PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Chagrin

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Photo ©Lamouetterieuse

Chagrin

Matin. Chagrin.

Regard fixe. Sur l’ptit noir.

Amère vie. Soif de rien.

Faire un petit pas.

De haut en bas.

Boire la tasse. C’est rien.

 Chagrin. Sans fin.

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Cœur fané

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Photo ©Lamouetterieuse

Cœur fané

Cour de Rome. Les passants se hâtent vers mille destinations inconnues, au loin derrière leurs regards perdus. Leurs corps raidis par de matériels soucis s’entrechoquent sans émotion, fourmis égarées dans l’immense ville, pantins lobotomisés, poupées sans son vidées.

Elle a été jetée au sol, sur le macadam grisâtre. Pas fière, privée de son unique jambe qui lui donnait jadis des airs de ballerine élancée. Décapitée, sa tête roule de-ci, de-là, bousculée par une botte, un mocassin, une chaussure de sport. Dans l’indifférence générale d’un brouhaha poussiéreux.

Je me baisse et la ramasse avant qu’un coup de pied aveugle ne la déchire à jamais. Oiseau blessé, elle frémit au creux de ma paume gauche. Ses pétales dentelés découvrent un cœur brûlé, fané sur les bords. Un cœur pourtant jeune encore, plein d’espoir, gorgé d’amour, vidé de vie en l’espace de quelques minutes. Je frissonne, l’âme au bord de ses pétales de soie soulevés dans la brise douce d’un hiver qui va bientôt se retirer. 

Arrivée à la maison, je la dépose avec douceur dans une timbale d’argent remplie à ras bord de larmes tièdes. Rien ne sera trop raffiné pour ma rescapée. Son cœur fané reprend quelques couleurs, un délicat fard poudré, jolie marquise, tandis qu’à la contempler, mes lèvres me semblent perdre vie. 

Je n’avais pas réalisé à quel point mon cœur de femme délaissée par l’amour pouvait être fané.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

 

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Les vagues de la vie

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Photo ©Corinne Rivoallan, Nouvelle-Zélande

Les vagues de la vie

Petite mouette deviendra grande,

Grande mouette redeviendra petite.

Ainsi va l’âme des jolies mouettes

Qui se laissent porter sur les vagues de la vie,

De grands espoirs en petits remerciements,

De petits pas en grands renoncements,

De grands projets en petites réalisations,

De petits moyens en surprenants accomplissements.

 

Petite mouette deviendra grande,

Grande mouette redeviendra petite.

Et l’amour dans leur cœur a la taille des vagues,

Qui leur donnent envie d’un rien,

Qui leur font vomir tout,

Qui soulèvent leurs espoirs les plus fous,

Qui animent en deux temps leur vague-à-lame,

Puis tirent du ressac des torrents d’amères larmes.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Encre du clavier en perfusion

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Photo ©Lamouetterieuse

Encre du clavier en perfusion

Anémie de mots trop prolongée,

Nullité de la pensée, neurones glacés,

Gorge serrée, de sentiments étouffée,

Oubli de la calligraphie, doigts raidis,

Inspiration faible, souffle coupé,

Sur-alimentation d’émotions,

Sous-alimentation d’expression,

Encre du clavier en perfusion, seule médication, à consommer sans modération.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Abandon

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Photo ©Lamouetterieuse

Abandon

Elle avait profité d’un carreau cassé pour se réfugier tout en haut du phare qui ponctuait la jetée. Elle se blessa au passage, mais ne sentit rien, alors que des perles de sang ourlaient la vitre acérée. Les griffes de ses pattes palmées étaient comme prises dans le granit du rebord inférieur de la fenêtre. Tétanisée. Muette. Vide. Lie-vide.

Dehors, le vent se déchaînait. Ses sifflements tournaient en danse macabre autour de l’édifice centenaire. En elle, des vagues remontaient de ses entrailles de mouette, hauts-le cœur, nausée salée, dégoût sale. On voulait lui dire : « hissez-haut, matelots ! Sursum corda ! » Mais elle était sourde. Absente. Insensibilisée.

