j’avais conservé en mémoire pendant des dizaines de kilomètres loin devant. Malgré le souvenir où je tentais de le préserver intact, je n’aurais pu le sauver de ce carnage. Il aurait été mortellement froissé et aurait recueilli, l’espace d’une seconde, le dernier souffle du conducteur, son regard hébété avant le passage dans un monde dont on ne sait s’il est tapissé de petits brins d’herbe verts similaires. Une goutte épaisse de sang aurait fini de le noircir et d’achever sa brève existence, rosée mortelle.

Mais je ne voulais pas que mon petit brin d’herbe connaisse une fin si tragique. Je voulais qu’il vive longtemps le long du bas-côté de la route. Quitte à être éclaboussé par les immenses roues d’un poids lourd, couché par le souffle d’une moto, ou tout simplement chauffé par le soleil couchant dans le calme de la route redevenue tranquille. Petite fille, j’étais telle un géant à côté de lui et pourtant, ne pouvais rien changer à sa destinée. Et je me sentais encore plus impuissante que lui. Lui, avait été libre de pousser où il avait voulu, au bord de cette route-ci et non de ce petit chemin solitaire-là. Lui, penchait sa tête dans le vent, avec joie et légèreté. Lui, n’avait aucun soucis d’école ou de santé. Lui, avait la chance d’une vie éphémère, fragile mais libre. Et, d’une certaine façon, après m’être inquiétée de son sort, je l’enviais. J’enviais sa simplicité, sa fraîcheur, sa pureté, son humilité.

J’étais une petite fille et suis devenue une femme. Et j’aime toujours regarder le bandeau de la nature qui défile derrière le carreau de ma voiture. Sans le vouloir, je recherche toujours un petit brin d’herbe vert, descendant d’une multitude dont je ne connaîtrais jamais tous les destins particuliers. Et j’en serai éternellement chagrinée. Car qui dit qu’il n’y a pas aussi une place dans le cœur de mon Créateur pour un seul petit brin d’herbe ? Puisque c’est Lui, dans sa Toute-Puissance, qui l’a créé pour ravir mon regard, mon imagination et mon admiration ?

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Tirer des traits

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Photo ©Lamouetterieuse

Tirer des traits

Ecrire, tirer des traits,

Tirer des traits, porter des charges,

Porter des charges, traîner sa vie,

Traîner sa vie, tirer d’un trait,

Tirer un trait. Tiré dessus. Exécution !

Ne plus écrire. Qu’un titre. Traître trait. S’est tiré.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

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Pourquoi l’oiseau chante-t-il ?

Pourquoi l’oiseau chante-t-il ? Pourquoi s’égosille-t-il comme un imbécile ? Pourquoi clame-t-il la même rengaine dans les timides rayons du soleil ? 

Le bonheur, c’est donc carpe diem ?

Le bonheur, c’est donc la jeunesse ?

Le bonheur, c’est donc l’insouciance ?

Le bonheur, c’est donc l’amour partagé ?

Pourquoi mon cœur ne chante-t-il plus ? Pourquoi ne bat-il plus la chamade de l’amour indicible ? Pourquoi ne se réjouit-il plus de la vie au moindre rayon de soleil ? 

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Il fait froid

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Photo ©Lamouetterieuse

Il fait froid

Il fait froid dans ma maison.

Même fenêtres ouvertes, ne rentre pas la chaleur.

Il fait froid dans mon cœur.

Même bras ouverts, ne rentre pas l’amour.

Il fait froid dans ma vie vidée de passion.

Même avec la chaleur, même avec l’amour, même les bras ouverts, je me meurs.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le cri de la dépression

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Photo ©Lamouetterieuse

Le cri de la dépression

Une femme seule hurle dans sa maison. C’est le cri de la dépression. 

Plus déchirant que celui de la jouissance,

Plus douloureux que celui de l’enfantement,

Plus laid que le caprice du petit enfant,

Plus seul que le cri des manifestants,

Plus fort que le plus fort des hurlements.

Le cri de la dépression,

Vagissement hideux

De la bête blessée,

Éclatement non maîtrisé

De la tête prête à éclater.

Le cri de la dépression,

Nausée gutturale

Qui n’enlève pas le mal,

Appel involontaire

De l’âme solitaire,

Et refus de toujours être

L’oubliée des solidaires.

Le cri de la dépression,

Celui qui veut dire non

A la vie insipide,

A l’amitié délaissée,

A l’amour inaudible.

Le cri de la dépression,

Monologue abominable

D’une vie détestable,

Celui qui meurt des câlins

Qui jamais plus ne viendront.

Le cri de la dépression, c’est l’appel sans retour du cruel monde. C’est la laideur intérieure d’une bête immonde. Le déchirement vers l’infini d’une louve amère. Une femme seule hurlait dans sa maison.

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PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : L’écrivain

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Photo ©Lamouetterieuse

L’écrivain

L’écrivain,

Celui qui écrit en vain,

Lance ses maux dans le vent,

Histoire d’être bien un temps,

Mongol-fier dans les airs,

Ballon de baudruche à terre,

Nuées de gaz éphémères,

Pluies de pensées délétères,

Toutes gonflées d’amertume,

Et qui n’rapportent pas d’thune.

 

L’écrivain,

Celui qui écrit en vain,

Qui rêve de jours meilleurs,

Se débat dans le malheur,

Souhaite la paix des hommes

Qui est si simple en somme,

Prie pour la paix des âmes

Et crie comme un pauvre âne,

Ignoré du tohu-bohu de la rue,

Par son papier reste seul lu. 

 

L’écrivain,

Celui qui écrit en vain,

D’une main malhabile,

De son vieux stylo bille,

Qui bien plus que son encre

Donnerait cent fois son sang,

Plus encore que du rêve,

Qui voudrait une vraie trêve

Pour apaiser les cœurs,

En adoucir les peurs.

 

L’écrivain,

Celui qui écrit en vain,

Un narcisse du grimoire

En recherche d’espoir,

Instable et imbécile, 

Flamand rose sans béquille,

Amoureux des belles lettres,

Empêtré de mal-être,

Ecrire d’un jet, c’est bien,

Jeter ses écrits, moins vain.

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