Un rai de soleil se faufila entre deux gros nuages de plomb. Il lui transperça l’œil. Certains y auraient vu un signe, une touche d’espoir, une ouverture. Mais elle était devenue aveugle. Plongée dans le noir. Incertaine d’espoir. Lasse.

Ses copines braillaient au loin, bavardant de tout et surtout de rien. Il n’est pas vrai qu’ « un être vous manque et tout est dépeuplé ». Elle ne manquait à personne. Elle manquerait à peu. La vie continuait. La vie continuerait.

Elle ferma les yeux, scella son bec, baissa ses ailes, et se laissa choir. Statue quo. Aujourd’hui était déjà trop. Demain serait un autre jour. Fuite vers rien, espoir en peu, total abandon.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Les contes de la mouette : La jetée aux mouettes

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La petite fille trottinait aux côtés de sa maman, un pied chassait l’autre, ce dernier chassant le premier. Danse enjouée, insouciance de l’enfance. Le ciel était haut, très haut… mais elle s’imaginait le toucher sans peine en donnant de plus vigoureux coups de pieds. Sa petite main se cramponnait à celle, douce et rassurante de cette femme, si simple et si élégante, qui lui avait donné la vie et la regardait à cet instant en souriant. Elles se dirigeaient vers la jetée interminable aux jambes noircies par les marées. Le vent mordait leurs joues et embrouillait leurs cheveux.

– On ira jusqu’au bout de le jetée, Maman ? Dis, on y ira, hein ?

– Oui, nous irons tout au bout ! Jusqu’à toucher la mer et le ciel, si tu veux !

Désormais, le vent soufflait plus fort, plus froid. Elles marchaient maintenant sur le bois légèrement glissant par endroits, en direction du petit phare qui signait le saut vers des étendues iodées à perte de vue.

-Regarde, ma chérie, une mouette sur le parapet ! Tu vois, c’est une mouette amoureuse.

– Comment sait-on qu’elle est amoureuse, Maman ? Elle semble plutôt frigorifiée, celle-ci !

– Une mouette amoureuse peut être un peu frigorifiée, tu as raison. Lorsque son cœur esseulé a besoin des caresses de son amoureux. Une mouette amoureuse se reconnaît à son plumage encore plus blanc, à son oeil toujours plus vif, à son bec encore mieux dessiné. Une mouette amoureuse rêve de s’envoler avec l’élu de sa vie vers des destinations mystérieuses; c’est pourquoi ses plumes se soulèvent avec grâce, prêtes à faciliter son envol à tout moment. Une mouette amoureuse pousse des cris plus rauques; son chant est comme assourdi par la passion qui l’anime toute entière. Une mouette amoureuse n’a plus d’appétit que pour celui qu’elle aime à la folie; elle regarde donc avec dédain les petits vers qui s’agitent dans la vase. Elle n’a plus faim. Ou plutôt, elle n’a plus faim que pour son amour, sa vie. Elle ne vit plus que pour lui.

Mère et fille restèrent quelques instants, serrées l’une contre l’autre à contempler la mer, fouettées par les embruns glacés qui les condamnaient au silence. Complicité de deux femmes à des âges différents de la vie. Les yeux de la petite fille se portèrent sur l’horizon qui se confondait avec l’immensité du ciel. Un jour, elle aussi serait grande. Cœur dilaté par l’astre d’or, elle se jetterait à l’eau, ouvrirait ses ailes immaculées, frémissantes, et prendrait elle aussi son envol vers son amour éternel.

Moralité : chères mouettes, n’ayez pas peur, à tout âge de la vie, de vous laisser saisir par l’amour. N’ayez pas peur de faire le premier pas. N’ayez pas peur de vous abandonner à celui qui fait vibrer votre cœur. Au pire, vous perdrez quelques plumes éblouissantes de votre vérité. Mais jamais votre âme ne perdrez.

d’autres « Pensées sans retouches » à venir…

PAR PETITES TOUCHES, pensées sans retouches : Le goût de la confession

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La porterie de l’abbaye de Solesmes, Sarthe

Photo ©Lamouetterieuse

J’avais décidé de me confesser. Qui plus est, je m’étais engagée intérieurement à en faire un rendez-vous mensuel. Pourtant, croyez-le ou non, je ne suis pas une (cuisse de) grenouille de bénitier. Je n’imaginais alors pas que cette décision, prise sur un coup de « pâté-de-tête », après une précédente confession, aurait de telles implications ! Quelle andouille étais-je !

Oncques, je bouillais d’aller à nouveau implorer le pardon de mon « saigneur », mais mes pieds (de cochon) étaient gelés, comme toutes mes extrémités d’ « ail-leurs », doigt de Porto, foie de veau, ferveur d’aristo…

En guise d’introspection préalable, je me charcutais l’âme en tous sens, afin d’en extirper les morceaux les moins « ragoût-tant(s) ». Il fallait que les coupes soient incisives, propres, nettes et sans… bavure. Du coup, plus le compte-à-rebours rétrécissait, moins j’avais l’eau à la bouche ! Je me desséchais comme une figue exsangue, figure vidée de sang, sang de navet dans les veines.

Mon Saint patron s’appelant « Laurent », il ne faisait aucun doute que j’allais être passée sur le grill de l’Inquisition, en aller-retour comme une côtelette, pauvre femmelette, avant d’être lentement cuisinée aux petits oignons. Je fondais d’angoisse, matière grasse cérébrale aux herbes hallucinogènes.

Pour ne rien arranger, je m’étais bêtement souvenue que certains de mes amis disaient que j’étais une crème. C’est malin, tiens ! Je sentais que j’allais donc être longuement fouettée ! Cette vision qui eût pu en faire saliver quelques-uns me glaçait « d’ef-froid ». Une sorte de « vache-rien » pour « désert ».

L’heure avançait, au tic-tac d’un minuteur implacable. Driiing !! Les carottes étaient cuites !  Le religieux, immense dans sa robe réglisse de moine bénédictin, me fit avancer dans le petit bureau meublé simplement de chaises couleur miel au parfum d’encaustique, dont la douceur visuelle et olfactive ne calma pas mes nerfs pour autant. « Café bouillu, café foutu… » Avenir sombre. Impossible de faire demi-tour. Je n’étais plus qu’une bête envoyée à l’abattoir, un agneau « doux-cils », tiré par le « lie-col » vers le « maître-hôtel ». J’allais faire recette. Je finirais corps et âme en eau de boudin. Ita missa est.

Évitant de peu la syncope, au bord du délire, cocotte cérébrale en ébullition, je me mis enfin à réaliser que l’agneau sacrifié n’était autre que le Christ cloué sur deux planches, expiant mes propres péchés. Le seul et unique fils du Dieu-Tout-Puissant s’était laissé moquer, entailler, crucifier. Que le père ne portait pas de tablier pour me cuisiner, mais une jolie étole violette, dont les pans touchaient délicatement le sol alors qu’il se penchait pour mieux m’écouter. Que, plus ma langue épicée se déliait, plus mon cœur s’attendrissait, plus mes tripes se détendaient, moins j’étais « abats-tue ». Les « fard’eaux » qui encombraient mon âme pécheresse brûlèrent pour s’envoler en vapeurs qui disparurent comme par enchantement. J’étais devenue légère comme un « pet-de-nonne », une meringue vanillée, une tendre chouquette.

C’est ainsi que je décidai de ne jamais cesser de cuisiner mon âme. Si tant est qu’une bonne confession est une confession dont l’amertume se change en douces saveurs sous l’action de la Grâce. Ça tombe bien, je suis une personne plutôt gourmande. Zut ! La gourmandise est un vilain défaut. Oups… Faudra que je recommence à me cuisiner, alors. Ce doit être cela, prendre goût à la confession…

écrit après une confession auprès d’un moine de l’abbaye Saint Pierre de Solesmes,  Sarthe, le deuxième dimanche du temps ordinaire, 2017.

d’autres « pensées sans retouches » à venir…